‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 54 sur 79 · KT LES VILAINS · texte numérisé non relu

KT LES VILAINS

coupables. On se contenta de détruire sans retour les repaires de leur odieuse tyrannie....

— Maudit soit de la France quiconque tenterait de la relever!

— Toute la France vous répondra amen, mon cher Ermite, toute la France, excepté pourtant certains Fran(;ais que nous devons à rUkraine. Mais si les grands vassaux auvergnats jouent un affreux rôle dans nos annales , en revanche , j’offre à votre admiration philosophique une population de paysans sincères, actifs, vigoureux, hospitaliers. L’Auvergnat a toutes les qualités et presque tous les défauts du sauvage. Charitable, ho.spitalier, il partage avec le pauvre son pain et .sa couche ; vindicatif, il attend , comme le pâtre des montagnes corses, le jour qui lui permettra de frapper son ennemi du goujon, poignard national, qui a la forme d'un couteau de chasse. Sa dévotion superstitieuse, sa crédulité extrême, sa colère ardente, sa vengeance profonde et opiniâtre, n’étouffent pas chez lui toutes les vertus. Assez semblables d’ailleurs aux Écossais des Ilighlands, nos paysans aiment la joie des festins, et sur-tout la danse. Ils ont sur-tout conservé la tradition d’une danse antique, dont la voluptueuse et la.scive inconvenance ne peut être ni décrite ni même indiquée, et pour laquelle ils ont le même goût que les Otaïtiens pour leui-s rondes, les Espagnols pour leur fandango, et les Napolitains pour

LES GHANnS VASSAUX

leur tareiitele. Celle danse se nomme (a (joiijiiade, et ces mouvements A'oluptueux , que ma plume laïque n’oserail décrire, un évêque les a indiqués; c'esl à Flécliier que j’emprunte la description suivante de la ejoignade, que d’ailleurs je n’ai pas vue : ■1 La (joignade, dit cet évêque bel esprit dans son style plein d’afféterie, ajoute sur le fond de gaieté de la bourrée une broderie d’impudence, et l’on |)eiit dire que c’est la danse du monde la plus dissolue. Elle SC soutient par des pas qui paraissent fort déréglés, et ne lais.sent pas d’être mesurés et justes; par des figures qui sont très hardies et qui font une agitation universelle de tout le corps. Vous voyez partir la dame et le cavalier, avec un mouvement de tête qui accompagne celui des pieds, et qui est suivi de celui des épaules et de toutes les autres parties du corps qui se démontent d’une manière très indécente. Us tournent sur un pied fort agilement; ils s’approchent, se rencontrent, se joignent l’un l’autre si immodestement, que je ne doute point que ce ne soit une imitation des Bacchantes , dont on parle tant dans les livres anciens. M. l’évêque d’Aleth excommunie dans son diocèse ceux qui dansent de cette façon. L’usage en est pourtant si commun en Auvergne, qu’on le suit dès qu’on sait marcher, et l’on peut dire que les habitants naissent avec la science infuse de leurs bourrées. Il est vrai que

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