CHAPITRE III
Droit de {'lierre, ou du plus tort.
Qu’est-ce que la guerre, sinon la violence et la force employées selon de certaines régies?
Montesquieu, Rousseau, Voltaire, et tous les écrivains moralistes se sont réunis pour démontrer l’injustice et l’absurdité de ce prétendu droit du plus fort, que la force abolit et déplace sans cesse.
Montesquieu a reconnu, dans le plus philosophique de ses ouvrages, dans les Lettres persanes, qu’il n’y a que deux sortes de guerres justes, les unes pour repousser un ennemi qui attaque, les autres pour secourir un allié qui est attaqué : c’est le droit naturel, c’est le droit civil qui prend alors le nom de droit politique.
Les hommes pour lesquels la justice, l’humanité, la vertu ne sont pas des mots vides de sens, sont tous d’accord sur cette vérité morale.
Il ne suffit pas que la guerre soit juste, il faut encore que ses moyens soient conformes à la justice, et qu’elle s’arrête aux limites placées par l’équité.
DROIT DK GUKRRE.
Nul individu, même dans le cas de la défense naturelle, n'a le droit de tuer son adversaire, tant <{u’il peut employer d’autres moyens pour arrêter sa fureur ou s’y soustraire; nul état, même dans la guerre défensive, n’a le droit de tuer letat agresseur, c’est-à-dire d’anéantir l’état politique qui compose cet état, si par toute autre voie il peut arrêter les entreprises de son ennemi.
La guerre légitime a donc les mêmes limites que la défense personnelle. Dans l’une et l’autre, la violence n’est autorisée qu’autant quelle est nécessaire pour repousser la violence; elle n’est de droit que contre l’agresseur et ceux qui le secondent; elle cesse au moment où il cesse de nuire. S’il périt dans la lutte, la loi civile excuse le meurtre et ne l’autorise pas : et de même que le citoyen qui , dans l’acte d’une légitime défense , a tué justement un injuste adversaire, serait puni comme assassin si , dans le premier emportement de sa colère, il courait à la maison de son ennemi pour la ravager et tuer sa femme et ses enfants; de même toute violence commise après la victoire sur des vaincus qui ont mis bas les armes, ou pour ravager le pays ennemi, est un acte digne de blâme et de châtiment.
D’état à état, certaines insultes ne donnent pas le droit de recourir à la guerre; comme entre particuliers certaines injures n’autorisent pas les voies de fait. «Il n’y a point de justice, dit Montesquieu, à