ET DU STYLE DES LOIS
“jugé; n ce qui fait rentrer dans l’arbitraire dont on venait de sortir. Le cardinal de Richelieu convient (comme les hommes d’état de nos jours) qu’on peut accuser un ministre devant le roi ; mais ( aussi comme eux) il voulait que l’on fût puni si les choses que l’on prouvait n 'étaient pas considérables : ce qui devait empêcher tout le monde de dire quelque vérité que ce fût, puisqu’une chose considérable est entièrement relative, et que ce qui est considérable pour quelqu'un ne l’est pas pour un autre. « Il faut » dans les lois une certaine candeur, dit encore Mon- “ tesquieu ; faites pour punir la méchanceté des u hommes, elles doivent avoir elles-mêmes la plus « grande innocence. »
L’art d’introduire dans la rédaction des lois des termes vagues, des expressions obscures et équivoques, que des juges, transformés en commissaires, puissent interpréter d’une manière favorable ou pernicieuse, selon le rang de 'l’accusateur ou les principes politiques de l’accusé, est l’art des Tibère et des Séjan. Que, dans les temps modernes, il se soit trouvé des ministres d’une ame assez corrompue pour puiser dans le code monstrueux de la tyrannie romaine des modèles de ces lois d'exécration, et d'une effronterie assez odieuse pour oser proposer aux sénats des monarchies constitutionnelles d’adopter de telles lois, voilà sans doute ce qui a le droit d’étonner, de confondre même les
244 I,E LA RÉDACTION et du style des lois. hommes qui pensaient, comme Salomon, qu’il ne fallait plus s'étonner de rien. Quel crime peut être comparé à celui de ces législateurs assassins qui scinent de pièges les avenues du temple de la justice, et qui rendent son sanctuaire aussi redoutable que l’antre de Polyphénie?
Il eu est des lois comme de tout ce qui existe au monde : pour quelles soient respectées, il faut qu elles soient respectables. Les lois injustes et tyranniques inspirent les mêmes sentiments que l’injustice et la tyrannie, c’est-à-dire le mépris et la haine.