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coup détruit ses hautes espérances. La conscience de son rang, et l’orgueil qui lui était naturel, excitèrent la haine de ses compagnons d’armes. On reconnut son courage , on rendit justice à ses qualités généreuses; mais le dédain qui se peignait sur sa figure, mais la morgue déplacée qui se faisait sentir dans toutes ses paroles, aliénèrent les esprits de seschefs et de ses éganx. II quitta le service, s’allia noblement et pauvrement à la petite-fille des souverains de Tarare, se retira dans le Languedoc, et donna naissance à Louis de Savoli, père de celui que nous venons d’entendre révéler à sa sœur Hélène ce grand secret de famille.
U Les sentiments de fierté que Louis avait reçus de son père, transmis à Henri son fils, trouvèrent malheureusement chez ce jeune homme une ame • plus impétueuse, un esprit plus fougueux, et une vanité plus irritable. 11 renferma dans son sein le mystère de sa propre grandeur, et ne se nourrit que de cette pensée. Seul pendant les nuits, fp se promenant auprès des galeries du Louvre, il maudissait le sort qui l’avait jeté si loin , et fait naitre si près du trône. Son sang bouillonnait dans ses veines : une seule image s’offrait à son esprit. Comme il craignait que sa jeune sœur, parvenue à l’âge où le cœur cherche un objet digue d'amour, ne le choisit parmi de simples gentilshommes, que Savoli méprisait du haut de sa grandeur royale, il avait résolu
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de ne point lui cacher plus long-temps le secret de leur commune origine , et c'était dans cette entrevue , dont nous venons de résumer les traits principaux, qu’il avait accompli son dessein.
U II y avait chez Hélène une certaine fierté naturelle qui SC trouvait dans une parfaite harmonie avec son origine. Plus solitaire que jamais, elle fuyait la présence du monde et se repaissait , dans la solitude , de ces mêmes chimères qui ne lui offraient pas, comme à son frère, des chances de combat, de gloire, de tumulte, et de triomphe, mais l'espérance incertaine et vague d’une grandeur qui flattait sa vanité féminine.
«En dépit d’une solitude si sauvage, la beauté d’Hélène avait été remarquée, et déjà quelques courtisans , qui l’avaient aperçue assise et plongée dans la rêverie au pied des chênes de la forêt, parlaient, dans le style alors à la mode, de la metveilteuse et farouche nymphe de la forêt de Saint-Gerrnai%. Louis XIV , à la fleur de l’âge et dans toute l'ardeur des passions, n’entendit pas sans curiosité ces propos des gens de sa cour, qui, incertains sur le nom seul d’Hélène, s’accordaient tons à louer sa beauté exquise. Un jour qu’elle était occupée à lire les Horaces, de Corneille , qui venaient de paraître , elle crut entendre un bruit léger non loin du lieu où elle reposait. Elle regarde; un jeune homme élégamment vêtu se présente devant ses yeux ; la beauté de
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son visage, la noblesse de sa démarche, semblaient trahir je ne sais quelle supériorité de rang et d’esprit. Hélène se lève et veut s’éloigner. « Ah ! dægnez me « pardonner, lui dit le jeune homme, la démarche ■ indiscrète qui trouble votre solitude. En pas.sant U près de vous, je me suis étonné de ne pas vous U avoir vue au château, et je n’ai pu m’empêcher « de vous témoigner ma surprise de ce que vous avez U pu nous envier un si bel ornement de nos fêtes, U et regarder la cour de votre roi comme indigne « de vous. »
“ Hélène à ces paroles devine sans peine le rang et le nom de celui qui lui parlait un langage si nouveau. L’orgueil même dont son frère avait eu soin de l’armer contre les attaques de l’amour fut ce qui la perdit. Un roi seul lui sembla digne d’elle , et elle se crut seule digne d’un i-oi. Les ombrages épais de Saint-Germain protégèrent et cachèrent pendant quelque temps leurs amours; et tandis que Henri de Savoli, livré aux intrigues des seigneurs mécontents qui avaient conservé les séditieuses hat bitudes de la Fronde, osait essayer de vaines con- .spirations contre Louis XIV, sa sœur, tout entière aux désirs du monarque, s’abandonnait à son amour.
“Imprudente confiance! ce fut dans un de ces entretiens pleins d’abandon et de volupté qu’Hélène, entraînée par la passion qui l’enivrait, révéla au jeune souverain le secret de sa propre nais-
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sancc! Louis XIV, dont la politique ne cessa jamais de dominer les passions les plus vives , aperçut d’un coup d’œil les dangers et les troubles que l'existence de Henri de Savoli pouvait faire naitre. Il se tut, et, sans communicpicr à Hélène les ptensées qui l’agitaient, il se hâta de retourner au château , où il assembla son conseil. Ses ministres , déjà informés des menées secrétes dont Savoli était complice, décidèrent unanimement qu’il n'y avait point à balancer, et que ce jeune homme devait être arraché à la société, que sa présence et son audace pouvaient troubler. En effet, Savoli disparut, et fut conduit aux îles Sainte-Marguerite. Sa sœur infortunée prit le voile.
