‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 315 sur 318 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Page 1 85. Térée et Phalaris n’ont rien imaginé de plus erucl que les barques de Normann Choss, et les prisons flottantes connues sous le nom de pontons.

m Hulhs ought to f»e the punishment only for the most atrocious ••crimes. Les pontons ne devraient être que la punitiou (les crimes * les plus «atroces. »

Cest ainsi que s’exprime Howard dan? sou ouvrage sur les prisons, imprimé à Londres, après avoir dit que les puissances maritimes qui ont des pontons pour prison devraient h jamais bannir ce supplice digne de l'enfer, et qu’il voit avec plaisir que par-tout, même à Naples et à Messine, on vient de les supprimer pour les coupables condamnés aux fers, lesquels sont maintenant déposes, comme en France et en Espagne, dans des bagnes spacieux et sains, construits à terre.

«Les pontons ou vieux vaisseaux servant de prison de guerre, sont généralement des vaisseaux de soixante-quatorze. Les prisonniers occupent la batterie basse et le faux pont, dont on a retranché, à chaque extrémité, environ un quart d’étendue; la portion de la garnison qui n’est pas de service y couche avec les armes chargées; et la cloison qui les sépare est maillctée ou renforcée de grosses têtes de clous placées sans intervalles. I)e distance en distance, l’on a placé des meurtrières, par lesquelles peuvent passer des canons de fusil, à l'effet de tirer, si l’on veut, sur les prisonniers.

« Dans tout le pourtour du bâtiment, à un pied et demi au-dessus du niveau de l'eau, règne une galerie où sont placés des factionnaires aux extrémités des gaillards, sur les passavants, à chaque emplacement destiné aux prisonniers. Ce mélange de factionnaires, dont les consignes varient suivant les caprices ou la brutalité du commandant du ponton, a donné lieu à beaucoup d’assassinats : ils ont été d’autant plus fréquents, que l'arme de la marine, destinée au service et à la garde des vaisseaux, est, en Angleterie, généralement composée des plus misérables rebuts de la société, d’hommes coupables ou complices de quelque grand crime, aux-

NOTKS.

quels le magistrat u’a laissé que l'alternative d’entrer soldat' dans la marine ou d’être pendus.

«Les pontons, plus ou moins nombreux, suivant la quantité des prisonniers, étaient, en i8i3, au nombre de neuf dans la rade de Chattam : ils étaient placés à des distances qui ne permettaient pas aux prisonniers de communiquer par la voix ou par signe, mais assez près pour se surveiller réciproquement les uns les autres. Les pontons sont amarrés par des chaînes, à chaque extrémité, au milieu de vases fétides et stagnantes que chaque marée découvre. L'air putride, humide et salin qu‘011 y respire snfHrait, sans mauvais traitement ni mauvaise nourriture, pour altérer et détruire, en fort peu de temps, la santé la plus robuste. Beaucoup d’autres causes non moins funestes ont été réunies par les administrateurs de l’exploitation à laquelle les prisonniers de guerre sont livrés. Ces causes et ce régime ont pour but la destruction des prisonniers. On va voir en quoi consiste ce régime. Les dimensions ou la hauteur du taux pont du Brunswick , ponton à bord duquel j’ai été détenu, ne présentent exactement que quatre pieds dix pouces; en sorte que I homme de la plus petite taille ne peut jamais s’y tenir debout. C est un genre de supplice perpétuel qu’aucun de ces tyrans, qui ont déshonoré l’espèce humaine, n’avait encore imaginé contre les plus grands criminels. La plupart des hommes qui y ont été renfermés sont perclus et ne se relèveront plus. Les ouvertures pour donner de l’air consistent en quatorze hubleaux ou petites fenêtres percées à chaque côté, de dix-sept pouces carrés, sans vitres. Les prisons de terre et de mer où les Français sont placés, en Angleterre y n ont jamais de\ \ vitres , 'quoique la température y soit généralement humide et froide , quoique les hivers y soient très longs. La chaleur produite par l'entassement des prisonniers est si grande, à la vérité, qu on ne pouvait fermer les hubleaux que d’un côté à-ln-Fois, celui exposéjau vent; et c’est ce qui se pratique avec de mauvaises guemlles. Ces ouvertures sont croisées par des grilles de fer fondu formant une seule masse; les barres sont épaisses de deux ou trois pouces, et les huhleanx se ferment tous les soirs par un mantelet en madrier. La même espèce, les mêmes précautions, sont employées pour la fermeture des sabords rétrécis de la batterie basse.

