CHAPITRE II
Causes des guerres.
En voyant dans l’histoire que l'ambition et la haine ont été la cause de la plupart des guerres, et que des nations entières sont tombées victimes des fautes de quelques individus, on sent redoubler eu soi l’horreur d’un si détestable fléau. Depuis la ruine de Troie, renversée pour le rapt d’une femme adultère, jusqu’à la guerre entreprise par un des favoris de Catherine II pour procurer à ce favori les honneurs d’une victoire, que de massacres, d’incendies, de dévastations, sans autre but que de satisfaire les passions, et même les simples fantaisies des rois et de leurs ministres! Périclès, dans le dessein d’éloigner le compte que le peuple d’Athènes songeait à lui faire rendre des deniers publics, fut le premier auteur de cette guerre du Péloponèse qui dura trente ans, et pendant laquelle Mytilène fut détruite, les habitants de Platée égorgés, et Athènes elle-même ruinée après avoir subi deux fois le fléau de la peste.
CAUSES DES GUERRES
Souvent les guerres des nations modernes n’ont |>aseu des causes plus légitimes, ni des conséquences moins funestes. <• Il y aurait une longue énumération à faire de toutes les mesures oppressives, de toutes les guerres suscitées dans les monarchies catholiques de l’Europe, dit M. Lacretclle l’historien, pour des ministres qui ont ambitionné le chapeau de cardinal. «
La guerre a été dans tous les siècles l'effroi des mères et l’horreur des nations. Le poète Aristophane l’a représentée sous la figure d'un monstre gigantesque, armé d’un pilon et d’un mortier dans lequel il broie les villes et leurs habitants. Virgile s’écrie: fiella, liorrida bella! Un poète français la nomme sanir de la mort, et droit des brigands. Mais, par une contradiction inconcevable, ce poète et Virgile ont chanté les combats; le Tasse chante l’armée chrétienne; Milton chante la bataille des anges et des démons : c’est sur les champs de carnage, sur les mines de Troie en cendres qu Homère embouche la trompette épique.
» Chaque chef de meurtriers, dit Voltaire, fait bénir ses drapeaux , et les prêtres invoquent Dieu solennellement pour ceux qui vont égorger leur prochain. Si ce chef n’a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n’en remercie point Dieu; mais lorsqu’il y a eu environ dix mille hommes exterminés par le fer et par le feu ,
CAUSES DES GUERRES
et que, pour comble de gloire, quelque ville a été détruite de fond en comble, qu’il u’y reste plus que quelques mères qui se meurtrissent le sein et s’arrachent les cheveux sur les cadavres de leurs enfants et de leurs époux , quelques enfants criant et mourant de faim sur le sein glacé de leurs mères tuées par les mêmes soldats dont elles ont auparavant assouvi la brutalité; alors, au bruit du canon, au son des cloches, au milieu des cierges allumés, de l’encens et des parfums, des prêtres, parés de la chasuble et de l’étole, chantent en faux-bourdon un hymne en l’honneur des meurtriers, et rendent grâce à Dieu de ce qu’il a permis ce grand massacre de ses enfants. De quelques crimes que les vainqueurs se soient rendus coupables, la victoire les absout ; les éloges et les honneurs les attendent. >•
Voltaire remarque que parmi cinq à six mille sermons contre les vices des hommes, il s’en trouve à peine deux ou trois contre le crime de la guerre, qui réunit tous les fléaux et tous les crimes ensemble. Bourdaloue se déchaîne contre l’amour et se tait sur ces meurtres, sur ces rapines, sur ces violences, sur ces brigandages, sur cette rage universelle qui a parcouru tous les siècles et désolé toutes les contrées de la terre.
L’assassinat, c’est-à-dire le meurtre prémédité, est le plus grand crime que puisse commettre un homme privé: la guerre, c’est-à-dire l’assassinat po-
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litique, est le plus grand crime que puisse commettre
un gouvernement.