‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 176 sur 318 · I)F. LA JUSTICE NATURELLE · texte numérisé non relu

I)F. LA JUSTICE NATURELLE

sible de montagnes et de forêts, y vivent indépendants de toute espece de joug, sans lois, sans chefs, sans religion; en un mot, sans aucun autre lien social qu’un sentiment inné de justice qui suffit à leur conservation.

Une course que j’avais entreprise dans l’intérieur de l ile de Ceylan m’avait conduit dans le voisinage de la contrée qu’occupent les Bédas. Un matin, en sortant de ma tente, je trouvai une sagaie (espèce de lance de ces sauvages) plantée à ma porte, et à laquelle étaient suspendues quelques pièces de gibier; un Clnngulais, que j’avais à mon service, et que j’interrogeai pour savoir à qui je devais ce présent, me montra, en tremblant de tout son corps, la trace des pas d’une foule de Bédas qui s’étaient approchés de mon habitation pendantla nuit, et m’apprit que le but de leur visite était de me proposer un échange de leurs provisions contre quelques petits morceaux de fer, seule richesse qu’ils envient; ils reviendront la nuit suivante, continuat-il, et, s’ils ne trouvent pas à la même place où ils ont déposé leur présent celui qu’ils exigent de vous, ils mettront le feu à votre habitation, et nous tueront s’ils nous rencontrent.

Quelque irrégulière que me partit cette manière de commercer, je me rendis cependant à la raison, sinon la meilleure, comme l'appelle par dérision notre grand fabuliste, du moins la plus incontes-

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