« Il résulte d’un tel étal de lieux et de semblables précautions, que desjjhommcsj entassés par centaines dans les batteries et faux pont .^hermétiquement fermés, en hiver pendant un espace d’au

moins seize heures, tombent, pour 1a plupart, faibles et suffoqués par le défaut absolu d’air. Si l’on essaie alors d’obtenir qu'un des hubleaux soit ouvert , grâce qui ne s’accorde qu’après de longues supplications, apres avoir longtemps frappé au maotelct où l’on a porté l’hoinnie mourant, afin de le faire respirer un instant, les voisins de l’ouverture, complètement nus, parcequ’il est impossible de résister autrement aux étouffements de cette chaleur concentrée, se trouvent saisis par le froid au milieu d’une transpiration abondante, et ils ne tardent pas à être attaqués de maladie inflammatoire : elle se porte sur les poumons, et menace successivement la vie de tous les prisonniers, des jeunes gens sur-tout. Cette maladie, au surplus, menace tout le monde, un peu plus tôt, un peu plus tard. U h prisonnier qui a séjourné dans une prison fermée <f Angleterre pendant plus de trois années , ne saurait l'éviter , quelque précaution qu’il puisse prendre ; car par-tout, dans les prisons de terre, dans les prisons flottantes, l'encombrement est le même, et partout cet encombrement est le fruit if une atroce méditation, d’un calcul assassin.

« Qu’on ne croie point qu’un sentiment de haine on de vengeance inc porte à altérer la vérité dans le tableau que je viens de présenter; il n’est malheureusement que trop vrai : soixante mille Français , prisonniers de guerre , en ont été victimes et y ont succombé ; un pareil nombre à-peu-près est rentré. Qu’on interroge ce qui reste, car déjà beaucoup sont morts; ce sont des témoins irrécusables. (Le général Pillet a succombé lui-même à cette maladie, prise dans les prisons de la Grande-Bretagne, et donnée aux prisonniers français par le gouvernement anglais. )

« Les journaux d’Angleterre eux-mêmes nous ont appris qu’une société de médecins de Londres avait été consultée sur l’insalubrité des pontons. Ils avaient déclaré que des hommes qui auraient survécu pendant six années à cette espèce de prison, ne pourraient se promettre qu’un reste de vie faible et languissante. Dans tout autre ouvcrncincnt , une décision semblable aurait fait détruire ou du moins modifier l’établissement des pontons comme prison de guerre; en Angleterre, elle a été un motif pour les conserver r loin d'en diminuer le nombre , on l’a depuis augmenté chaque année.

« L’emplacement accordé à un prisonnier pour tendre son hamac est de six pieds anglais de long, sur quatorze pouces de large; mais res six pieds se trouvent réduits à quatre et demi, parreque

NOTES

les mesures sont (irises «le manière a ce que les attaches «les hamacs se trouvent rentrées les unes dans les autres; tu tête tic chaque liowme couché est , par conséquent , placée entre les jambes des deux hommes qui sont au premier rang de batterie, s'il lait partie du second, dans l'ordre des numéros correspondants au sien, et ses pieds sont placés entre les deux têtes des hommes du troisième rang , dans le même ordre de numéros; et ainsi de suite , d’une extrémité «le la batterie à l'autre. La carrure d'un homme ordinaire est , d’un coude h l'autre , d'environ dix-huit pouces : on voit donc qu’on lui accorde t dans les pontons , beaucoup moins d'espace pour se poser que la mesure de son corps n'en doit remplir ou dépasser.

« Mais comme il est physiquement impossible que des hommes occupent un moindre espace que celui «le leur grosseur naturelle, on s'empile les uns au-dessus des autres. l*our cet effet, ou attache le numéro pair ou impair environ dix-huit pouces plus bas que les deux numéros qui le précèdent et le suivent, et, de cette manière, on ohlieut un peu plus de largeur, sans diminuer cependant les dangers de l'encombrement pour la santé.

