CHAPITRE VI
De quelques actes de la diplomatie européenne.
Je voulais tracer une esquisse rapide des actes de la diplomatie européenne, mais j’ai reculé devant cette mer de sang et de boue; j’ai craint que trop de dégoût ou trop d’ennui ne balançât l’étonnemeiit dn lecteur. Quelques traits, pris au hasard, suffiront à mon dessein ; je ferai comme ces peintres qui, dans un tableau de carnage, éloignent des yeux du spectateur les monceaux de cadavres , et ne montrent même qu’avec quelques précautions le petit nombre des morts qu’ils placent sur leur premier plan.
Ce fut seulement aux temps qui suivirent la réformation, que les violences des cabinets prirent une forme légale.
Avant cette époque, Frédéric avait confisqué, sans forme de procès, les biens de Richard Cœurde-Lion , proscrit sa famille, et partagé ses dépouilles entre les princes de l’Empire, qui étaient û-la-fois
La morale appliquée a la politique. i i
1 tï7 DE QUELQUES ACTES
les ennemis, les accusateurs , et lesjuges de Richard. L edit porte du moins que cette sentence injuste ne reposait pas sur les hautes maximes du bien public : mais bientôt, par une sanglante ironie, tous les actes arbitraires furent promulgués au nom de l’intérêt général, et c’est avec le sang des hommes que la politique traça ses protocoles d’humanité.
Pourquoi Charles-Quint proscrit-il Luther à la diète de Wornis? pour le bien de la religion, pour la tranquillité de l’Empire. — Il nient, il a des vues sur l'Italie, et il veut plaire au pape.
Pourquoi la France, si catholique sous Louis XIV, donne-t-elle des secours aux protestants d’Allemagne, dont elle égorge les coreligionnaires dans les Cévcnnes? c’est par humanité, répond Louvois.- — Il meut, c’est par ambition, c’est pour se ménager des conquêtes de l’autre côté du Rhin.
Parlerai-je de ces successions toujours disputées, et dont on peut évaluer le gain ou la perte à quelques milliers de têtes humaines; des querelles de la maison d’Autriche et de la maison d’Espagne, si fécondes en grandes calamités; des lois de succession perpétuellement violées; des royaumes mis à la sanglante loterie des armes; des soixante-dix ans de ravages fondés sur ce fait important, que la bisaïeule du grand-oncle d’un roi a jadis partagé la couche d’un monarque étranger ? Montrerai-je fl talie en feu pareequ’un cadet de la maison d’Espagne a