LES CHAMPS CATALAUNIQUES
de janvier; il fit à la hâte relever les murailles do Vitry, et sembla vouloir en faire un lieu de'défense : un pont fut jeté sur la Marne pour assurer les communications. Le l'j, les ennemis en force nous attaquèrent sur ce point, il fallut l’abandonner; les coali«És s’en emparèrent j et plus tard, le 23 mars. Napoléon, révenu dans scs quartiers, fit sommçr le chef atilrichicn, qui commandait dâns Vitry, d’évacuer la place ; elle lie fut pas rendue. Ij’empereur s’éloigna , et le 27 il revint' encore devant les' murailles où sa puissance ne devait plus être reconnue ; il échoua deux fois dans son dessein de s’emparer de cette bicoque qu’il avait fortifiée lui-même pour l’avantage de l’equemi. Ijs résultat de cette manœuvre, la seule peut-être où Ton ait pu accuser, non seulement la fortune, mais la prudence des combinaisons du guerrier, fut d’épuiser nos troupes en mouvements inutiles, du 21 au 28 mars. »
Cependant nous avions atteint Châlons : tout en devisant sui* ces grands désastres, nous saluâmes les champs caialatmiques , tombeau de la puissance d’AtUla. « C’est ici „ reprit mon ^ t^mpagupn de voyage au' moment où je contemplais avec plaisir le paysage agréable dont Châlons est entouré et le ruban circulaire dont les eaux de la Marne l’environnent; c’est ici cpie L’empereur voulut réunir une armée destinée à repousser les.premiers efforts des alliés. Lés Châlonais coupèrent leur pont, et
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cet acte de dévouement contraignit les Autrichiens à s’arrêter dans la Dresse , en attendant de nouveaux renforts. L’empereur y arriva, et sa présence rendit le courage à une population jetée dans la stupeur par des récits pleins de malveillance; il y resta douze heures, qiiHl employa à prendre des mesures pour parer à tous les événements qu’il pouvait prévoir; puis il se porta sur Vitry, laissant à Châlons le duc de Valmy pour y réorganiser les corps débandés, et s’unir à celui du duc de Tarente , qui arrivait lentement du fond des Ardennes.
■ Tout faisait espérer que le héros de Valmy arrêterait les étrangers. On se souvenait que les Prussiens , en 179a, avaient poussé leur marche insolente jusque auprès de Châlons, où avait commencé leur mouvement de retraite : pourquoi n’en eût-il pas été de même une seconde fois? Hélas ! vous l’avez dit , la liberté n’était plus !
' ■ La puissance des masses ennemies nous force à la retraite. Châlons tombe en leur pouvoir, et les souverains eoalisés y font leur entrée, et y établissent quelque temps lettr séjour. Bientôt contraints à se replier, ils font rétrograder leurs énormes bataillons devant le nom et U présence d’un seul homme. »
.l’interrompis le général en passant devant l’École des arts et métiers. Elle 'venait d’être fondée , lorsque je visitai cette ville pour la première fois. J’avais témoigné à mon guide le désir de la revoir
LES CHAMPS CATALAUNIQUES. 5ll
en mémoire de son fondateur, nilustre^duc de La Rochefoucauld. Pour pénétrer dans l’intérieur de l’École je me réclamai d’un élève que je ne nommerai pas (il m’en saura gré), et auquel je m’adressai pour qu’il nous servit de conducteur. « Je ne le puis, me dit-il; je ne possède plus la confiance de mes chefs. — Qu’avez-vous donc fait pour la perdre? vous, si assidu à vos devoirs, vous, qui vous êtes fait remarquer par la précocité de vos talents, vous, dont la douceur est extrême, et qui donniez de si hautes espérances! Auriez-vous renoncé à l’honneur d’une bonne conduite? — Grâce à Dieu , répliqua-t-il, je n’ai rien à me reprocher; je suis tel que vous m’avez connu: néanmoins mon nom est marqpé en lettres rouges, et je m’attends chaque jour à être expulsé de la maison. — Mais enfin qu’avez-vous donc fait? je suis impatient de l’apprendre. — J’ai refusé de me confesser chaque seinaiue , d’entrer dans de certaines congrégations ; et j’ai même murmuré (orsque l’on me contraignait à pa.sser tous les dimanches les deux tiers de' la journée à l’église, lorsque j’avais besoin de me distraire et de me délasser par d’innocentes récréations. — -^h! j’entends, mon enfant : je vous plains; on ne v^us pardonnera pas; vous savez combien de fiel entre dans le cœur des dévots. Quel est le nom de votre directeur? — M. le vicomte de***. — J’avoue mon ignorance ; je ne reconnais pas là un
5i2 les champs CATALAO'IQUES.