« La situation des prison mers , réduits à un semblable état de gène, est sans doute affreuse ; mais le mal ue s’arrête pas là. Les pontons sont toujours au complet, c’est-à-dire remplis. Si de nouveaux prisonniers arrivent, ou les jette dans les batteries, saus s’inquiéter de ce qu’ils deviendront , quoique les mesures d'emplacement soient déterminées et fixées au-dessous même de la nécessité physique. Alors commence pour les nouveaux venus un supplice impossible à décrire; ils ne trouvent pas de place pour suspendre leurs hamacs; ils se trouvent réduits à coucher sur la planche humide et nue. Ainsi, un prisonnier, quel que soit son rang, est forcé de rester dans cet étal lorsqu'il arrive dans un ponton déjà plein. L'agent auquel on adresse des officiers ne manque jamais de les envoyer, de préférence t aux pontons pleins , et il choisit toujours les pontons les plus incommodes; il reste à l’ofticicr prisonnier, suivant l'élévation «le son grade, c’est-à-dire les moyens pécuniaires dont il peut disposer, la ressource «lacheter une place. C’est une misérable spéculation pour un pauvre prisonnier affamé : il consent à vendre sa place, afin de se procurer un peu plu» «le vivres pendant quelques jours; et, afin de ne pas mourir de faim, il accélère la destruction «le sa santé, et se réduit, dans cette horrible situation, à coucher sur un plancher ruisselant d’eau, par l’évaporation des transpira-

NOTES

(ions forcées qui oui lieu «lans ce séjour «l’angoisses et de mort

« On a fait, à l'administration chargée des prisonniers de guerre, «les représentations sans nombre sur ce barbare entassement d’hommes : elle a toujours répondu que l'amirauté n'accordait pas à scs matelots, dans ses vaisseaux, plus «l’emplacement que l'espace fixé aux prisonniers dans les pontons. Cette réponse est aussi dérisoire que cruelle. En effet, dans un vaisseau qui est à la mer, la moitié des places est à peine occupée, pareequ’une moitié «le l’étpiipage est toujours «le service : chaque matelot a donc réellement vingthuit pouces d’espace au lieu de «fualorze. Sur la moitié de matelots <|ui n’est pas de service, il faut encore déduire, sous le rapport de l'emplacement, les maîtres, les contre-maîtres, les ca tiers, les voiliers, les cooks ou cuisiniers, les cimbusiers, les charpentiers, les calfats; tous ces hommes ont été calculés, sur le rôle d’équipage, -dans les quatorze pouces d’espace fixés pour chaque individu dans les batteries. Mais, pour être plus à portée des différentes choses confiées à leurs soins, et pour être, en même temps, plus à leur aise, ces matelots qui ont des fonctions particulières à remplir, tendent leurs hamacs «lans les faux ponts, entre les soutes, dans la cale, dans la cambuse ou dans l'emplacement de la cuisine, et les gabiers restent presque toujours dans les hunes. Ainsi, dans un équipage de sept cent soixante-quinze hommes , chacune des deux batteries, haute et basse, ne contient jamais dans les emplacements mesurés, plus «lu tiers des hommes qu’elle doit contenir; et lorsrjue le vaisseau est dans les ports, la proportion d’hommes relative aux emplacements, ne va jamais à la moitié , pareequ’il n’y a plus qu’une petite partie de l’équipage qui soit «le service.

« L’atroce administration anglaise des prisonniers de guerre ne «lit point que l’air circule librement, la nuit et le j«)ur, dans ses vaisseaux «le guerre; que les matelots peuvent «lesrendreou monter à volonté; «ju’un «îxercice continuel, une nourriture abondante et une quantité de liqueurs spiritucuses distribuées à chaque homme, entretiennent les forces de l'équipage, tandis que les prisonniers de guerre, victimes infortunées «I* une barbarie et «l’une cupidité égales, sont réduits à une nourriture insuffisante et «le mauvaise qualité, et sont privés «le l'usage de toute espèce de spiritueux , quoique ce tonique leur soit jugé nécessaire. On refuse aux prisonniers ces boissons spiritueuscs, parccqu’un tel refus entre (tans le système de destruction de leur santé. L'administration «les prisonniers de guerre

NOTES

ne dit pas non plus qu’ils sont enfermés sous des verroux seize heures de suite pendant les nuits il hiver, et qu’ils sont aussi hermétiquement fermés qu'une boite parfaitement jointe sut laquelle on a rabattu son couvercle. Dans ce cachot d’éternelles douleurs, l’air est tellement chargé de vapeurs humides et délétères, que les chandelles s’en impreignent au point de cesser de brûler : ces vapeurs, aspirées et exprimées tour-à-tnur par des poumons en suppuration, portent bientôt ce même genre de mort dans les individus qui n'en étaient pas encore atteints ; elles sont si fétides, si épaisses, si chaudes, qu'on a vu quelquefois les gardiens crier au secours, à l’incendie, lorsqu’un des huhleaux, ouvert dans un de ces cas de nécessité dont nous avons parlé, portait jusqu'à eux les exhalaisons brûlantes qui s’échappaient de ces cachots infects. Les craintes, ou réelles ou simulées, des gardiens, ont été quelquefois portées si loin, qu’on se préparait à faire jouer les pompes dans les batteries, malgré les remontrances des prisonniers qui se voyaient menacés d’un nouveau fléau, celui de l’inondation à travers les grilles do leurs cachots.

