‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 63 sur 318 · ET FIN DES TYRANS · texte numérisé non relu

ET FIN DES TYRANS

paroles prophétiques qu'il avait chantées tant de fois: Père, mère , épouse , parents, amis , t'ordonnent de mourir.

U était à table; un message lui annonce la défection de l’armée tout entière. Il a recours, pour la dernière fois, à l’empoisonneuse Locuste; il en reçoit un breuvage mortel dont il n’aura pas le courage de se servir.

Il commande de mettre la flotte d’Ostie eu état d’appareiller; il invite ses amis, ses courtisans, sa garde prétorienne, à l’accompagner dans sa fuite: une partie s’éloigne en silence , les autres expriment ouvertement leur refus : Néron se plaint de leur ingratitude.

Mille projets naissent et meurent tour-à-tour dans sa pensée. Tantôt il veut aller implorer la protection desParthes, tantôt il se propose d’avoir recours à la clémence de Galba; tantôt, vêtu de deuil, il va monter à la tribune aux harangues , confesser ses crimes, invoquer le pardon du peuple, et se contenter du gouvernement d’Égypte.

Un jour entier se passe dans ces irrésolutions: accablé de crainte, épuisé de fatigue, il s'endort un moment, se réveille au milieu de la nuit, appelle sa garde, ses affranchis, ses esclaves; une seule voix lui répond, c’est celle de l’esclave Epaphrodite; il sort avec lui de son palais désert, court furieux vers le Tibre pour s’y précipiter, et s’arrête lâchement

EXISTENCE

.Sfr

sur scs bords : il revient vers son palais, rencontre un de ses affranchis, et accepte en pleurant l’offre rpie celui-ci lui fait de cacher le maître du monde dans une petite métairie qu’il possède à quatre milles de Rome.

Néron, sans robe, sans chaussure, le visage couvert d’un voile, le corps enveloppé d'un mautcau de couleur obscure, n’a pas la force de gagner la métairie de Sporus; il entre, ou plutôt il se traîne sur les mains et sur les genoux dans une caverne où il cherche un asile. Instruit qu’il y est cerné de toutes parts, il prend la mesure de son corps, creuse sa fosse, et croit retarder sa mort en préparant scs funérailles.

Son affranchi reçoit une lettre; Néron, qui veut la lire, apprend que les mêmes sénateurs qui la veille étaient prosternés devant lui, l’appelaient Auguste, et proposaient de lui élever des autels, venaient de le déclarer le fléau de l’humanité, l’ennemi du peti‘ pic i-omain, et l’avaient condamné au supplice des cselaves. Il demande quel est ce supplice. On lui dit <pi après avoir été dépouillé et suspendu à un poteau, il doit être battu de verges jusqu’à ce qu’il expire. Néron pousse des cris de désespoir, saisit deux poiguards dont il essaie successivement la pointe sur sa poitrine, et ne peut se décider à verser une goutte de son sang odieux. C’est en vain qu’il s’indigne de sa propre lâcheté, qu’il s’excite par les

Page 1