nom de savant ou d’homme profondément versé dans les sciences qui ont quelque rapport avec votre institution. — M. le vicomte de est maréchal-de-camp.
Nous entrâmes dans l’École, et nous vîmes avec peine que de pieuses occupations ne permettaient pas aux chefs de donner beaucoup de soins à tout ce qui tenait à la propreté et à l’ordonnance de l’intéricur ; les escaliers , les cours , les corridors étaient fort mal tenus , et je dois avouer qu’on reconnais' sait trop clairement le rang élevé de ceux qui , chargés de la direction , auraient cru dérpger à la dignité de leur noblesse en coopérant au bien-être d’une maison d’artisans. De temps en temps nous rencontrions des gardiens à mine farouche qui déguisaient mal leur sombre humeur sous un air de componction emprunté. Toute gaieté semblait bannie de ce lieu: 11 n’en était pas ainsi au temps où les intérêts de l’ame des élèves , objets de soins moins actifs, permettaient à leurs maîtres de s’occuper de leur santé, de leur iutelUgence, et de leur instruction.
Nous sortions du conservatoire sans avoir pu voir M. le directeur qui faisait en ce momen( ses dévotions. Je rencontrai mou jeune ami: «’Eh bien! me dit-il avec un malin sourire , vous avais-je trompé? — Non, j’ai trouvé les choses comme je m’y attendais , d’après la conduite qu'on tient à votre égard.
LKS CHAMPS C ATAI AL'NH,)UES.
Al $
— Ccllo-là t’oiiinieiice fort :'i lassor ma patience. — Ne volts abandonnez pas à un di’-jjoiit ipii, pour être exensahie, vous conduirait à des excès toujours rcpréliensibles. — Mes camarades pensent tousconmie moi. — 'l'ant pis, car alors je prévois....»
Hélas! ((iiels que fussent mes presseiitimenls, ils ne pouvaient s’étendre justpi’à soupçonner l'affreuse vérité. Qui m'aurait fait deviner que, poussés à bout par des procédés inconcevables, on verrait ces jeunes gens se soulever en masse; qu'on les verrait chargés des ebaînes du crime, subir la rigueur d'un jugement qui pouvait être infamant ?.Tc ne m’appesantirai pas davantage sur cette malbeureiisc catastrophe trop connue; je ne répéterai pas sur-tout les paroles sanglantes échappées de la bouche de celui qui devait être le protecteur naturel de ces infortunés.
Nous nous promenâmes quelque temps on causant sur les événements de 1 8 1 5 , sous les arbres du Jard, magnifique jardin public, renfermé entre deux rivières qui coulent sur une ligne parallèle et dont l’aspect est enchanteur. Nous repartons; en peu de temps nous avons franchi l’espace qui nous séparait de Reims, cette capitale célébré par scs pains d'épice et sa sainte ampoule. Moins occupé de l’bistoire de nos revers , je lui aurais accordé plus d’attention; dans un autre temps, j'aurais visité la belle catliédrale gothique oii les monarques fran-
Ermite ek province, t. viii. 33
■|1( I.KS CHAMPS CATALAUMQUES.
