LIVRE II
Page3i. La prostitution fut ordonnée comme un acte de religion.
Prie loi fondée sur un oracle obligeait toutes les femmes île Habylouc à se rendre, une fois dans leur vie, au temple de Venus, pour s’y livrer à un etranger. L'existence de cette loi est attestée par Hérodote, par Strahnn, et même par Jérémie. Cette coutume fut établie par un oracle, c’est-à-dire par les prêtres, au nom de la divinité. * Eli! qui ne sait, s’écrie M. l*astoret ( Histoire de la législation . tome I , p. 169), combien la superstition a enfanté de coutumes bigarres, déshonnêtes on cruelles? Les mœurs et l'humanité ne furent-elles pas mille fois outragées par les ministres des faux dieux (et par les ministres du vrai Dieu)? n'a-t-on pas vu la virginité devenir pour eux un objet d'offrande, souiller le temple au nom de la déesse impure de la volupté, ou ensanglanter les autels par des victimes humaines?»
A Hélinpolis les femmes se prostituaient dans le temple de Vénus. Les Lydiennes faisaient de même avant leur mariage. Eu Chypre, avant de prendre un époux, les femmes allaient sur le rivage de la mer offrir leur virginité aux étrangers. (Voyez Galère Maxime.)
Page 36. Le prince Hohenlohe est venu trop tard.
Les hommes de bonne foi et de bon sens n’avaient pas besoin d’attendre que la triste vérité eut éclairé les malades qui avaient recours aux prières du conseiller ecclésiastique, prince de llolicnlolie, pour savoir à quoi s’en tenir sur les guérisons prétendues miraculeuses, opérées par ce prince et par son acolyte, le paysan Michel, et même par le mendiant llofmann. Mais quelle pitié de
NOTKS.
voir l’esprit de parti s’emparer avidement des rêveries de quelque» cerveaux malades pour essayer de ranimer les plus honteuses et les plus déplorables superstitions! Le temps des miracles était passé, même à l'époque de ceux qui se faisaient au nom du diacre Paris; et quand on voit des ecclésiastiques publier des brochures, de» journaux faire de longs articles, pour prouver la mission du prince de Ilohenlohe et l’impiété de ceux qui refusent d’y croire, on ne sait ce qui doit étonner davantage, ou «le l’hypocrisie de ces écrivains ou de l'intrépiditc avec latjuelle ils bravent le ridicule inévitable dans une entreprise plus folle encore qu'elle n’est criminelle. Les sourds, les aveugles, les boiteux, les manchots, sont retournés chez eux un peu plus malades qu’ils n’étaient venus auprès de M. le conseiller ecclésiastique. Depuis que l’autorité a exigé que les guérison* se fissent en présence d’un médecin et d’un magistrat, Dieu a retiré au princ e le don des plus simples cures, et le pape vient de lui écrire pour lui reprocher de vouloir démontrer la vérité de la religion par de nouveaux miracles. Que diront M. le vicaire Bauer et les journalistes de Paris qui se sont enrôlés sous les bannières de M. de Ilohenlohe le prince, de M. Martin le précepteur, de M. Michel le paysan, et de M. Hofmanu le mendiant?
Toutes les religions, toutes les sectes, ont eu des faiseurs de miracles, depuis Dcucaliou et Pyrrha qui repeuplèrent le inonde ;» coups de pierre , jusqu’au Homain Atius Navius qui, devant Tarquin l'Ancien, coupa une pierre avec un rasoir, et depuis ce Navius jusqu’au bienheureux Paris.
Tant que la science des Charles et des Robertson n’a pas été populaire, elle a opéré des miracles; quand elle a cessé d’être occulte, elle a pris, son véritable nom; on l’a appelée physique expérimentale.
Toutes les religions ont commencé par le merveilleux et fini par le naturel. Les Grecs eurent leurs colombes fatùliques, leurs chêne» parlants, leurs antres mystérieux où l’on éprouvait des ravissements soudains, des extases où le ciel se faisait entendre. Les Romains eurent des poulets sacrés, «les simulacres parlants, des pluies «le sang et de pierres, l’antre d’Égérie, et les apparitions de spectres ; les peuples «lu nord ont des ombres et des sorciers.
