DE LA MENDICITÉ
I .hypocrisie et le mensonge sont devenus les conditions de la mendicité: courtisans de la plus basse et non de la plus vile espèce , les mendiants privilégiés portent , pour la plupart , les signes extérieurs des infirmités qu'ils n’ont pas ; ils étalent avec une sorte d’orgueil la livrée de la misère , et font avec la bienfaisance calculée qui les soudoie, un commerce profane de démonstrations pieuses, de génuflexions tarifées , et d’oraisons labiales.
Il faut pourtant le dire à ceux qui paraissent effrayés de l'accroissement rapide de la population ; il y a aujourd’hui beaucoup moins de pauvres en France qu’on n’en comptait avant la révolution.
En 1767, leur nombre s’était si prodigieusement accru , que le gouvernement effrayé crut devoir les traiter en ennemis; plus de cinquante mille furent arrêtés dans les différentes parties du royaume; on les entassa dans des maisons où rien n’avait été préparé pour les recevoir; la plupart y périrent.
Si les exemples qu’on offre h des rois doivent nécessairement être pris sur le trône , je leur citerai celui de Léopold, grand-duc de Toscane, prince sage et législateur moral ; il ne permit pas que , dans ses états, aucun citoyen, quels que fussent son rang et sa fortune , vécût oisif et saus profit pour la société; tout homme parvenu à lage où l’on peut remplir un emploi , exercer une profession , un art, un métier, était obligé de faire connaître celui
I,* MORAI.Ff APPLIQUÉE A I.A POI.ITIQI F.
DE I.A MENDICITE.
auquel il s c destinait, et les magistrats veillaient à ce qu'il 11e pût se soustraire à cet engagement. Ainsi tout citoyen était utile à la société; et, pour exercer des droits, il fallait accomplir des devoirs.
Faites des ouvriers , et uon des mendiants ; donnez aux pauvres du travail et non du pain : ils ne vous demandent l’un que pareeque vous leur refusez l’autre.
l/aspect d’un mendiant accuse, je ne dis pas la police qui le tolère, qui peut-être l'emploie, et par conséquent achève de le corrompre , mais le gouvernement qui lui doit des secours s’il est infirme , et de l’occupation s’il est en état de travailler.
J’ai souvent entendu répéter que la mendicité était une de ces maladies du corps social qu’il était souvent dangereux de pallier, et toujours impossible de guérir dans un grand état. A cela je réponds par des faits dont j’ai été témoin , et que peuvent attester les nombreux habitants d’une des plus belles cités de l’Europe.
En 1 Soi , à l’époque où M. de Pontécoulant , aujourd’hui pair de France, prit en main les rênes de l’administration du département de la Dyle , telle était dans ce pays l’intensité du fléau de la mendicité , qu’on ne croyait point exagérer en disant qu’une moitié de la population demandait l’aumône à l’autre : deux ans après , la mendicité était entière-