‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 72 sur 318 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Maximes immorales des plus célèbres professeurs en politique.

La politique, dans la seule acception honorable que ce mot puisse recevoir, est l’art d’appliquer la morale à la science du gouvernement : hors de la morale point de politique , hors de la liberté point de morale.

Supposons une ville composée de tous hommes pervers, telle que la Panæropolis où le roi Philippe de Macédoine jeta, par amusement, le rebut de la Grèce: ccs hommes, vieillis dans le crime, ne sont occupés qu’à se tromper, qu’à se voler, à se nuire; l’empire de la force et de la ruse est consacré chez eux; le mot vertu est frappé de ridicule; ils ne font pas un traité qu’ils n’aient l’intention de l’enfreindre ; ils ne font point une concession au bien général quelle ne leur soit arrachée par l’intérêt ou la crainte ; ils se sont fait à leur usage particulier un

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code de scélératesse où ils ont marqué et défini les mensonges convenus, les horreurs permises. La supposition d’un semblable code paraît sans doute inadmissible; il existe cependant, et ce sont des hommes dont on ne saurait contester ni le génie ni même l’intention qui l’ont rédigé; ce code est celui des Grotius, des Hobbes, des Puffendorff, des Machiavel , où Ion enseigne aux gouvernements les moyens de tromper, d’asservir, d’écraser les peuples.

Qu’on ne croie pas que je veuille ici calomnier des hommes aux écrits desquels l'Europe est redevable des premières lueurs de cette civilisation politique et morale dont la théorie, du moins, est généralement adoptée : satisfaits d'avoir allumé le flambeau de la vérité au milieu des ténèbres de la barbarie, ils en ont mesuré la lumière à la faiblesse des yeux qui s’ouvraient avec peine à sa clarté; ils se sont, pour ainsi dire, passé de main en main un flambeau toujours plus allumé, toujours plus brillant; le siècle a profité de l’héritage des siècles; et les sciences, qui ont pour objet le perfectionnement de l’état social, sont arrivées enfin au point de reconnaître comme vérité fondamentale cette maxime de l'orateur romain: «Ce «n’est ni du coup d’œil d'un roi, ni du caprice d'un « préteur , ce n’est pas même des Douze Tables que «dépend la justice étemelle; il faut en chercher la

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«source dans la plus intime philosophie et dans u l’universelle sagesse. »

Buchanan, dans son traité du Droit de royauté chez les Écossais, est le premier écrivain qui se soit occupé sérieusement de politique. Pleiu de génie, de barbarie, de pédantisme, de force, et de raison, il voulut édifier sans plan, sans base, sur un sol inculte, et avec de matériaux pris et assemblés au hasard : son livre est un singulier monument de l’esprit de son siècle, de l’incohérence de ses principes, et de la noblesse de ses opinions.

Bacon, dont le génie prophétique se fit contemporain du dix-huitième siècle; Bacon, qui avait ouvert dans ses écrits un trésor inépuisable de vérités, eut le tort de prendre un vol trop élevé et de planer à une si grande hauteur sur les hommes et sur les idées de son temps, qu’il n’exerça sur eux aucune influence.

Grotius, l’oracle des écoles et le pensionnaire des princes, malgré la fausseté de ses doctrines et leur sophistique échafaudage, concourut plus immédiatement que Bacon à l’œuvre de la grande régénération politique. Ses principes sont faux , sa méthode est la confusion même; ses citations d’Ovide et de saint Augustin, d’Aristote, de Suarez et de la Genèse, dans la même page, passent les bornes du ridicule; mais on doit cependant lui savoir gré des efforts qu’il fait pour prouver l’existence d’une loi

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