CHAPITRE IV
1)68 mœurs des jupes.
Meme au sein des sociétés corrompues par le luxe de la civilisation, la morale d’un juge devrait être le dernier asile de la sainteté des mœurs. On ne m’accusera pas de regretter les anciennes institutions: je dois le dire, cependant, sous le rapport des mœurs domestiques et du respect de la morale dans la vie civile , les membres des anciennes cours de parlement ont laissé d’admirables modèles et de justes regrets; sur ce point, la révolution est complète, et l’on ne reprochera plus à nos magistrats cette austérité d’habitudes et de langage qui distinguaient en France les anciennes familles de robe. Toutes les réflexions que je pourrais me permettre à cet égard sont comprises dans les plaintes que m’adressait, il y a quelques années, un négociant américain , arrivé des États-Unis pour recueillir en France une succession qui lui était échue : qu’il mesoit permis
k>4 DES MOEURS UES JUGES,
de citer ses propres paroles. « Un de mes oncles « paternels, tne disait-il , est mort dans ce pays, et m’a « laissé par testament une terre de 3o,ooo fr. de re- « venus; l'héritage est ouvert, et je dois croire qu’il .< suffit de me présenter pour être mis en possession; mais une foule de collatéraux s’y opposent. « Votre Code civil est excellent, l'article qui con- « State mes droits est clair et précis, j’en invoque ••l’exécution; les hommes de loi s’en mêlent, des « discussions s'élèvent , on demande à éclaircir l’évi- <• deuce elle-même; il faut plaider, je plaide.
« Me voilà engagé dans las détours obscurs de la « chicane subalterne, et, pour m’y reconnaître, je « sème à pleines mains l’argent sur ma route. Je •• remplirais, comme Rabelais dans son Pantagruel, « deux pages et demie des seuls noms baroques des « actes qu’on me fait signer, et des officiers de jus- •• tice qui me les délivrent moyennant finance; à Phi- •< ladelpbie cela ne m’eût rien coûté.
« Au moment où ma cause allait être plaidéc, ou « me conseille d’aller voir nies juges; je réponds que « cette coutume impertinente n’existe pas en Amc- •• rique : on me fait observer que c’est l’usage en ••France.
*• Je me rends d'abord chez le président; je 11e le •• cherche pas, comme autrefois, daus un gothique «hôtel du Marais, mais dans un joli appartement «de la Chaussée-d’Antin. Les laquais, qui jouaient