<;ais, depuis Clovis, reçurent l'onction royale. I,e {jéuéral, qui partageait mes sentiments et qui les devinait, n’eut rien de plus pressé que de continuer, après un déjeuner frugal, la narration des batailles auxquelles il avait pris une part si active et si honorable.
“ li’cmpereur, poursuivit-il, sentit combien il était néces-saire que Itcims ne restât pas au pouvoir de l’étranger, et ordonna au général Corbincau de venir reprendre cette ville. Celui-ci réunit à ses troupes le corps de cavalerie du général Laferrière, et opéra ce mouvement sans éprouver une vive résistance de la part des coalisés. Cependant l’empereur effectua le passage de l’Aisne. I -es troupes du général Nansouty culbutèrent l’ennemi, et prirent possession du pont nouvellement construit à Béryau-Bac. LeCnotre année marcha surLaon, mais elle ht balte à Corbeny. On apprit que les Busses, sous les ordres de Winlzingerode, Woronsof, et Sacken,sc portaient sur les hauteurs de Craonc, position fot^ midablc , d’où il ne sera pas facile de les déloger. Cependant le héros de la Moskowa ne les a pas plutôt aperçus ainsi retranchés qu’il donne l’ordre aux officiers d’ordonnance Gourgaiid et Caraman d’aller reconnaître les défilés de la montagne: ceux-ci .s’en emparent, et s’y logent.
U Le 7, au lever du soleil. Napoléon monte à cheval, parcourt la ligne, et donne le signal de
LES CHAMPS CATALAU.MQUES. S 1 f) l’attaque; elle fut icrrible. Les lliisscs étaient (It^' fermes soldats; ou no les enfonçait pas facilement; ils nous donnèrent bien du mal. Ney, üelliard, Drouot, y firent des merveilles. Victor et Relliard furent blcs-scs dans cette bataille, une de celles où les Français déployèrent un courapc au-dessus de l'humanité; l’armée ennemie perdit six généraux et cinq mille hommes. Les Russes se retirèrent sur Laon, et les Prussiens , encore i-pouvantés, évacuèrent Soissons en toute hâte.
« Nous poursuivîmes les premiers jusqu’au pied des collines de Laon, où nous fûmes tous réunis le neuf au soir. lit se trouvaient le duc de Ragiise (tpii ii’avait pas encore abditjué notre fraternité de gloire), le prince de la Moskowa, le duc de Trévise,et la garde impériale sous les yeux de Napoléon. De son côté Bliicher avait réuni les Russes et les Prussiens.
« Les Russes, par un mouvement habile, séparèrent le corps du maréchal duc de Ragusc : triste présage pour le combat que nous allions livrer le lo au matin. Toutes les dispositions de l’empereur sont rompues, il ne doit plus songer à forcer l’ennemi dans les retrauchenif nts de Laon ; il ordonne la retraite , et l’armée vient prendre position dans les défilés qui couvrent Soissons, où il laisse le duc de Trévise. Sur ces entrefaites, les Russes, commandés par Saint-Priest, émigré français, ren-
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5l6 I,ES CUAMPS CATALAUNlQüES.
treDt dans Reims, dont le général Corbincau avait avec courage, mais sans succès, défendu les approches.
' « Napoléon n’apprend pas sans une véritable in-
quiétude cet autre échec ; il court vers Reims , où il arrive le i3 au matin. Une affaire très chaude s’engage sous les portes de Reims; les Russes se défendent noblement. Nous redoublons d'efforts, et cette ville est encore une fois à nous. Nous avions besoin de repos; nous séjournâmes trois jours, et le i •y nous rentrâmes en campagne. Reims, à quelques jours de là, revit les ennemis, mais alors tout était perdu; ils allaient devenir nos alliés. >'
J’allai visiter le lieu du combat ; et, en partant pour Château-Thierry , nous nous entretenions des célébrités rémoises : le bénédictin Ruinart, grand inquisiteur d’inutilités érudites, et dont la science égalait la crédulité; le bon Rluche; l’universitaire Le Batteux; le fougueux TJnguct; Colbert, ministre économe d’un roi inagniSque, furent tour-à-tour passés en revue ; mais l’astre mourant de Napoléon éclipsait pour nous toutes ces célébrités; nous leur accordâmes â peine un fugitif souvenir.
