UNITÉ DE LA MOIIALE
résolutions aucun motif généreux ou philosophique; se mettre au-dessus du scrupule et du remords, est le sublime des hommes d’état. Toute leur morale est fondée sur ce qu’ils appellent le bien public, qui n’est que l’intérêt de quelques classes, et souvent de quelques individus. Lorsque ce prétendu bien public conduit au crime, ils le commettent ou le font commettre comme une action utile dont ils s'applaudissent en secret, et qu’ils colorent aux yeux du monde; car l’impudence n’est pas encore arrivée à ce degré de donner au meurtre et à la spoliation le nom de vertu. Tels sont les honteux secrets de l’art du gouvernement qui ont fait regarder comme une science occulte les plus simples, les moins compliquées de toutes les opérations de l’intelligence humaine, quand elles ont pour guides la probité et la bonne foi. C’est la médiocrité titrée, c’est l’orgueil jaloux de la naissance qui, dans les monarchies absolues, ont répandu une sorte de mystère sur les qualités qui rendent propre au gouvernement. Toutes les fois que les hommes n’ont accordé la puissance qu’à la raison et à la vertu, le bonheur a régné sur la terre; car, dit un auteur moderne, il n’y a en administration rien de plus nécessaire que la pensée, de plus sûr que la raison, de plus énergique que la vertu. La philosophie ne rend inhabile qu’à gouverner arbitrairement.
Pour excuser des actions criminelles, les princes
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allèguent les circonstances, et les ministres la volonté des princes. Mais, en admettant l'existence de telles circonstances et de tels ordres, quel homme a jamais été condamné à demeurer ministre ou roi malgré lui? On a vu des monarques abdiquer la couronne par lassitude, par ennui, par caprice; nul ne peut y renoncer par vertu ! Plusieurs ministres disgraciés ont trouvé le bonheur dans la solitude; quelques ministres vertueux ont déposé leur portefeuille plutôt que de se rendre les exécuteurs d’ordres contraires à h;ur raison ou à leur conscience. Est-il si difficile de vivre dans la retraite? est-il si honteux d’imiter Turgot et Malesherbes? Se tenir éloigné des affaires de letat quand elles compromettent la conscience, est un des préceptes de la religion chrétienne ; et nos hommes publics se piquent tous aujourd'hui d’être d’excellents chrétiens! Espérons que désormais ils préféreront leur salut à leur fortune.
Je dirai de la morale ce que Montesquieu dit du principe du gouvernement monarchique: elle se corrompt là où les premières dignités sont les premières marques de la servitude ; là où des hommes, éminents par leurs services civils ou militaires rendus à la patrie, déposent la toge ou l’uniforme pour se couvrir de la livrée.
La morale se corrompt, lorsque l’honneur est mis en contradiction avec les honneurs; lorsque le
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même homme peut être à-Ia-fois couvert de dignités et d’infamie.
La morale se corrompt là où le dévouement au pouvoir peut tenir lieu de toute vertu ; où l’on fait sans cesse et sans pudeur le sacrifice de sa dignité à son avancement; où l’on consent à séparer le mot honneur du mot pairie, et à renoncer aux titres de père, d'époux, d’ami, de citoyen, pour conserver celui d'homme en place.