‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 263 sur 318 · JE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

JE VOLTAIRE

si nobles travaux, mérita, comme lui, l'honneur de donner son nom à son siècle?

Quand la postérité a commencé pour cet homme illustre , quand les générations nouvelles , dont il est le bienfaiteur, ont recommencé son apothéose, d’où peuvent naître ces cris d’impuissance et de rage, ce déchaînement dont il est de nouveau l’objet? De l’espérance que quelques insensés ont un moment conçue de ranimer les discordes civiles , de réveiller le fanatisme , et dctouffer la liberté publique.

S’ils se bornaient à condamner les emportements passagers qu’excita quelquefois en lui le sentiment de l’injustice, ces saillies d’imagination que l’esprit et la grâce ne justifient pas toujours aux yeux de la pudeur, je me contenterais de blâmer, avec eux, dans Voltaire, ce que je blâme dans le sage Horace, dans le bon La Fontaine : mais quand ils exagèrent la rigueur , je puis à mon tour exagérer l’indulgence, et rejeter sur les persécutions, sur les calomnies auxquelles Voltaire fut en butte dans le cours de sa vie, le blâme de quelques pages de ses écrits où Chumeur, et plus souvent l'indignation, l’emportent au-delà des bornes.

Qu’on se mette un moment, par la pensée, à la place de ce grand homme, forcé, avant trente ans, après avoir produit la Henriade et plusieurs chefsd’œuvre tragiques, de se bannir de son pays pour

DK VOLTAIRE.

échapper à la ligue du fanatisme et de l'envie ; qu on se trouve armé, dans cet honorable exil, de toute la force du génie, de l’amitié des deux plus grands souverains de l’Europe, du ressentiment des plus cruelles in jures, et qu’on réponde ensuite de mesurer toujours juste l'expression de son mépris ou de sa haine pour d’ignobles persécuteurs. Je ne balancerai point à le dire: Si Voltaire eût continué à vivre à Paris, honoré comme il devait l’être, nous aurions de lui trois ou quatre volumes de moins , qui n’ajoutent rien à sa gloire ; mais probablement aussi l’Arioste n’aurait pas eu de rival.

Pour enchérir sur les fausses accusations intentées à Voltaire pendant sa vie, ses ennemis actuels n’ont pas craint de se montrer absurdes, en signalant , comme un professeur de démagogie et d'athéisme , celui dans les œuvres duquel on serait peut-être embarrassé de trouver une seule page où ne se manifeste pas une aversion , quelquefois même irréfléchie, pour le gouvernement populaire, et, par-dessus tout , un respect si profond pour la Divinité, une conviction si intime de l’existence de Dieu , qu’il voit , dans l’opinion contraire , la preuve infaillible d’un cerveau malade. Il est vrai qu’il répète en plusieurs endroits qu’il vaudrait mieux ne pas reconnaître de Dieu, que d'en adorer un barbare auquel on sacrifierait des hommes. Sincère adorateur d’un Dieu maître et conservateur du monde, zélé

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