Page 42. Un homme religieux est brûlé pour avoir dit : L'inégalité de puissance entre les apôtres est une invention fin -
mairie qui ne se trouve fias dans t Évamjilr. Un philosophe périt du même supplice pour avoir écrit : JJ âme iiai-tici/ie de Dieu et de sa substance.
La liste des auteurs qui ont péri pour avoir soutenu des opinions aussi peu répréhensibles est assez, longue; on y trouve :
Puliaril's (Antoine), étranglé et brûlé à Home en i566; professeur de grec et de latin, et auteur d'un poème sur l'immortalité de l ame. H fut condamné pour avoir réclamé la tolérance en faveur des luthériens , et écrit contre l’inquisition qu’il regardait comme un poignard dirigé sur la gorge des gens de lettres.
Pallaviciki, décapité à Avignon pour avoir blâmé Urbain VII] de la guerre qu’il faisait à Edouard Faruèse, duc de Parme et de Plaisance; oubliant en cela ses devoirs de pape et de chrétien.
Petit, pendu et brûle popr avoir composé des vers moins licencieux que ceux de l’abbé Grécourt.
Pi»trn (Guillaume-Antoine), Anglais, condamné à une prison perpétuelle, après avoir été rois au pilori et avoir eu les oreilles coupées, pour avoir écrit contre les comédiens, les bals et les mascarades. Sa sentence est du mois de janvier 1 634 -
S EH VET, médecin et savant espagnol, brûlé à Genève le 27 octobre 1 553. Parmi les propositions qu’on lui reprochait comme entachée* d’hérésie, se trouvaient celles-ci : JJ art te participe de Dieu et de sa substance ; l ame se rend mortelle par le péché. Son supplice dura plus de deux heures, pareeque la flamme était détournée par le vent. Malheureux ! s’écria-t-il, ne pourrai-je donc mourir? Quoi! avec les cent pièces d'or et le riche collier qu'on m'a pris , ne pouvait-on acheter assez de bois pour me consumer plus promptement ?
Domims (Marc-Antoine), archevêque, empoisonné au château Saint-Ange où il était détenu , et ensuite exhumé et brûlé pour son ouvrage intitulé : De Republica ecclcsiasticâ , dans lequel il dit que l'Église y sous l'autorité du pape , n’est plus une Église , mais un corjts politique y un état sous la monarchie temporelle du pontife ; que CEqlise ne doit point user de contrainte extérieure ; que V inégalité de puissance entre les apôtres est une invention humaine qui n'a aucun fondement dans l' Évangile ; que Jésus-Christ a promis le Saint-Esprit h toute l’Église y sans rattacher aux prêtres et aux évêques ; que les ministres des autels ne sont pas obligés au célibat y etc.
Perqcin, traducteur de la Complainte de la Paix, composée par
NOTES
Erasme. Il fut brûle vif en i5ay, pour avoir ajouté à cet ouvrage quelques propositions qui furent taxées d'hérésie.
Jf.a» Iles, arrêté malgré le sauf-conduit de l'empereur Sigismond, et brûlé vif, en 141 5, par jugement, pour s'être élevé contre la dissolution des mœurs du clergé et la tyrannie de la cour de llome.
LuiSSRl, gentilhomme polonais, accusé d'athéisme à la diète de Grodno par un évêque, et brûlé vif le *3 mars 1689-
Malacmda (Gabriel), auteur d’un Traité de la vie et du régne de l’Antéchrist, et d’une Vie de sainte Anne; il fut condamné au feu par l’inquisition et brûlé vif. à l’âge de soixante-quinze ans, le ai septembre 1761.
Monts (Simon), auteur d’un Recueil de pensées, de quatrains et de cantiques spirituels; ouvrage d’un cerveau malade, dans lequel il s’annonce lui-méme comme un nouveau Messie. L’auteur pouvait être justement mis aux Petites-Maisons; il fut barbarcment condamne au feu, et brûlé en place de Grève, avec tous les exemplaires de son livre, le 14 mars iÇ(>3. Desmarets Saint-Sorlin , son disciple et son ami, le dénonça, et vint déposer contre lui. Après la condamnation de ce déplorable fou, le président de Lamoignon eut la froide cruauté de lui demander s’il était écrit quelque part que le nouveau Messie dût subir le supplice du feu. Morin répondit avec calme à ce magistrat bourjrcau : Me examinasti , et non est inventa in me iniquitas.