CHATEAU-TIUERRY, MONTMIRAH,, ETC. 5l-J
W* CCXLVni. [jl'lLLET 1837.)
CIIATEAlî-TIIIERRY, MONTMIRAIL,
MEAKX ET NOGENT-STJU.SEINE.
Pourqttoi d'une pUinte importune Faugoer Taioemenl les aira?
Aui jeux crueU de U foriuoe Tout eat aonmia dans TuDivera.
i.*B. Bodsseac
La rapidité de notre course n'était égalée que par le vif intérêt qui nous entraînait en Cbarapagne d’un point de la province à l’autre. Noas avions atteint Chàleati-Tliir.rry, patrie du bon La Fontaine, grand philosophe, grand poète,* doué d’un talent si dramatique, si vrai, si naïf, et si varié à la fois, que plus on l’admire, moins on peut le définir; son souvenir charmant, sa gloire populaire, firent un moment trêve à nos récits guerriers.
Cependant le général ne tarda pas à reprendre le fil de sa narrtion, à peine interrompue par l'ombre du fabuliste que j'évoquai près de Château-Thierry,
fuiS CIIATKAU-TIIIKUUY, MO.\ T M I 11 A 1 1-,
OU son souvcnil' s'cst conservé, où sa maison subsiste encore.
U Vou.s savez, nie dit le général, que cette petite ville a eu beaucoup à souffrir de nos amis, de nos libérateurs, qui l’ont spoliée avec une impudence sans exemple. Us avaient pris cette ville par capitulation au commencement des succès de , et, malgré la foi des serments, ils y commirent toutes sortes d’indignités. Jamais on n’abusa aussi lâchement de la victoire : il est vrai qu’ils n’étaient pas accoutumés à ses faveurs. Le combat de Champ- .■iiilicrt, cette victoire si brillante et si prompte, remportée par le duc de Ilaguse .sous les yeux de l’empereur, eut lieu le lo février. lia plus grande partie de l’armée alliée se retira vers Montmimil; York, Sacken , réunis, marchaient sur Paris; ils sont atteints et repoussés par nos troupes à Montmirail. liCS maréchaux Nev et de Trévise eurent avec l’empereur la gloire de cette journée. Le duc de Dautzick, les généraux Hcrtrand et Ilicard les secondèrent vivement. L’ennemi, repoussé sur tous les points, ne garda pas dans sa marche un ordre réglé. Il battait en retraite à travers chatnps et se portait vers Château-Thierry, où il espérait opéivr sa jonction avec Blücher. Ce fut dans la ferme des Gréiiaiix, dont la position venait d’etre di.sputée avec un aeharnemenlinexprimable,qiic renipcreur passa la nuit. Il fallut, pour lui [)n'q)arer une eliam-
MEAUX ET NOGENT-SUIl-SElNE. 5iy
l>re, enlever les cadavres (|iii encombraient rinlcrieur de la maison. Le 12 notre cavalerie se mit à la poursuite des coalisés; ils furent atteints dans les faubourgs de Château-Thierry, et perdirent alors tout espoir de continuer leur marche vers Clidlom; retranchés momentanément dans la ville, ils veu- , lent en couper le pont placé entre eux et nous, maison ne leur en laisse pas le temps, nos troupes fondent sur eux, les taillent en pièces, et le maréchal duc de Trévise continue à les pousser l’épt-e dans les reins.