« Ce système d’assassinat et de cruauté a été suivi dans les deux dernières guerres par le transport-office , qui a toujours à sa tête les mêmes hommes, avec un acharnement et une méthode qu’il serait presque impossible de croire. Dans la première guerre, trente mille hommes sont morts d’inanition eu cinq mois. J’ai vu à Norman - Cross un coin de terre où près de QCATIIB mille hommes sur sept qui étaient dans cette prison, ont été enfouis. Les vivres étaient chers alors en Angleterre, et le gouvernement français, dit-on, avait refusé de payer un solde de compte dont on le préteudait redevable pour ses .prisonniers.

« Pour acquitter ce solde, tous les prisonniers furent mis à la demi-ration; et, pour être bien sûr qu’ils périraient, on défendit sévèrement l’introduction de vivres à vendre, comme cela était d usage. Au défaut de quantité, on joignit la qualité détériorée et malfaisante des vivres qu’on distribuait. On donnait, quatre fois la semaine, du biscuit mangé des ver», du poisson, des viandes salées ; trois fois un pain noir, mal cuit, confectionné avec des farines gâtées ou du blé noir: on était saisi, aussitôt après l’avoir mangé, d’une espèce d’ivresse suivie d'un violent mal de tête, de fièvres , de diarrhée, avec rougeur au visage : beaucoup mouraient attaqués d’une sorte de vertige. On distribuait, pour légumes, des haricots

NOTES

qui ne cuisaient pas. Enfin des centaines d’hommes tombaient , chaque jour, morts de faim ou empoisonnés par la qualité des vivres. Ceux qui ne mouraient pas immédiatement devenaient graduellement si faibles qu'ils ne digéraient plus : et, ce qui est horrible à redire, et pourtant Je la plus exacte vérité , c’est que des malheureux affamés, d’un tempérament un peu plus robuste, allaient chercher, dans les excréments de leurs camarades de souffrance, des haricots non digérés, et les mangeaient après les avoir soumis à un léger lavage. D'autres attendaient l'instant où, après avoir mangé, les estomacs affaiblis, qui ne pouvaient plus supporter aucune nourriture, rendaient ce qu’ils avaient pris, pour s'en nourrir à leur tour. La faim ne connaissait point de bornes. On gardait des cadavres cinq ou six jours de suite sans les déclarer , pour obtenir leurs rations ; les voisins appelaient cela vivre de son mort. Le lord Cordower, colonel du régiment de Carmarthen, de garde à la prison de Dorchcster, étant entré un jour dans l’intérieur avec son cheval qu’il attacha à une des barrières, en dix minutes son cheval fut dépecé et mangé. Lorsqu’il revint pour le reprendre, après quelques recherches, on l’informa du fait; il refusa de le croire, et dit qu’il n’y ajouterait foi que quand on lui ferait voir les débris de son cheval. Il fut facile de le satisfaire; on le conduisit où étaient la peau et les entrailles, et un misérable affamé acheva de dévorer y en sa présence, la dernière pièce de viande crue. IJn énorme chien de boucher, ou plutôt tous les chiens qui entraient dans la prison, avaient le même sort.

« Une foule de témoins, parmi lesquels plusieurs officiers de la marine de Lorient et de Brest, peuvent attester la vérité de ces faits; c’est par eux que je me les suis fait répéter mille et mille fois, pour me former à l’habitude de les entendre et k la possibilité de les croire. » ( L' Angleterre vue à Londres et dans les provinces, par M. le maréchal-de-camp Pillet, pages 372 à 3qo. )

Les prisonniers français ont généralement été traités avec peu d’humanité, sur-tout dans les premiers temps de la guerre de la révolution. Presque par-tout le fanatisme politique s’était uni au fanatisme religieux pour aggraver le poids de leurs fers. Mais les hommes les plus familiarisés avec l’histoire de la Grande-Bretagne, ceux qui ont le plus médité sur les cruelles combinaisons du cabinet de Saint-James et la barbarie du caractère anglais, repousseraient encore, comme une odieuse calomnie, le récit de tous les maux Lx morale appliquée a la politique. 35

NOTES

qu'ont éprouves nos malheureux compatriotes dans les prisons d’Angleterre, si la vérité de ces récits n’avait pas été attestée par des milliers de témoins. J* ai consulté beaucoup de militaires de tous les Âges, de tous les caractères , de tous les grades, et je déclare que les détails dans lesquels ils sont entrés sont plus horribles encore que ceux qu’on vient de lire.

