‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 313 sur 318 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Page i48. Le langage de la politique est équivoque, ses promesses n’ont rien de certain, scs démarches rien de positif, scs menaces mêmes sont ambiguës.

Voici ce que dit de la politique des puissances de l'Europe, pendant la révolution, l’auteur de la Revue chronologique de l'Histoire de France (pages 334, 335 et 33l>).

«Puisque, dès 1793, elles avaient manifeste l’intention de ne ménager aucun des partis qui se prononçaient pour le maintien, plus ou moins étendu, des effets produits par la révolution, qu’elles avaient explicitement annoncé l'intention de ne transiger avec aucune opinion démocratique ou simplement constitutionnelle, et de rétablir l'ancien régime en France, elles devaient, afin d’obtenir ce résultat, soutenir, avec franchise et vigueur, les royalistes de la Vendée; elles devaient leur fournir abondamment des armes, des vaisseaux, des secours de toute espèce, et y envoyer les princes français, qui, là seulement, pouvaient être utilement placés pour reconquérir l'opinion publique : car cette conquête devait être le but principal des efforts de nos princes; et même l’attitude militaire qu’il* y eussent prise ne pouvait servir que de moyeu secondaire. Au contraire, les princes sont éloignés, abusés sans cesse par les plus fallacieuses promesses. On disperse les émigrés à Saint-Domingue, en Portugal, en Corse, dans les plus vaines et le» plus meurtrières expédition» ; nu bien on les dévoue continuellement pour le salut «le l’armée impériale. Fa: corps de Coudé , pendant les campagnes de 1795, 1796, 1797 , fera toujours l’avant-garde des Autrichiens dans les attaques , et l’arrière-garde dans les retraite».

« Ainsi le motif réel de ta coalition , et spécialement du cabinet de Saint-James , est de prolonger les déchirements de la France et non de les terminer dans l'intérêt général de l’Europe. C’est au nom de l’empereur que les généraux autrichiens s’emparent des places et du territoire de Flandre. L’Angleterre déploie «le grands efforts pour ressaisir Dunkerque, cet ancien objet de sa convoitise; mais l’extrême incapacité du duc d'York fait avorter le plan du ministre Pitt, assez maladroit pour choisir un tel général. Par une convention, tenue d’abord secrète, l’Alsace devait retourner à l’Autriche ; et, à ee sujet, quelles tentatives n’ont pas été faites à Vienne! de quelle obsession n'a-t-on pas usé pour amener la Hile de Louis XVI, la petite-fille de Marie-Thérèse (Madame), h recevoir la main d’un archiduc! Cet archiduc, c’est le prince Charles , dont le caractère magnanime fait bientôt cesser, par son désistement, les persécutions qu’éprouve sa trop infortunée cousine, engagée par des serments solennels, prononcés dans la tour du Temple, à s'unirait «lue d’Angouléme. Mais le mariage «le la jeune princesse française avec un Autrichien aurait donné le prétexte d’un titre pour ré- L.S MORALE APPLIQUER A LA POLITIQUE.

NOTES

i Istmer, dan« une conjoncture favorable, et l'Alsace et la Lorraine, et d'autres fiefs des seizième et dix-septième siècles , fiefs réputés non masculins. Voilà l'étemelle, l’invariable politique du cabinet aulique, qui ne dévie pas plus que le bouf ne se détourne de son rillon, que l’àne ne s’écarte de son sentier. La persévérance du cabinet de Vienne a traversé les siècles. Que ne peut l’obstinée médiocrité? A la vérité, Toulon est reçu au nom de Louis XVII, par égard pour le roi d’Espagne, mais on s'empresse de détruire la marine de ce roi, dont on affecte de protéger l'enfance, Enfin, ces mêmes Anglais s’introduisent en Corse, et Georges III considère fort peu s'il ternit le lustre des trois couronnes britanniques, en alliant à leurorpur les chétifs accompagnements de ce diadème, que Louis XI lui-même (prince peu susceptible de honte, mais très avisé) dédaigna de ceindre. Le successeur des Alfred et des Édouard, arborant le litre de roi de Corse, semble recueillir ht succession d'un aventurier sorti des bruyères de la Westphalic , de Théodore «le Neuhoff, dont le fils touche, à Londres, l'aumône de l’indigent. C’est sur de semblables résultats qu'il conviendrait de juger de la politique de l’itt, de ce ministre si contradictoirement célèbre. Que, «('après ces faits divers, les Français, dans quelque parti qu'ils se soient vus jetés, apprécieut enfin la politique «-trangère! Puissent leurs descendants , avertis par «les perfidies aussi caractérisées, ne jamais méconnaître «pie l'intérêt général doit dominer, dans leur noble patrie, tous les intérêts privés, surmonter toutes les passions, cl qu’il ne peut être permis jamais de faire intervenir les étrangers dans les débats domestiques ! Le sort «le la Pologne attend toute nation qui produirait deux générations assez insensées pour attirer l'étranger dans son sein. »

Page 1 5 • . Depuis deux siècles et demi, la Grèce sanglante et mutilée se débat sons le cimeterre des Osinanlis.

