‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 62 sur 318 · ET FIN DES TYRANS · texte numérisé non relu

ET FIN DES TYRANS

dants des Horace, des Paul-Emile, des Scipion, courbaient lâchement la tête sous le joug le plus honteux qui ait jamais pesé sur un peuple.

Ce monstre s’était lassé de son frère, de son gouverneur, de ses femmes, doses tantes, de sa mère; et les poisons de Locuste, le fer, l’eau, le feu, l'avaient délivré successivement de Qritannicus, de Sénèque, de Poppéa, d’Octavie, et d’Agrippine.

Néron aimait les jeux sanglants du Cirque; mais des gladiateurs, des criminels, suffisaient pour attirer le peuple à ce spectacle : il voulut le rendre plus digne de ses regards; il ordouna que six cents chevaliers et quatre cents sénateurs descendissent dans l’arène, et combattissent ensemble : ils obéirent, et personne ne s’avisa de trouver ce passe-temps par trop impérial.

Le soir, il courait les rues de Rome, enfonçait les magasins, enlevait les marchandises, et les vendait ensuite dans son palais : toute la noblesse romaine se disputait l’honneur de le seconder daus ses expéditions nocturnes.

Au milieu de tant d'autres horreurs sur lesquelles il serait trop pénible de s’appesantir, Néron faisait des harangues, jouait de la cithare, et composait de méchants vers qu’il fallait, sous peine de mort, applaudir au théâtre. « C’est ainsi que les Humains veulent être gouvernés, lui disaient ses courtisans; c’est ainsi que la vie et l'autorité du prince sont

EXISTENCE

mises à l'abri des tentatives des factieux, qui, masquant leur ambition du prétexte du bien public, parlent incessamment de lois, de liberté, de patrie, trouvent les vers de César mauvais pour faire haïr sa personne, et donnent à sa clémence le nom de cruauté. « Néron en croyait ses courtisans, et répétait encore qu’aucun prince avant lui n’avait connu ses forces, n’avait fondé son autorité sur des bases plus solides, lorsqu’il apprit la jévolte de Yindex.

Il sourit dédaigneusement à cette nouvelle , et courut au Cirque assister aux jeux de la lutte et du pugilat.

Tandis que Vindex exposait au peuple, dans ses proclamations, la longue série des crimes et l’odieuse tyrannie du fils d’Agrippine, les prétoriens criaient à la calomnie , et Néron ne repoussait que le reproche d’être un mauvais chanteur et un mauvais cocher.

Cependant le bruit du soulèvement des légions d’Espagne, et de la marche de Galba sur Rome, avait jeté l’alarme dans le palais; le silence et l’inquiétude y succédaient aux acclamations : César était encore puissant; les courtisans étaient encore soumis.

Les songes effrayants commençaient à troubler le sommeil du parricide; sa mère et sa femme lui apparaissaient chaque nuit à la tête du nombreux cortège de ses pâles victimes , et lui répétaient ces

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