‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 112 sur 318 · I.JO · texte numérisé non relu

I.JO

nelles, peuvent être remplacées par le despotisme oriental. Pour opérer cette grande dégradation morale et politique, il ne faut que la réunion de deux ou trois volontés. La civilisation ou la barbarie , la liberté ou la servitude , les lumières ou les ténèbres, la gloire ou la honte de cent cinquante millious d’hommes, sont maintenant entre les mains de deux ou trois ministres. Quel effroi un pareil ordre de choses ne doit-il pas exciter dans lame de tout ami de l'humanité! quelle horreur les auteurs d’un si monstrueux système ne doivent-ils pas in spirer au monde épouvanté!

Lors même que ces gigautesques armées ne menaceraient pas d’une ruine totale la liberté , la fortune, l’indépendance des nations, combien ne sontelles pas contraires à la dignité morale de l’homme? Gomme ou répète sans cesse à ces soldats permanents qu’ils sont faits pour la guerre, tous leurs voeux sont contre la paix; la guerre leur promet des dépouilles, des honneurs, des grades : trop heureux si, dans leur impatience de la voir éclater, ils ne se livrent pas aux mutineries et aux révoltes! A défaut d’ennemis extérieurs, leur courage, incessamment aiguillonné, se tourne tantôt contre eux-mémes, tantôt contre leurs propres concitoyens. On veut qu’ils attachent de la gloire à des victoires indi viduelles, qui ne sont presque toujours que des assassinats privilégiés : l’un des combattants est étranger

de l’esprit militaire.

au maniement des armes , tandis que l’autre est uu homme qui , chaque jour, s’exerce pendant deux ou trois heures dans l’art de tuer, sans péril, les gens qu’il provoque sans raison; espèce de lâcheté cruelle que protègent encore nos préjugés et le sommeil des lois.

Dans la guerre, la prospérité corrompt les soldats et les énerve; l’adversité les aigrit et les porte à la révolte. Le général qu’ils préfèrent est celui qui les laisse vivre dans la licence ; ce qu’ils cherchentn’est pas la paix, c’est la victoire, qui autorise tous les désordres. « Les soldats de Vespasien, dit Tacite, supportaient moins patiemment les retards que les périls : avides de pillages et de ruines , l’espoir d’ohtenirle sac d'une ville les portait à mépriser les fatigues, les privations, les blessures, et la mort même. » Lorsque l’étranger ne leur offre plus de dépouilles, ils s’emparent des richesses de leurs propres concitoyens. Les troupes de Vitellius pillèrent les maisons des particuliers, les temples des dieux, commirent toutes sortes de violences envers les peuples de l’Italie, tuant leurs ennemis personnels, égorgeant les riches dont ils enlevaient les trésors, massacrant les époux et les pères dont ils enlevaient les femmes et les filles ; et comme la victoire sanctifie les crimes les plus atroces, le sénat romain décréta que tous les honneurs civils et militaires seraient rendus à ces odieux brigands, car ces brigands

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