‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 77 sur 318 · DANS LES ROIS · texte numérisé non relu

DANS LES ROIS

les droits de l’épouse légitime; et le même rôle dans les cours serait un objet d’envie! et les plus grands parmi ceux que l’on appelle ainsi mettraient à honneur de baiser à genoux la robe d’une courtisane décorée du nom de maîtresse en titre!

La femme de cour, fière d'avoir vaincu la pudeur d’un jeune monarque, de lui avoir ouvert la carrière des vices, montrerait, dans l’ivresse de sa honteuse victoire, les insignes de l’adultère, et dirait avec orgueil à ses rivales humiliées; Voyez dans quel désordre il m'a mis!

Sans doute de pareilles erreurs ne sont étrangères à aucune classe de la société ; mais le mystère qui les couvre ou le scandale qui les révéle est du moins un hommage rendu à la morale publique, tandis que l’adultère couronné, sous le nom de faiblesse aimable, provoque tous les regards et traverse les siècles pour corrompre la postérité. L’histoire n’a-t-elle pas dit d’un prince : << On ferait vingt romans de ses amours avec la comtesse de Guiche, avec Henriette de Balzac, avec la comtesse Moret, avec la noble dame Charlotte des Essards , avec la duchesse de Beaufort, avec tant d’autres dames plus ou moins hautes, plus ou moins nobles, qui briguèrent ou portèrent avec tant d’orgueil le titre de favorite? »

ÎVêntendons-nous pas chaque jour encore consacrer dans un chant national les faiblesses de ce

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même roi que ses hautes vertus devraient seules recommander au souvenir des Français ? Vive à jamais la mémoire de ce magnanime Henri, qui fut brave, généreux, populaire, qui fut l’ami de Sully, le défenseur et le père de sou peuple; mais oubli, éternel oubli à la mémoire du diable à quatre, du vert galant, de l'amant de Gabrielle, et du persécuteur de la princesse de Coudé!

Si la morale 11e permet pas de ménager les vices d’un homme tel que Henri IV, de quel nom ne doit-elle pas flétrir les désordres de la cour du grand Alcandre, et les turpitudes du parc aux cerfs ! Mais je me hâte de détourner mes regards de ces temps de prostitution pour les ramener sur lage présent, où les progrès des lumières et de la philosophie ont su rendre impossible le retour de ces héroïques scandales.

Il est temps de réhabiliter la politique, en la montrant d’accord avec la morale pour régir les sociétés d’après les lois de cette justice éternelle, également applicable aux nations, aux rois, aux individus. Malheur aux écrivains qui, en marquant d’infamie le crime privé, ont consacré le crime public; qui ont condamné les petites fautes et sanctifié les grandes horreurs; qui ont dit au peuple: Sois soumis, paie C impôt , travaille , et tais-toi; aux grands : Marchez à votre aise dans le luxe, dans le vice, et dans [oisiveté; aux princes : Fous tenez votre pouvoir de

DANS LES ltOIS.

Dieu seul; les peuples sont créés pour vous: gouverncz-les dans l’intérêt de votre repos , de vos plaisirs et de votre gloire.

.le ne dirai point aux rois du monde comme ce bon*abbé de Saiut-Pierre : « Vous ne pouvez trouver votre intérêt que dans le bonheur de ceux que vous gouvernez ; le seul moyen de sortir de la tourbe des princes, c’est de travaillera l’utilité publique. » Je n’oserais me servir des paroles d'un homme de bien, dont tant de ministres et tant de commis se sont moqués; on me dirait, comme à l’auteur du Contrat Social, « qu’il faut laisser ces discours aux harangueurs, et que ces spéculations sont faites pour amuser une ame saine, ardente, et couvrir leur auteur de ridicule. « D’ailleurs, qui suis-je pour régenter les rois ? Ceux qui tiennent de Dieu seul leur pouvoir tiennent aussi de Dieu leurs vertus; et l’histoire du genre humain prouve assez combien le ciel s’en montre prodigue envers ceux qu’il appelle à gouverner les hommes.

Je ne me permettrai qu’une remarque, c’est que ce pauvre rêveur de Saint-Pierre, qui s’avisait de parler de morale et de bonheur du peuple au gouvernement français pendant qu’on chansonnait les maîtresses du régent, et qu’on assiégeait les bureaux du plus célèbre banqueroutier du monde, de ce Law, qui travaillait si habilement un royaume en finance, je me permettrai, dis-je, cette seule remar-

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1)F. LA MORALE DANS LES IlOIS.

que; c'est que l’abbé de Saint-Pierre ne faisait que répéter, plus faiblement et en moins bons ternies, ce qu’avait (lit le florentin Machiavel dans un chapitre de son Prince, dont l’honorable censure ferait aujourd’hui prompte et sévère justice.

« La suprême gloire et le véritable intérêt d’un prince, c'est d’établir une constitution libre, et le vrai moyen d’augmenter son pouvoir, c’est de le circonscrire. Rois, aimez-vous la gloire, ajoute le publiciste florentin, brisez les chaînes de vos peuples, rétablissez par-tout l’ordre et l’harmonie, devenez esclaves des lois, soumettez-leur tout, et vous-mêmes, suivant le vieil adage: leaum seivi eslote, ut liberi esse possitis ! Vos louanges sortiront de toutes les bouches, on vous proclamera les restaurateurs du bien public. Mais si vous trouvez le désordre, et (jue vous en profitiez, malheureux monarques, vous ne savez pas combien vous vous ôtez volontairement à vous -mêmes de renommée, de gloire, d’honneur, de sécurité, de satisfaction; combien de blâme, de honte, d’inquiétudes et de périls vous rassemblez sur vous1. » Tel est le cri échappé à l'apôtre de la tyrannie, en faveur de la morale publique.

• Non si avvcnpono por qurslo partito quanta fama, quanta ftloria, quanto onnre, sicurtà, quictc, cou satisfazionc d’animo ei fugÇOno; cd in quanta infamia, vitnporio, pericolo cd inquictudine incorrono.

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