‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 25 sur 318 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

Des sacrifices.

Les miracles ont trouvé des incrédules, même dans les temps les plus favorables aux illusions et aux superstitions; et comme la raison de quelcptes hommes supérieurs pouvait, en dissipant l’erreur générale, saper l’imposture par sa base, la terreur imposa silence au doute. Croire ou se taire devint la loi générale des nations. Les prêtres firent admettre cette sanglante maxime, que tout est permis quand il s’agit de l’honneur des dieux : ils se sont établis juges de ce qui pouvait blesser cet honneur; ils ont décidé par quels sacrifices il convettffe d’honorer la divinité, par quels sacrifices il fallait expier les outrages qui lui étaient faits, par quels sacrifices enfin ou pouvait fléchir les dieux irrités, ou obtenir la faveur des dieux bienfaisants.

Au commencement ils se contentèrent des fleurs et des fruits, prémices des champs. Bientôt il leur fallut les prémices des vierges, les prémices de l'hymen ; puis au miel , au lait pur, ils firent succéder le

DES SAC111FICES.

saug des brebis innocentes, du bœuf, compagnon des travaux de l'homme ; puis ils demandèrent pour leurs ministres des biens, des honneurs, puis enfin des vengeances et des victimes humaines. Teutatès et la Diane taurique se montrèrent altérés du sang de l’étranger; les prêtres de Brama dirent aux Indiens timides et soumis: « L’honneur du dieu Wisnou demande que vous vous fassiez écraser par centaines sous les roues de son char, et que vous fassiez don de vos biens à sa pagode. » Deux jeunes amants, dans leur folle ardeur, profanent le temple de Diane, et tous les ans l'honneur de la déesse fut réparé par le sang de jeunes garçons et de jeunes filles de l’Achaïe. Les Koréishites sacrifiaient leurs filles à la déesse Àlara; en Phénicie, à Carthage, des enfants étaient égorgés en l'honneur de Saturne. Le Mexicain pétrit ses idoles avec le sang des veuves, des vierges, et des enfants sacrifiés au dieu Virszlipulzli , qui a reçu de ses prêtres l’offrande de chaque cœur encore palpitant. Cet exécrable honneur des dieux, ou plutôt cet horrible fanatisme des prêtres, commande aux pères d’immoler leurs propres enfants; Agamemnon sacrifie sa fille; Lycaon et Idoniénée immolent leurs fils.

Eh ! quels autels les fureurs des prêtres souillèrent-elles jamais de plus de sang et de victimes que ceux du Dieu de charité, de paix et de miséricorde des chrétiens? C’est au milieu des flammes que trois

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