‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 210 sur 318 · CHAPITRE XJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XJ

De la police considérée comme auxiliaire de la justice.

Justice et police! quelle alliance de mots ei d’idées qui se repoussent et s’excluent mutuellement! 11 n’a pas fallu moins que la puissance et le cruel génie du plus odieux des empereurs romains pour opérer cette union monstrueuse, ce prodige d’immoralité et de tyrannie.

LA POLICE, AUXILIAIRE l)E LA JUSTICE. 345

C’est à Tibère que remonte l'invention de la police, de ce grand corps invisible, qui était par-tout, et ne se trouvait nulle part; qui frappait en secret, qui enveloppait tout, comme ce dieu de la fable, d’un réseau qui échappait à la vue; de cette police, reine des tripots et des mauvais lieux, qui ne respectait ni le secret des familles, ni le foyer domestique, ni les épanchements de l'amitié; de cette police, indigne auxiliaire de la justice, sans cesse occupée à combattre les monstres quelle enfantait, à déjouer les complots qu’elle imaginait, à corrompre les mœurs confiées à sa garde. Caveant consules, criaitelle avec Sylla, que l’on prenne garde! et prendre garde c’était épier, dénoncer, prononcer, égorger.

Sur l’égide de cette fausse Minerve était écrit le mot protection ; elle portait dans sa maison un flambeau dont la lueur incertaine conduisait à un labyrinthe légal, où leMinotaure de la tyrannie dévorait tour-à-tonr ses victimes.

Peut-être trouvera-t-ou que je m’écarte de mon sujet en rappelant de honteux souvenirs que les progrès de nos institutions politiques ont entièrement effacés. Que nous importent en effet, à nous qui avons le bonheur de vivre sous un gouvernement constitutionnel, les maux que la tyrannie a faits aux Romains? Quel rapport peut-il y avoir entre la police inventée par Tibère et perfectionnée par Louis XI , et cette police si douce, dont les ressorts

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