— Mais , m’écriai-je , c’e.st une nouvelle édition du masque de fer que je viens d’entendre.
— Avouez, bon Ermite, que la version que je dois à mon grand-père n’est pas la moins vraisemblable. En la réduisant aux faits certains , à l’existence de ce Savoli, dont on n’a plus entendu parler, à l’anagramme singulière qu’oflre son nom , à la vie fort dissolue de Marguerite de Valois , et aux traditions répandues en Auvergne sur la naissance de plusieurs fils de cette reine, vous devez convenir quemon roman pourrait prétendre aux lionneurs de l'histoire, si je voulais soutenir mon opinion avec la véhémence et l’opiniâtreté que l’on apporte ordinairement dans ces matières. Au .surplus, rangez
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cette conjecture au nombre des mille et une explications de ce mystère de despotisme , dont plus de cent années révolues et les efforts de plus de cinquante écrivains n'ont pu soulever le voile et détacher le masque. ><
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N* ccxxiv. 1827.]
LE LAC PAVIN
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SPENCEK.
Je m'égarais sur cci amphithéiire de rerdurc et d’ombrage.
« Le temps et mon âge me poussent, plutôt qu’ils ue me conduisent, dans la route que j’achève, disje à M. de Venissan. Quittons donc le château d’üsson, mon cher guide; les souvenirs d’une reine voluptueuse à laquelle l’histoire a tant de reproches à faire, ne peuvent m’occuper plus long-temps. — Passerons-nous par les bains du Mont-Dor? — Oui ; mais nous ne ferons qu’y passer. 11 en est de la course du voyageur octogénaire comme de celle du soleil , qui semble se précipiter en approchant » de l’horizon. Je dois me contenter aujourd’hui de
ces indications vastes et de ces grands traits qui font connaître plutôt la physionomie générale d’un
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lieu, qu'ils 11e reproduisent les nuances de son histoire et de ses mœurs.
— J’en suis d'autant plus fâché, cher Ermite, que l’Auvergne est précisément une des provinces de France qui mériteraient le mieux un examen approfondi. La nature même de son sol est digne de fixer l’atteution. Par-tout le feu y a laissé des traces de son passage. Ces rochers, ces débris, ces montagnes, ne sont, pour ainsi dire, que les jeux d’un incendie , et les preuves de son ancienne furem\ Si vous ne pouvez m’accorder une longue attention, du moins vous forcerai-je à me suivre à travers les villes les plus dignes de remarque de notre antique Auvergne. Une voiture légère et deux bons chevaux vous emporteront dans cette tournée trop rapide ; et, avant quinze jours, je vous laisserai repartir pour vos foyers , où , après une si longue odyssée , vous devez en effet avoir besoin de reposer vo're tête. ■>
Cette proposition une fois acceptée , nous changeâmes de direction, et M. de Veiiissan me conduisit au lac Pavin : c’est un très beau spectacle. Imaginez, sous la forme d’une immense coupe de lave , un vieux cratère , dont les flancs noirs décrivent un cercle parfait, et renferment une eau pure qui réfléchit la verdure des arbres vigoureux dont les bois sont parés. Ce cristal limpide laisse apercevoir
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lu base de plusieurs rocliers volcaniques qui élèvent leurs aiguilles du fond des eaux. M. de Veoissan me raconta qu’un ingénieur, nommé Chevalier, eut le premier l’audace de s’embarquer sur ce petit océan, dont les cavernes inconnues et profondes doivent y soulever plus d’une tempête. Aucune naïade ne détruisit dans son courroux le frêle radeau, composé de deux claies, auquel le navigateur avait confié sa fortune. Du lac Pavin nous remontâmes jusques à la source de la Dor, rivière qui donne à-la-fois son nom à la Dordogne, réunion de la Dor et de la Dogne et aux célèbres Monts-Dor, et non pas Monls-d'Or, comme on a tort de l’écrire ordinairement.