Jacob va» Lifavf.lt fut décapité pour avoir imprimé la Bible en hollandais.
Fbabçois Stabuli, connu sous le nom de Cecco, poète d’Ascoli, fut brûlé vif à Bologne, où il professait l’astrologie et la philosophie. C’était le plus innocent des fous; il avait soixante-dix ans ; il fut condamné comme hérétique et prophète.
Brukcs, auteur délia Spaccia délia Destia trionfante , et le pasteur Bissekdorf, auteur du Nœud Gordien dénoué, ftodi Gordii rcsoluti . subirent le même supplice.
Dolet, auteur et imprimeur, fut condamné à être pendu et brillé comme pélagien. Son exécution eut lieu à Paris le 3 août i546. Le véritable crime de Dolet était d’avoir raillé la Sorbonne et molesté les moines par de vives épigramincs.
Tihdall, auteur d’une traduction en anglais de la Bible, fut condamné à être étranglé et bridé; ce qui fut exécuté en i536.
Vallée, auteur de !.i Béatitude du Chrétien , fut pendu et brillé
le 9 septembre i5"3, en place de Grève, pour une espèce de morale relâchée , dont l’abrégé se trouve dans la phrase qui termine son livre : Surtout rivons, et ignorons tout avec tranquillité.
Vamki (Jules-César). Tous ses ouvrages furent imprimés avec approbation et privilège; cependant ils furent trouvés ensuite si pleins d'hérésies, que le malheureux Yanini fut condamné comme athée, et brûlé vif à Toulouse le ij) février 1619, après avoir eu la langue coupée. Il était âgé de 3.{ ans.
Jérôme Savonarola fut pendu et brûlé pour n’avoir pas, en prêchant contre les mauvaises mœurs, dissimulé les désordres du clergé, ni meme ceux de la cour de Home.
VinctLE, prêtre irlandais, fut déposé par le pape Zacharie, et condamné pour avoir soutenu qu'il y avait des antipodes.
A la suite d'uue vie de Spinosa, on trouve la liste de six auteurs brûlés en effigie, de huit brûlés après leur mort, et de cinquantedeux brûlés vivants.
La politique 11e s’est pas toujours contentée de tenir les écrivains captifs; Durand, et deux Florentins, frères, de la maison des Patrici , furent brûlés vifs à Paris le t6 juillet 1618, pour avoir écrit contre le roi.
Nicolo Franco, de ilénévent. Le spectacle du vice heureux lui inspira la même indignation qu’à Jtivénal ; il écrivit quelques satires contre les grands qui le firent condamner à être pendu. Il fut exécuté par ordre du pape Pie V.
Page 45. Le cardinal Bcllarmin, dans son Traité duPouvoir ftotUifical , etc.
Les rois de France ne se sont jamais soumis à la puissance et aux prétentions de la cour de Rome.
Vers la fin du quatorzième siècle, le pape Boniface VIH envoya à Paris l'évêque de Pamiers, pour ordonner au roi Philippe-le-llel de faire le voyage de la Terre-Sainte. Philippe refuse d’obéir; l’évêque menace le roi des foudres du Vatican ; Philippe fait mettre en prison le prélat factieux. Le pape dépêche, pour le roi, le légat Jacques de Kormans, pour lui commander de faire mettre en liberté l’évêque de Pamiers, et de se reconnaître sujet du saint-siège, au temporel comme au spirituel. Le légat était porteur d'une bulle dont voici la traduction :
NOTES
«Boniface, serviteur des serviteurs de Dieu, à Philippe, roi des « Français.
■ Craignez le Seigneur et gardez ses commandements. Nou> vou-
■ Ions que vous sachiez que vous nous êtes soumis dans le temporel
- comme dans le spirituel ; que la collation des bénéfices et des pré- « bendes ne vous appartient en aucune manière ; que si vous avez
■ la garde des églises pendant la vacance, ce n’est que pour réserver « les fruits à ceux qui en seront pourvus. Si vous avez conféré quel-
- ques bénéfices, nous déclarons cette collation nulle pour le droit «et pour le fait; nous révoquons ce qui s’est passé en ce genre:
■ ceux qui croiront autrement seront réputés hérétiques .»