Heureux de cette suite de victoires qui rétablissait la confiance dans l’armée, l’empereur entra le i3 février dans Château-Thierry’ . Il s’arrêta au faubourg de (Uiâlons, et se logea dans l’auberge d<; la Poste où s’étaient cachés plusieurs Priissieus . tous y furent découverts, à l’exception d’un seul qui s’était enseveli sous un tas de linge, et qui ne sortit de cet asile qu’aprés le départ de Napoléon. Ce fut un moment terrible pour les Prussiens. liCurs cruautés avaient excité chez les habitants de Château-Thierry une rage de vengeance tpie rien ne put les empêcher d’assouvir : on vit des femmes jeter dans la rivière des malheureux Prussiens mutilés ou blessés dans le combat.
« Le 1 3 au soir, notre armée qnitta la ville pour se porter sur d’autres [joints; nous ue la suivrons que jusqu’à la première bataille, (jui fut li> rée à
fi20 CIlATEAU-TIIIElinY, MONTMIEAIL,
Montinirail dans la plaine de Vaiichamp , où l’cnnemi fui de nouveau culbuté et mis dans une complète déroute.
« Ces eou|)s imprévus frappaient de frayeur les coalisés: les burames d’Austerlitz reprenaient leur attitude victorieuse; les vieilles aigles voyaient encore reunemi fuir en désordre. — Ab! mou cher général, repris-je en l’interrompant, pourquoi ce dernier éclat d’un feu près de s’éteindre, ce dernier sourire de la fortune guerrière, éblouirent-ils le elief des Français? Pourquoi ce grand homme, ]u>iissé sous les nnirs de Paris par trois ceut mille ennemis, auxquels trois cent mille autres étaient j)rès de se joindre, oublia-t-il en trois jours de prospérité les leçons du malheur? Eugène aurait |)u ramener d’Italie son armée nombreuse, et peutêtre notre territoire, souillé par l’invasion, eût-il englouti les envahisseurs. Mais Eugène est contremandé; la confiance de Bonaparte en sa fortune renaît et grandit; tout est perdu.... »
Nous arrivâmes à Meaux au milieu de ces tristes réflexions.
« C’est là que Najioléon, après l’affaire de Montmirail, vint établir son quartier-général provisoire. A peine y était-il arrivé qu’il eu repartit le 1 5 février au matin pour prendre la route de Guûjnes.
« Le canon se faisait entendre dans cette direction depuis quelques heures. Les Russes, sous le
MEAUX ET NOGENT-SUR-SEINE. 521 comiuandement de Wifjenstein, les lîavarois sous les ordres de Wréde avaient entamé l'aetiou contre les ducs de Belliiue et de lleggio; ceux-ei soutenaient l'effort de rcnnenii en attendant l’enipercHr. Il paraît; officiers et soldats sont électrisés, et semblent reprendre de nouvelles forces; un premier choc arrête les alliés devant le village de Guignes, où l'empereur coucha, et cette nuit même il reçut le renfort des dragons que le général Treilliard amenait d’Espagne à marches forcées.
« Le i6 le véritable combat commença; nous chargeâmes, ayant en tête Drouot et Gérard: l’attaque fut d’une vigueur à laquelle il devint impossible de résister ; les ennemis, entamés sur tous les points, rompirent leurs rangs et couvrirent des débris de leur armée toute la plaine depuis Mormanl jusqu’à Prouius. Plus tard, mou ami, lorsque je vous aurai conduit à Monlereau , je continuerai le récit de cette partie de notre histoire militaire ;aujourd lmi je vous laisse visiter la ville dont Bossuet fut l’évêque. »
Le monument de ce prélat éloquent fut en elfct le seul objet qui fixa ma curiosité. Si l’intolérante hauteur de ses dogmes révolte ma raison , la terrible majesté de son éloquence me pénétre d’une sorte d’admiration; défenseur des liberté de l’Église, on l’a frappé d’anathème pendant ces derniers temps, et cette insolente fureur a suffi pour ranimer sa gloire un peu vieillie.
