DI’ GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN
vertu politique consiste à sacrifier ses intérêts et soi-même aux intérêts du corps social dont on est membre. Mais ce sacrifice est souvent contraire à la vertu morale, lorsqu’il a pour but d'obtenir le succès d’une entreprise injuste. Le dévouement des guerriers de Marathon et des Thermopyles était inspiré à-la-fois parla vertu politique et par la vertu morale; mais, dans les guerres de Sparte contre Athènes et d’Athènes contre Sparte, le dévouement guerrier, ou la vertu politique, eut presque toujours pour objet l’amour de la domination et le désir d’élever une puissance funeste à la république rivale.
Tant que les Romains combattirent pour leur indépendance et la défense de la liberté, la vertu fut le principe du gouvernement, aussi bien sous les roisquesous la république; mais quand ils portèrent la guerre chez les autres nations pour les asservir, la vertu politique qui les faisait triompher fut , aussi bien sous la république que sous les empereurs, un outrage à la vertu morale, qui prescrit de respecter l’indépendance des nations comme celle des individus.
Sans doute le gouvernement républicain est plus conforme à l’égalité primitive et à la dignité de l'espèce humaine, dont il développe rapidement et porte au plus haut degré toutes les facultés physiques et morales. Un petit nombre d’hommes gouver-
Digitiz
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nés en république ont été plus puissants que des millions d’esclaves soumis à un despote. Les innombrables légions de Darius furent battues et dispersées par dix mille citoyens d’Atbènes ; et cette ville produisit plus de grands hommes dans la guerre, dans les lettres, dans les arts, pendant l’espace d’un siècle, que le vaste empire des Perses depuis son origine jusqu’à sa destruction par Alexandre.
Jamais, ni dans les temps anciens ni dans les temps modernes, aucun état monarchique d’une aussi petite étendue que Carthage , Tyr , la Hollande, Venise ou Gènes, n’a réuni autant de richesses, déployé autant de forces, que la moins opulente et la moins puissante de ces républiques. « Rien , dit Montesquieu, n’attire plus les étrangers que la liberté et l’opulence qui la suit toujours. L’une se fait rechercher pour elle-même, et les hommes sont conduits par leurs besoins dans les pays où l’on trouve l’autre. « Le despotisme ne crée que des déserts. Dans tous les lieux où la monarchie a succédé au gouvernement républicain, la population a diminué : elle suit la liberté et s’étend avec elle. Le prodigieux accroissement des richesses et de la population des États-Unis d’Amérique frappe d'admiration et d’étonnement les esprits qui ont médité le plus sur les miracles de l’indépendance civile et politique.
Montesquieu a remarqué que la douceur des peines est dans l’esprit delà république; leur sévé-