UES SACRIFICES
cent mijle victimes de l'inquisition ont péri par l’ordre des prêtres espagnols et portugais. A l’aspect de cet affreux supplice, auquel assistaient le roi et la reine d'Espagne, une jeune juive de seize ans, que la nature avait parée de ses dons les plus brillants, de ses attraits les plus doux , s’écria : « Grande reine , la présence auguste de votre majesté n’apportera-t-cHc aucun changement à mon sort? songez qu’il s’agit d’une religion que j’ai reçue avec la vie, que j’ai sucée avec le lait de ma mère; qui fut celle d’Abrahani et de Jacob, que vous révérez comme de saints patriarches. Comment suis-je coupable en croyant ce que croyaient Jacob et Abraham? Et comment mon erreur, si c’en est une, a-t-elle mérité le terrible supplice qui m’attend? » La reine était jeune, Française, les larmes coulaient de ses yeux; un regard de l'inquisiteur les refoula jusqu’au fond de son cœur, et y glaça la pitié ; le bûcher dévora sa proie.
11 a fallu les cris, les imprécations des philosophes pendant plus d’un siècle pour disperser ces abominables bûchers. 11 a fallu qu’une nation tout entière se levât et renversât l’ancien édifice à l’ombre duquel elle avait vécu pendant douze cents ans, pour empêcher qu’au commencement du dix-neuvième siècle les bourreaux sacrés de l’inquisition ne ressaisissent leurs torches et leurs instruments de tortures.