Du fond d’un large ravin, qui a la forme d’un triangle, et dont le fond est tapissé de pierres d’un rouge éclatant, s’élance une source argentée dont l'onde brille de la manière la plus pittoresque sur le lit sanglant qui la contient. Cette source de la Dor offre un des plus magnifiques coups d’oeil que la peinture puisse essayer de reproduire, sans espoir d’en égaler jamais la grâce et l’effet singulier. Tout autour sont des masses de rochers de formes gigantesques et bizarres, semées de bouquets d’arbi 'CS qui semblent moins avoir poussé sur leurs flancs que s’y trouver suspendus par je ne sais quel pouvoir magique. Plusieurs gorges affreuses, parmi
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lesquelles on doit distinguer la gorge à' Enfer comme la plus épouvantable , séparent ces inaccessibles , rochers. Par-tout la lave , aiguisée en pointes noirâtres, hérisse le sol basaltique : les neiges accumulées pendant l’hiver s’échappent au printemps à travers ces gorges ; quelques unes d’entre elles conservent, pendant le printemps même, un pont de glace au-dessus du torrent auquel elles servent de lit. Telle est la source de la Dordogne, que nous vîmes s’échapper, au milieu d’un nuage de vapeurs , d’un antre creusé en arcade, dont le compas du géomètre n’eût pas mieux aiTondi le cintre.
« Je vous retiendrai moins long-temps que vous ne le croyez aux bains de Mont-Dor, me dit M. de Venissan quand nous fûmes arrivés dans ce village. Votis avez déjà esquissé, pendant votre séjour à Bagnères ', le tableau d’nne petite ville où l'on vient boire les eaux thermales et l’oubli des grandes cités dont on abandonne les murs sans renoncer à leurs habitudes. «
Après avoir admiré la propreté des bains, le bon ordre de l’établissement, et l'incroyable saleté de la ville; après avoir rendu notre hommage à quelques belles ruines romaines qui s’y trouvent, nous partîmes du village du Mont-Dor pour nous
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l'cndre à Aurillac, ville rivale de Saint-Flour, et qui lui dispute avec avantage le titre de la capitale de la Haiite-Auvei'gue.
« Saluez, nie dit mon guide, ce chef-lieu du departement du Cantal, situé, comme vous le voyez, dans un riant vallon, et qui a donné naissance à un homme de bien, au courageux garde des sceaux, au chancelier Duvair. Ce fut lui qui , recevant de Louis XIV l'injonction d'apposer le sceau royal à un acte que sa conscience réprouvait, osa prononcer un refus formel, et résister aux menaces du monarque. Louis XIV prit les sceaux des mains de celui qui en était le digne dépositaire, accomplit sa volonté; puis il voulut les rendre à Duvair, qui répondit: Je ne puis les recevoir, ils sont pollués. Louis XIV, cédant à la fermeté de la vertu, jette au feu la grâce injuste qu’il voulait accorder, et demande de nouveau au chancelier s’il veut reprendre les insignes de sa charge. — Volontiers, le feu purifie tout. — Noble courage, dont on serait bien embarrassé de trouver un autre exemple à une époque où l’on parle si haut de liberté. Aurillac a vu naitre aussi le cardinal de Noailles , assez hardi pour se mesurer avec les jésuites, et Pierre de Cugnières , qui voulut réprimer trop tôt l'orgueil et l’autorité ecclésiastiques. Que cette haine est terrible ! L’esprit prêtre est un esprit de vengeance 1 Non
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seulement Cugnières fut repris de justice , mais les chanoines deNotre-Dame de Paris érigèrent, comme monument de leur victoire, une petite statue contrefaite, qu’ils placèrent à l’entrée du chœur, et contre laquelle on éteignait les cierges en signe de mépris. »
Nous étions entrés à Aurillac : je m’étonnai d'en trouver les rues propres, et ce mérite, si commun m Angleterre et si rare en France, me parut devoir être porté en ligne de compte. D’ailleurs, malgré la sinuosité des rues, elles sont larges, et c’est encore un avantage qui manque ordinairement à nos cités gothiques. « 11 y a ici, me dit M. de Venissan, une fort jolie salle de spectacle qui .sert à tout, excepté à jouer la comédie. Quant à l’étymologie et à l'histoire de la ville, je ne pourrais vous affirmer que les mines d’or dont la ville est entourée aient donné à cette capitale des chaudronniers le nom dont elle s’enorgueillit. Rien n’annonce que l’on ait jamais recueilli aux environs d’Aurillac le précieux métal dont il est question. Remarquable par l’industrie et l’habileté de ses chaudronniers et par la liberté dont les femmes y jouis.sent, Aurillac l’est encore davantage par cette manie de procès dont vous me parliez tout-à-l’heure, et qui a fini par faire partie intégrante et nécessaire du caractère des habitants. Joignez à ces traits une hospitalité extrême
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et une préférence marquée, donnée aux étrangers sur les naturels du pays, vous aurez le tableau complet des mœurs d'Âurillac, et vous pourrez dans votre rapide excursion vous diriger vers Saint- Flour. »