Page 174* Montesquieu a reconnu dans le plus philosophique de ses ouvrages, dans les Lettres persanes , qu'il n'y a que deux sortes de guerres justes, etc.

L’un des immortels fondateurs de la liberté américaine, John Adams, a donné aux jeunes élèves de l’Ecole militaire des états de l’Union une définition de la véritable gloire des armes qui mérite d’étre conservée. « Mes jeunes concitoyens, leur a-t-il dit, je me m réjouis d’avoir assez vécu pour voir un aussi bel assemblage de « futurs défenseurs de notre patrie entrer dans la carrière de l’hon-

• neur sous les auspices du gouvernement national.

« Le désir de se distinguer est inné dans le cœur de l'homme. A

■ toutes les époques et parmi tous les peuples éclairés on non éclai-

• rés, on a excité, encouragé, loué cette passion chez les militaires

■ plus que chez toute autre classe de la société. La gloire militaire « est estimée la première et la plus grande de toutes les gloires. « Comme votre profession est au moins aussi honorable que quel- « que autre que ce soit dans la vie humaine, il est de votre devoir

■ de considérer sérieusement ce que c’est que la gloire.

« II n'y a pas de gloire réelle dans ce monde ni dans aucun autre, « qui ne dérive de la sagesse et de la bienfaisance. Il ne peut y avoir

■ de gloire solide parmi les hommes que celle dont les sources sont

■ l’équité, l'humanité et la pratique de la prudence, de la modération, « de la tempérance, de la justice et du courage. Des batailles , des m victoires et des conquêtes y hors de leur seul but justifiable , la jus - « lice ET la paix , ne sont pas de la gloire , mais le triomphe de la

• fraude et de f usurpation. Quelle fut la gloire d’Alexandre et de «César? un éclair semblable à ces flammes pâles, livides et hor- « ribles dépeintes par Milton, et qui parfois éclairent subitement « la vaste et sombre étendue des enfers.

« Qu’elle est différente la gloire de Washington et de ses fidèles

NOTES

• compagnons ! Excités, non par l'ambition des conquêtes, ni par « la soif des richesses, ni par l’aiguillon de la jalonsie, de l’envie, « de la malice ou de la vengeance, mais uniquement par l’amour ar» « dent de leur patrie, et par la philanthropie la plus pure, ils per- « sistèrent, avec une invincible coustance, à défendre leur pays, «ses lois fondamentales, ses droits naturels et ses libertés inalié- « nobles y contre la violence impie et féroce de la tyrannie et de « l’usurpation.

« Vous lirez et vous méditerez jour et nuit la vie de ces immur. « tels guerriers, et.-le récit de leurs grandes actions. Voua n’avez

• pas besoin d’ouvrir les annales de l’antiquité , ni de parcourir les

■ pays étrangers , pour trouver des modèles parfaits des vertus qui

• doivent distinguer des chefs militaires , d’illustres capitaines, dont « l’honneur ne fut jamais souillé par la moindre tache d’ambition ,

■ d’avarice , de tyrannie, de cruauté , ni d oppression envers leurs ci -

■ toyens , ni même envers leurs ennemis.

« Vous imiterez de si nobles exemples. Au milieu des transports « de votre ardeur guerrière , le jour même d’une bataille , vous serez

• constamment tenus en respect par le sentiment intérieur de votre « dignité comme citoyens américains et comme chrétiens-

« Je vous félicite des grands avantages qui vous sont offerts pour

• acquérir de la supériorité dans les lettres et dans les sciences, « ainsi que dans la carrière des armes. Les talents que vous allez « acquérir, vous devez les considérer comme un dépôt sacré dont

• vous êtes responsables envers votre pays. Ces talents, et les habi-

■ tudes que vous aile» contracter, vous rendront propres à suivre « telle carrière que vous jugerez h propos de choisir.

« Pour ne pas vous fatiguer d’un trop long discours, permettez- « moi de terminer en adressant à chacun de vous le langage d’un «dictateur romain après un exploit brillant et périlleux, par le- « quel il avait signalé son zèle pour le salut de la patrie : Macte

■ virtute esto. «

NOTES

Page 1