CHAPITRE VI
Contradiction dans l’éducation du monde.
.le quitte les contradictions du collège pour m’oecuper de celles qui attendent parmi nous le jeune écolier dans la grande école du monde, où sa troisième éducation commence.
Malgré les vices d’un système où la connaissance des lois de leur pays est la dernière que l’on donne aux jeunes gens (connaissance où la plupart d’entre eux ne sont pas même initiés) , je suppose, bien gratuitement peut-être, que tous ont entendu parler
DANS L'ÉDUCATION DU MONDE. 44 r> de Ja charte constitutionnelle et des codes qui règlent eu France les affaires, tant au civil qu’au criminel : je suppose encore que le premier soin des parents est de mettre entre les mains de leurs fils cette charte et ces codes, où ils doivent apprendre quelles actions sont permises, quelles sont défendues, où s’étendent les devoirs, où s’arrêtent les droits des citoyens dont ils font partie.
La jeunesse est lage, le seul âge où le cœur de l’homme s’ouvre à-la-fois à tous les sentiments généreux, où le sentiment du juste et de l'injuste se montre avec le plus d’énergie.
Avec quel plaisir, avec quel orgueil un de ces jeunes gens, espoir d’une patrie nouvelle, lit ces premières lignes de notre pacte social : Les Français sont égaux devant la loi, quels que soient d ailleurs leurs titres et leurs rangs. Mais un de ses condisciples vient d’être indignement outragé par un gardechasse, lequel, grâce à la protection de son maitre, est l’adjoint du maire de sa commune. L’écolier porte sa plainte devant le procureur du roi. » Je ne puis donner aucune suite à celte affaire, dit le magistrat; il faut, pour mettre en jugement t adversaire de votre ami, l’autorisation du conseil délai. — Quoi, monsieur, un Français ne peut être traduit devant les tribunaux si le conseil d’état ne le permet ? — Non pas un Français tel que vous, tel que les dixneuf vingtièmes des citoyens, mais un des Français
CONTHADICTION
de l’autre vingtième; c'est-à-dire un fonctionnaire public. — Mais, monsieur, je n'ai pas lu un mot de cela dans la cliartc. — Je ne vous parle pas de la charte, mais de la constitution de l'an 8.- — Qu’a de commun, je vous prie, avec la charte monarchique de 1 8 1 4 la constitution républicaine de l’an 8 ? — Tout ce qui n’est pas abrogé existe de fait et de droit. — Même les décrets de la convention, et les arrêtés du comité de salut public ? — Même les arrêtés du comité de salut public, et les décrets de la convention. » I .'écolier retire sa plainte, et ne manque pas d’écrire sur ses tablettes: Nota benè que [égalité devant la loi a ses inégalités.
11 va dîner chez un de ses voisins : c’est un des hommes les plus riches du département, et la conversation tombe sur les charges de l’état. « La quote de vos contributions doit être bien considérable, dit le jeune homme; l'article i de la charte porte textuellement que tes Français contribuent indistinctement, dans la proportion de leurs fortunes, aux charges de l’état, et vous possédez soixante mille livres de rente? — J’en ai plus de cent mille. — Ainsi, d’après le rapport des contributions avec les revenus, vous en payez au moins vingt mille. — Je nepaie pas tout-à-fait six cents francs; ma fortune est en rentes : les rentes ne sont sujettes à aucune taxe; et l'on a fort bien senti que les charges de l’état ne devaient pas peser sur les portefeuilles. » Autre