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qu’à l’heure, où le corps si long-temps attendu arriva suivi de la garde et de l’empereur. Dès lors l’ennemi attaqué pur ses flancs se voit obligé d’abandonner .sa position et de repasser las ponts en toute hâte , mais ce n’cst pas sans perte et sans confusion qu’il effectue ce passage; mis en déroute, nous lui faisons six mille prisonniers, nous nous emparons d’une partie de son artillerie, et nous le poursuivons si vivement, l'épée dans les reins, qu’il n’a pas le temps de détruire scs ponts : nous passons la Seine à sa suite en le tâtonnant dans toutes les directions qu’il prend.
U Pendant ce temps, les gardes nationales bretonnes, faisant assaut d’intrépidité avec les meilleures troupes de ligne, pénétrent dans le faubourg de Montereau
— Avouez, mon général (lui dis-je en voyant qu’il s’arrêtait) , que vous méditez une lacune; mais votre modestie n’y gagnera rien , et je me charge de la remplir ; je dirai que ce mouvement des gai^ des bretonnes fut appuyé par une des plus brillantes charges de cavalerie dont les annales de cette arme eussent encore fait mention; que l’intrépide général Pajol, qui ladirigait, enleva le pont de Montereau et ne laissa pas même aux Wurtembergeois, qu’il écrasa , le temps d’allumer la fougasse qu'ils avaient préparée pour faire sauter le pont.
« — Quoi qu’il en soit, continue le général, la
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victoire est complète, et aux cris mille fois répétés de vive f empereur ! vive la France! nous nous réuuissous autour du héros ' ; mais ici meme, sur ce champ de victoire, où semble devoir renaître toutes nos espérances, le guerrier observaveiir est frappé d’un contraste qui les détruit: j’essaierais vainement de vous en donner l’idée , c’est une tâche difficile que le baron Fain a parfaitement remplie, dans le Manuscrit de i8i4, c’est donc à lui que je cède la parole : lisez à haute voix , mon cher Ei'mite, une seule page de ce volume que j’ai apporte avec moi , et vous vous ferez une idée de ce qui dut se passer alors dans l’aine de Napoléon. »
Je pris le livre et je lus le passage suivant, avec un attendrissement qui alla jusqu'aux larmes.
« Tandis que nos succès réjouissent la constance infatigable des soldats, redoublent l’ardeur civique des habitants des campagnes, et portent jusqu’à l’exaltation le dévouement de nos jeunes officiers, on remarque avec inquiétude qu’un retour d’espérance n’a pas encore pénétré le cœur des principaux chefs de l’armée. Plus les évènements viennent de nous être favorables, plus ils craignent l’avenir. Chez eux la prudence a grandi avec la
' Ix; général oublie encore de dire que l'empereur en l’embrassant sur le champ de bataillc| après la victoire, lui adressa ces nobles paroles: « Si tous les généraux m’avaient servi comme vous renoemi ne serait pas en France. >
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fortune : les plus pauvres sont au contraire les plus confiants. Cette différence, dans la résolution avec laquelle cliaciiu mesure ainsi les évènements, offre des contrastes pénibles pour le bienfaiteur, et l’on en ressent toute l’amertume.
U Tl a à. se plaindre des plus braves!... Au combat de Nangis, un mouvement de cavalerie qui aurait été fatal aux bavarois a manqué, et on en fait le reproche à un général connu par son intrépidité, au général L’héritier. La nuit dernière, l’ennemi nous a surpris quelques pièces d’artillerie au bivouac, et elles étaient sous le commandement du brave général Guyot, commandant les chasseurs de la garde. A Surville, au moment le plus chaud du combat, les batteries ont manqué de munitions, et cette négligence, qui est un crime selon les lois rigoureuses de l’artillerie , semble retomber sur un de nos officiers d’artillerie les plus distingués, sur le général Digeon ! La forêt de Fontainebleau vient d’étre abandonnée sans résistance aux cosaques, et le général qu’on accuse de n’avoir tiré aucun avantage ni d’une pareille position ni de pareils adversaires, c’est Montbrun! Enfin le combat de Montereau aurait-il été nécessaire, et tant de sang répandu aurait-il été épargné, si la veille on eût marchérassez vite pour surprendre le pont? mais la fatigue a empêché d’arriver, et c’est le duc
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de Hellune, autrefois l’infatigable Vietor, qui a le malheur d’avoir à donner cette excuse ! »
•le ne voulus pas continuer eette lecture, et nous reprîmes en silence le chemin de Monlereau. Après quelques moments le général compléta en ces termes le récit qu’il avait interrompu.
<■ Le 1 9 février, l’empereur quitta Monlereau ; il déjeuna à Bray , dans la maison qu’Âlexandrc oceupait la veille. Le même soir, il arriva à Nogent. Cette petite ville avait horriblement souffert de la présence des ennemis. Le général Bourmont y avait disputé le 1 0 , le 1 1 , et le 1 2 , le passage de la Seine à toute l’armée du prince Schwartzenberg j il n’avait cédé qu’à la dernière extrémité. A la suite de ces furieux combats, Nogent offrait le plus triste aspect : les maisons écroulées, fumantes, et pillées, le peuple désespéré et dans la misère ; et au milieu des blessés, les respectables Sœurs de la Charité et le non moius digne curé de Nogent, leur prodiguant des soins que l'empereur récompensa par ses éloges et par ses bienfaits. »
La promenade militaire que le général m’avait fait faire à Monlereau et dans les environs m’avait tellement ému, qu’il ne put se décider à m'abandonner brusquement à mes réflexions; ce modèle des braves ne me quitta qu’à Melun , en me laissant la consolation de le revoir bientôt dans ma cellule où je me prépare à me confluer pour jamais.