Lorsqu’au milieu de la paix l'habile cabinet de la plus redoutable puissance de l’Europe augmentait chaque jour le nombre de ses bataillons, il était permis «le supposer des desseins généreux. La sainte alliance avait raffermi tous les trônes, et rassuré les plus timides

NOTES

sur le sort des rois. Les iDstitufiniis i|ui forment des citoyens éclaires et courageux tombaient les unes après les autres; les promesse' faites aux peuples étaient oubliées ou rétractées , et la liberté, exilée au-delà des mers, n'existait plus qu'aux rivages américains , V ou brûlait en silence au fond de quelques cceurs sur les bords du Tibre et de la Sprée. A quoi donc était destiné ce million de soldats aiguisant incessamment leurs armes, sinon à l’affranchissement de la Grèce? Mais au bruit de ce grand acte de justice, qui devait cou vrir son auteur d’une gloire immortelle, toutes les jalousies sc sont réveillées. Le bouclier qui s’avançait pour couvrir les chrétiens d’Orient s’est relire à la voix des chrétiens d’Occident; un cabinet a fait dire, par l’organe avoué de ses volontés suprêmes : * La Russie doit ■ savoir que toute tentative de sa part pour trouver un motif de

• faire la guerre « la Turquie , dans le moment actuel, exciterait

• des soupçons plus qu'ordinaires. » Qu'un roi tombe victime des fureurs populaires et du fanatisme politique, toutes les armée' vont inonder et dévaster la terre qui s’est rongie de ce sang royal ; mais qu’un peuple tout entier périsse sous la hache et le glaive, le gouvernement d’une nation insulaire ne trouve pas que ce grand massacre soit un motif suffisant de guerre, et, joignant l’insulte à la cruauté, il ajoutera , par la plume de son secrétaire : « Se borner « à mettre un terme à des cruautés qui révoltent la nature humaine , «et à rétablir la tranquillité dans l'empire turc, ce serait, nous le « pensons, un acte de désintéressement bien rare. Il nous semble « bien difficile pour le cabiuet de Saint-Pétersbourg de dicter des « lois comme vainqueur, et de faire rentrer ensuite son armée dans « les limites du territoire russe. ■ ( Courrier anglais du 4 août 1821.)

Page 1 63. Ce n’est point à un peuple, c’est à un homme que nous faisons la guerre.

Lorsque les puissances réunies en congrès à Vienne furent informées de l'invasion de Napoléon Bonaparte, et de son entrée à main armée en France, elles crurent devoir, à leur dignité et à l 'intérêt de l’ordre social (ce sont leurs propres expressious que je rapporte), de publier une déclaration solennelle de leurs sentiments. Dans cette pièce, les puissances affirment qu’elles sont formellement résolues de maintenir intact le traité de Taris du 3o mai 181 J,

li** disposition* sanctionnée* par ci* traité , et celle* qu’elles ont arrêtée* ou qu’elle* arrêteront encore pour le compléter et te con-

solider.

TRAITÉ nr 3o m\i 1 8 1 | -

Ai: NOM DE U TRÈS SAINTS ET

indivisible Trinité,

Sa Majesté le roi de France et de Navarre, d'une part, etc. :

Art. a. Le royaume de France conserve l’intcgrité de ses limites, telles qutlles existaient an l,r janvier 1792. Il recevra en outre une aiîomentation dp. territoire comprise dans la ligne île démarcation fixée par l'article suivant.

Art. 3. Du côté de la Belgique, de (Allemagne et de l'Italie, l'ancienne frontière, ainsi gu elle existait le iM janvier 1792, sera rétablie, en commençant de la mer du Nord, entre Dunkerque et Nicuport, jusqu'à la Méditerranée, entre Gagnes et Nice, •avec les rectifications suivantes :

1° Dans le département de Jemmapes, les cantons de Dour, Merbes-le-Château et Chimay, restent à ta France. La ligne de démarcation passera, etc.

4° Dans le département de la Sarre, les cantons de Saarbruck et (T Amenai resteront à la France , ainsi qu'une partie de celui de Lebach , etc.

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