UE VOLTAIRE
l'intention , où le mal que l’on dit acquiert toute l’importance et toute la gravité du mal que l’on veut faire : c’est dans ce sens que j'examine sérieusement quel peut être le but de ces nouvelles attaques dirigées contre Voltaire.
La nature, qui semblait s’étre épuisée à produire cette foule dhommes supérieurs qui décorent le beau siècle de Louis XIV, voulut, en réunissant dans un seul écrivain tous les dons du génie, assigner elle-même des bornes à sa puissance. Je n’essaierai de prouver, ni à ceux qui sont dès long-temps convaincus de cette vérité , ni à quelques ennemis aveuglés par la haine, que Voltaire a conquis, par des chefs-d’œuvre dans tous les genres, ce titre d homme prodigieux qui lui fut décerné par le grand Frédéric; je n'établirai point de parallèle entre cet illustre écrivain et quelques autres phénomènes littéraires semés çà et là dans l’espace des lieux et des temps, pour avoir le droit d’en tirer cette conclusion irréfragable, que la France a la gloire d’avoir donné le jour à l’homme du génie le plus excentrique, de l’esprit le plus universel dont s'honore l’espèce humaine. Ce n’est point de la mesure du talent de Voltaire qu'il est question dans ce moment: la sottise et la méchanceté elle -même font à cet égard des concessions plus généreuses qu'on ne devait s’y attendre; pour toute réponse à ses détracteurs, il suffit de les énoncer.
DE VOLTAIBE.
Ce n’est point sur quelques brillants écarts d’une imagination trop ardente, sur quelques saillies d’un esprit qui se joue de sa propre pensée , qu’il doit être permis de juger un pareil écrivain ; c’est sur l’ensemble de sa doctrine et de ses œuvres: or, je demande à tous ceux qui, nourris de la lecture de Voltaire, peuvent se rendre compte de l’influence morale qu’il exerce sur eux avec le plus d’empire, quels sont les traits sous lesquels il se présente à leur esprit ; quels sont les souvenirs qu’il a gravés dans leur mémoire. Tous me répondent que les écrits de ce grand homme attestent le véritable philosophe, ennemi de la superstition, du fanatisme, mais adorant Dieu en sage , mais pénétré d’une religion pure dont tout bon esprit sent la force et chérit les consolations ; l’apôtre infatigable de la raison et de la vérité, le défenseur courageux de l’innocence, l’ami sincère d’une liberté sage , dont il ne tmuvait de garant assuré que dans une monarchie limitée par des lois. En effet , quel moraliste traça jamais les devoirs de l'homme social avec plus d’éloquence et de sentiment que l’auteur des Discours philosophiques ? quel historien éleva plus haut la gloire de sa patrie que l’auteur du Siècle de Louis XI y? quel poète consacra par de plus beaux vers la mémoire d’un roi l’amour des peuples et l’honneur du trône, que le chantre de la Henriade? quel autre écrivain, en marquant sa carrière par de si nombreux et de