:")22 CHATEAU-TIIIEHUY, MONTMIRAIL,
Nous couchiinies à Meaux, et le lendemain matin nous partîmes pour Nagent, où l’auberge des Iloistle^érttsalem nous donna l’hospitalité. « Il y a quelipies aimées, me dit le général, que je suis venu à iSogent sous de bien tristes auspices. Nous accouijiagnions alors Napoléon à la suite de la retraite de l'royes; accoutumés à marcher toujours en avant contre les ennemis, nous ne pouvions nous accoutumer à ces inouvemeuts rétrogrades au sein de la France, et quand nous combattions pour la sauver du joug étranger. Nous arrivâmes le février à Nogent, et sur-le-champ l’empereur donna l’ordre de créneler les murailles de la ville, de fortifier les points capables de défen.se, et de préparer les artifices pour faire sauter le pont si la chose devenait nécessaire; tout fut exécuté avec ce zèle, avec cette promptitude dont les Français sont seuls capables; et, plus tranquille, notre auguste chef se prépara â disputer le passage de la Seine au prince de Schwartzenberg, qui nous suivait avec son armée.
« Il reçut en meme temps des nouvelles du congrès de Cftdlillon-sur-Seine ; on lui proposait alors, non de conserver une partie de nos conquêtes, mais de rentrer humblement dans les limites de l'ancienne France. Le con.scil fut a.ssemblé : ceux (|ui le composaieut engagèrent Napoléon à se soumettre à ces conditions pénibles; le duc de Ha.ssano, le prince de Neub'liâtel insistèrcMit principaleincnt
MEAUX ET NOGENT-SUn-SEINE.
.sur la nécessité de s’y résoudre. Ij’empereur avait {Tardé le silence -, mais enfin il s’expliqua : « Quoi ! s’écria-t-il, vous voulez que je si{jne un pareil traité, et que je foule aux pieds mes serments ! Des revers inou'is ont pu m’arracher la promesse de renoncer aux conquêtes que j’ai faites ; mais que j’abandounc aussi celles qui ont été faites avant moi , que je viole le dépôt qui m’a été remis avec tant de confiance, que pour prix de tant d’efforts, de sang, de victoires, je laisse la France plus petite que je l’ai trouvée, jamais!!! Le pourrais-je sans trahison ou sans lâcheté?... Vous êtes effrayés de la continuation de la {jiierre , et moi je le suis de dangers plus certains que vous ne voyez pas. Si nous renonçons à la limite du Rhiu ce ii’est pas seulement la France qui recule, c’est l’Autriche et la Prusse qui avancent.... La France a besoin de la paix, mais celle qu'on lui veut imposer entraînera plus de malheurs que la guerre la plus acharnée ; songez-y. (^ue serai-je pour les Français lorsque j’aurai signé leur humiliation? que pourrai-je répondre aux républicains de 1795 quand ils viendront me redemander leur barrière du Rhin?... Dieu me préserve de tels affronts!... Répondez àCaulaincourt puisque vous le voulez, mais dites-lui que je rejette ce traité ; je préfère courir les chances les plus rigoureuses de la jjiierrc. i>
U Ces ])aroles éiaieiil sans doute héroïques, mais
5i4 CHATEAU-THIERRY, MONTMIRAIL, les circonstances étaient plus impérienscs encore; la France était envahie, nu parti redoutable se montrait à découvert, des princes de l'ancienne dynastie avaient paru dans les provinces dn midi à la suite de la coalition, le danger était trop (■minent , trop prochain sur-tont pour permettre (|ne l’empereur persistât dans cette résolution majpianime. Le duc de Bassano, le comte Bertrand, passèrent la nuit auprès de lui; et, après des instances prolongées, ils parvinrent à obtenir de lui ce consentement qui était nécessaire au duc de Vicciice pour qu'il pût continuer les négociations. On accéda aux propositions faites relatives à la Belgique et à la rive gauche du Rhin. Mais comme Napoléon l'avait prévu , ces honteuses concessions ne suffisaient déjà pins à ses ennemis. C’est la gloire nationale , c’est Napoléon qu’ils voulaient détruire.