Philippe fit à cette bulle la réponse que voici :
« Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français,
■ A Boniface, prétendu pape, peu ou point de salut.
■ Que votre très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis «à personne pour le temporel ; que la collation des bénéfices, les «sièges vacants, nous appartient par le droit de notre couronne; * que les revenus des églises qui vaquent en régale sont à nous ; que « les provisions que nous avons données et que nous donnerons « sont valides, et pour le passé et pour l'avenir; et que nous main « tiendrons de tout notre pouvoir ceux que nous avons pour-
■ vus et que nous pourvoirons : ceux qui croiront autrement seront « réputés fous et insensés. »
Le <) septembre i585, Sixte-Quint lança une bulle dans laquelle, après avoir élevé la puissance et l'autorité pontificale au-dessus de celle des rois et des princes de la terre, il annonce qu il s’arme du glaive apostolique contre deux enfants de colère ; qu'il les proscrit connue hérétiques, relaps, fauteur* d’hérétiques, défenseurs publics et notoires d'hérésie, ennemis de Dieu et de la religion. L’un de ces enfants de colère était le priucr de Condé, et l'autre le bon et clément Henri IV. C'est ce monarque qu'un pape, un Sixte-Quint, déclare déchu de tous scs droits sur le royaume de Navarre et la principauté de Béarn, incapable de succéder à la couronne de France et à aucune souveraineté, qu’il prive de tous droits et privilèges attachés à son rang, et dont les sujets sont absous du serinent de fidélité! On sait que notre Henri fit afficher à la porte de tous le* cardinaux à Rome, et même à celle du Vatican, une réponse danlaquelle on remarque les passages suivants: «Henri, par la grâce
NOTES
■ île Dieu , roi de Navarre, prince souverain du Béarn , premier pair
- cl prince de France, s’oppose à la déclaration el excommunication
- de Sixte-Quint, soi-disant pape de Rome; la maintient fausse, et en « appelle comme d'abus... En ce qui le touche d’hérésie, de laquelle il «est faussement accusé, dit et soutient que monsieur Sixte, soi- « disant pope, sauf sa sainteté, en a faussement et malicieusement « mentit et que lui-même est hérétique...; qu'il le tient et déclare pour « Antéchrist et hérétique ; et, en cette qualité, veut avoir guerre per- «pétuelle et irréconciliable avec lui...; que si parle passé, les rois «et princes ses prédécesseurs ont bien su ch.itier la témérité de tels
■ galants, comme est ce prétendu pape Sixte , lorsqu'ils se sont ou- « bliés de leur devoir et passé les bornes de leur vocation , confondant « le temporel avec le spirituel; ledit roi de Navarre, qui n’est en rien « inférieur à eux, espère que Dieu lui fera la grâce de venger l’injure «faite à son royaume, à sa maison, à son sang, et à toutes les
■ cours de parlement de France, sur lui et ses successeurs. »
Page 5a. Un cardinal fut accusé d’avoir porté l’effronterie de ses désirs adultères jusqu’à la couche royale.
Le jour de l’Assomption, la cour présentait, à dix heures du matin , l’aspect le plus imposant et le plus serein. Au milieu des personnages distingués qui circulaient dans l'appartement du roi, était le cardinal de Rohan , revêtu de ses habits pontificaux : il attendait les ordres du roi qui allait se rendre à la messe. Nulle espèce de rumeur, nul pronostic d’un grand orage n'avait averti les courtisans d’examiner la contenance de ce prélat. Couvert d’éminentes dignités, possédant, par l'accumulation de ses bénéfices, un revenu de huit cent mille livres; membre d’une famille ancienne et renommée qui, depuis trois règnes, avait épuisé tous les genres d’illustration sans rien ajouter à sa gloire; le prince Louis de Rohan, cardinal, évéque de Strasbourg , Gnxan-AcMÔMER , était considéré avec indifférence : il n’était point en faveur. Le roi s'était plaint assez souvent des prodigalités du cardinal, et avait paru craindre que la maison de Rohan ne fournit un second exemple de la banqueroute la plus ignominieuse. La reine, depuis long-temps, l'accablait de tous les signes d’une aversion insurmontable. On prétendait que le prince Louis, lorsqu'il était ambassadeur à Vienne, avait pré-