‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 92 sur 318 · I)E I.A MORALE · texte numérisé non relu

I)E I.A MORALE

dans toutes ses transactions : il est vrai que cette religieuse Angleterre avait eu le soin pieux (depuis vingt-cinq ans quelle méditait cette honne œuvre) d’approvisionner ses colonies d’csclavcs pour plus d’un siècle, et «pie celles des autres puissances s’en trouvaient entièrement dépeuplées. Mais enfin il n’est pas défendu de profiter du bien qu’on fait : les philosophes n'ont-ils pas dit que faire des esclaves c’était outrager la morale, la religion, l’humanité ? Eh bien! les Anglais ne font plus d’esclaves noirs; ils ne permettent même plus qu’on en fasse. Mais maintenir les hommes dans l’esclavage est un acte «pii n’est ni moins inhumain, ni moins impie; les philosophes le déclarent; l’Angleterre attend que son intérêt le lui prouve.

Les autres gouvernements de la chrétienté ne permettent pas non plus qu’il se fasse des esclaves noirs , mais ils souffrent volontiers que les liens de la servitude attachent encore à la glèbe des millions de blancs appelés serfs, et que ces blancs soient vendus et achetés, comme les plus vils animaux, avec la terre qu'ils fécondent de leurs sueurs, qu’ils mouillent de leurs larmes et font retentir du bruit de leurs fers.

L’Évangile a dit aux contractants de saintes alliances que le noir, le cuivré, le basané sont aussi des eufants de Dieu, leurs frères, leurs égaux devant lui : mais il n’a pu leur apprendre encore que le cultivateur polonais, que le paysan moscovite

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ont les mêmes droits, ne sont pas moins dignes de compassion que les habitants du Congo et de la côte d’Angole, que les sujets du roi de Tombouctou ou des princes madécasses.

Ijes cabinets envoient des notes , les parlements font des adresses, pour réclamer l’exécution des traités en faveur de la race africaine; mais depuis deux siècles et demi la Grèce sanglante et mutilée se débat sous le cimeterre des Osmanlis; et, depuis deux siècles et demi, les cabinets des princes, les orateurs politiques, sont sans pleurs et sans voix pour de si lamentables infortunes; les princes chrétiens, sous les armes, assistent à ce combat, comme autrefois les Romains, assis au Cirque, assistaient aux combats des gladiateurs, applaudissant à ceux qui savent bien mourir: on dirait qu’ils se réservent de paraître sur ces champs d'extermination seulement pour faire enfouir les cadavres. Toutes les entrailles diplomatiques s'émeuvent à l’aspect des chaînes qui menacent le Cafre et le Hottentot ; celles qui accablent l’Illyrien et le Sarmate n’ont rien qui réveille leur pitié : leur charité s’épuise pour les adorateurs des fétiches ; il ne leur en reste plus pour les adorateurs du vrai Dieu. Ceux dont les pères étaient citoyens d’Argos, de Thèbes, de Sparte, de Corinthe, et d’Athènes, sont abandonnés à la fureur exterminatrice des Scythes. Que dis-je ! des plumes, aux gages de la politique, réclament chaque jour en

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faveur du cimeterre et de la légitimité des successeurs d’Omar.

La religion et l’humanité crient aux princes de l’Europe : Accourez, accourez au secours des Grecs; ce ne sont pas seulement ceux qui se défendent qu’on égorge; les êtres les plus inoffensifs, les vieillards, les femmes, les enfants, sont frappés du glaive, ou tombent écrasés sous le toit qui leur servait d'abri

Attendons, eussent répondu jadis de barbares diplomates; si nous voulons conserver ces provinces après les avoir conquises, il faut laisser affaiblir tous les éléments de résistance; avant de permettre que la Grèce renaisse de ses cendres, il faut que ce nouveau corps politique soit si épuisé, qu’il ne puisse jamais présenter aucun obstacle à l'accomplissement futur des vastes projets de notre ambition.... Mais cependant les villes sont noy ées au sang de leurs habitants ; la flamme dévore les hameaux. Les cavernes et les forêts même, refuges des animaux, ne sont plus un sûr asile pour tes chrétiens d‘ Orient; accourez, ô vous qui pouvez les sauver! Attendons, attendons, auraient dit d’autres diplomates, il faut savoir d’abord quelle sera notre part de la cendre de ces provinces que l’on brûle.... Attendez, attendez, eussent dit alors les marchands de la Tamise. Ces Grecs faisaient quelque trafic : laissez brûler leurs navires; il faut que le pavillon des Hellènes disparaisse, et que la mer Égée, connue la mer d’io-

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nie, ne voie flotter que des voiles britanniques.... Les Grecs sont pauvres, les Turcs ont encore quelque argent : n’y a-t-il rien à gagner en combattant pour Mahomet contre Jésus-Christ ? De si honteux calculs, de si lâches motifs paraîtraient-ils beaucoup moins naturels daus ce siècle de lumières où nous vivons ?

Les anciens avaient plus d’une abominable loi? mais du moins n’en était-il aucune qui ne portât quelque empreinte de courage, de grandeur, et de patriotisme. Parmi cette foule d’institutions anciennes qui font frémir, aucune ne porte un caractère de bassesse et de lâcheté.

I^es Athéniens font périr dans un siège tous les gens inutiles: l’humanité se révolte; mais quand on réfléchit, avec Montesquieu, que ces braves étaient décidés à s’ensevelir eux-mêmes sous les remparts qu’ils défendaient pour sauver leurs concitoyens d’un affreux esclavage, le cœur se remplit de mouvements contradictoires, et l’on est tenté d’admirer l'action que l’on déteste.

On n’éprouve qu’un sentiment en voyant Philippe II promettre à qui tuerait le prince d’Orange, ou aux héritiers de l’assassin, vingt-cinq mille écus et la noblesse.... La noblesse, grand Dieu! un diplôme couvert du sang d’un grand homme proscrit, et cela, dit un écrivain philosophe, en parole de roi, comme serviteur de Dieu !

RELATIONS DIPLOMATIQUES

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