Cependant, tandis que ces négociations fallacieuses se poursuivaient, le maréchal Blncher continuait à s’avancer dans la Champagne, le duc de Tarentc reculait devant lui jusqu’à la Ferté-sous- Jouarre, et Napoléon, couché sui' un lit de repos, des cartes devant lui et un compas à la main , formait des plans dignes de son génie. Le duc de Bassano SC présente en ce moment , tenant en main les dépêches destinées au duc de Vicence.
0 Ah, vous voilà, lui dit-il, il s’agit maintenant de bien d’autres choses ! .le battais Ulüchcr de l’œil ;
MEAUX ET ROGENT SUH-SEINE. 525 je le tiens ; il avance par la i-outc de Moutmirail , je pai-s| je le battrai demain , jele battrai aprè$Klpniain. Si le niouvcment a le succès qu’il doit avoir, l’état des affaires va entièrement changer et nous verrons alors. Lai.s.sez Caulaincoiirt avec les pouvoirs qu’il a. •>
• Un funeste vertige, le fatum des anciens, le féisme des Éco.ssais, agissait dans ce moment sur cet homme extraordinaire. Il continue de faire part de ses intentions à ses divere généraux et de dicter des ordres. Le 9 février, il part de Nogent; il croit atteindre et déconcerter l’ennemi} nos colonnes s’égarent, le mauvais chemin les arrête ; quelques parties d’un plan admirablement conçu ne sont point exécutées.
• Cependant le 10 au matin nous sommes au village de Champ-Aubeit ; le duc de Ragusc bat complètement les bataillons ennemis qui se présentent ; ceux-ci fuient sur Moutmirail , sur Chàlons ; on les poursuit sur toutes les routes.
• Les Pmssieiis , les Russes , épouvantés du résultat de Champ-Aubert, se rallient, se réunissent; ils marchent de concert, et nous les trouvons enfin le 1 1 au matin au-delà de 51onlmirail, que nous venions de traverser. A leur approche , l’empereur jugea que l’heure décisive était arrivée, il donna le signal de l’attaque. Je vous ai déjà raconté ce qui se passa à cette bataille célèbre; elle aurait terminé
■T26 (.IlATKAU THIEüItï, MONTMinAlI., ETC. la campa(;nc si les proportions des armées ennemies n’eussent pas été gigantesques. Il me reste à vous dire (|uelque ebose au sujet des calamités que Nogcnt éprouva plus tard; mais il faut auparavant que nous allions à Moutercau , afin de ne point trop intervertir l’ordre des événements. »
l'An.VCLET.
M* CClLiX. [8 JUILLET 1827.]
LE PARACLET
. , Commun Jhrm* a f>art in every scene had kept hù hcari , ilod sùjh'd and lamjuiib'd, vow'd and writ For jHtsiimr or to shim» his wit.
Doct.'ur STurr.
Le séducteur avait employé le« formel ordioaire»; mais, au milieu de res scènes d'amour, son ccetir était resté froid ; vœux, soupirs, lau> fleurs , lettres hnilnntes , n'étairni pour lui <|u'un ainusemcDt de ses loisirs, un jeu de sou '•tpni
L’attention que je prêtais au récit du général ne m'empêcha pas de remarquer que nous avions quitté la grande route , et que nous suivions un chemin de traverse ; j’en fis l’observation, u Nous avons besoin de consolations l’un et l’autre, me répondit-il j je vous conduis dans une retraite où j’en ai cherché moi-même, sur la foi du nom grec que son fondateur lui a donné.... — Au Paraclel !... Chez vous, dansl’asile où l’adorable Héloïse expia pendant quarante ans