‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 12 sur 67 · SAI.OK DE · texte numérisé non relu

SAI.OK DE

qucBt U’ès favorables aa recueillement, ne le sont point du tout à la peinture. Les vives clartés du soleil d'Italie pénétrent jusque sous les voûtes des temples; ei, dans ce pays des beaux-arts, les .maisons de Dieu même sont construites pour recevoir les liumaines merveilles. Toute église est une galerie; mais sous notre ciel plus nébuleux, les temples sont de vrais souterrains où la piété ignorante peut

seule voidoir enterrer des chefs-d’œuvre: peut-être me dira-t-on qu'il n’est pas question de chefsd’œuvre; alors je demanderai dans quelle chapelle éclairée de l’ancienne abbaye élevée par Cbildebert ' doit être placé le Saint-Gcnnain de Stuenben, d’un coloris si remarquable, la jeune Femme aveugle, la Vierge au lambeau, et deux ou trois autres morceaux qui se distinguent dans la foule des tableaux déplorables du même genre dont les murs du Salon sont tapissés?

Un seul des quatre grands peintres, chefs d’école en l'absence de David, a cru devoir enrichir ce cobcours d’un morceau d'apparat; quelque empressement que j’eusse de m’arrêter dans le salon, où le grand tableau de M. Horace 'Veruet avait fixé mes premiers regards, le souvenir des Pesliferés de Jajfa, de la Bataille d'Aboukir, m’cntraiua dans la galerie, sur let traces de M. Gros; c’est là que se trouve ex-

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posé son tableau représentant madame la duchesse tfAngoulême au moment de s'embarquer A Pouillac le i" avril i8i5.

reconnais l’émule de Bnbens dans plnsieurs parties decette composition; peutêtre l’un et l’autrê n’ont-ils rien de plus beau que ce matelot que l’on croit voir s’a^pter^dans la chaloupe: on retrouve encore le grand peintre, et même le grand coloriste, dans le groupe de femmes, et sur-tout dans la composition de la figure principale; que son attitude est' noble, que son geste est éloquent! On l’entend sortir de sa bouche, ce beau vers de Virgile, que le peintre a mis en action :

Littora quum patriœ lacrymans portustfue reÜnquo. ♦

Mais c’est là que s’arrête l’éloge r à qui ressemblent ces deux officiers généraux, le corps courbé, le bras en avant, comme s’ils demandaient l’auméne? est-ce un de ces vilains guérillas si bien peints par lë général Le Jeune, que je vois en guêtres et en veste rouge, se prosternant aux pieds *de la duchesse? N’aperçois-je pas aussi quelques Anglaises au fond de la barque? Tout cela n’est pas aussi bien imaginé que le reste, et pourrait être mieux peint. 11 y a, dans ce tableau, un luxe de guerre, des têtes de chevaux , des bouts de lance, des sabres, des baïonnettes, qui neme semblent pas à leur

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La gloire du nom de Vemet est un patrimoine que son petk'fits Horace a recueilli tout entier, et qu’il doit enrichir encore; c’est à lui, je le crois du moins, que l’opinion publique réserve, cette année, la palme du talent, à moins qu'elle ne la partage entre le Massacre des mamelucks et le Saint-Germain de M. Stuenbea. «

Rien n’égale la féconde variété du talent de M. Horace Vemet; tableaux d’histoire, de genre, d’intérieuC) paysage, marine, portraits: ce jeune peintre a fait d’heureuses excursions dans toutes les parties de l’art,. et s’est montré supérieur dans les plus inq)ortantes.

Je ne parlerai, cette fois, que du Massacre des mamelucks dans le château du Cotre; j’avais vu ce tableau dans l’atelier; et, ce qui me semble un premier éloge, il ne perd rien de son effet au milieu du fracas des couleurs environnantes dont l’œil du spectateur est tourmenté.

Le moment d'action choisi par le peintre est celui où Mohamed Aly, pacha d’Egypte, assis et fumant son houka sur une tercasse de son palais, préside à l’horrible exécution de l’ordre qu’il a donné : les mamelucks, entrés dans les cours du château dont les portes se referment sur eux, sont impitoyablement massacrés par des Albanais en embuscade derrière les créneaux. ,

grand mérite de ce tableau me paraît être

dans la pensée de la figure principale ; c’est bien là l’impassible cruauté d'un principal agent du despotisme oriental; on s’cxpliqne l’inquiétude sourde qu’on lit dans ses regards; le barbare craint que quelques victimes ne lui échappent.

Les trois personnages debout derrière le pacha raériibnt le même éloge. La pensée de chacun est peinte dans l’expression de sa physionomie : « Le « coup est bien monté, » semble dire le plus vieux, à qui des scènes pareilles sont familières; l’espèce de terreur que témoigne le second n’est qu'im retour sur lui-même: que u'a-t-il pas à craindre d’un pareil inaiti'e! Ije troisième s’indigne de n’être que spectateur du carnage, et de ne pouvoir du moins tremper ses mains dans le sang qu’il voit couler. Hieu n’est exagéré, tout est vrai, jusqu'à l’indifférence stupide de l’esclave à genoux qui prépare le houka.

La couleur de ce tableau est plus hajononieuse que brillante, et l’on voit que l’artiste n’en a point cherché l’effet dans les contrastes.

La sévérité du costume ne saurait être poussée plus loin; j’en excepte pourtant la place qu’occupent les trois personnages dont je viens de parler: dans l’Orient, les grands, les ^voris et les esclaves (ce qui .se ressemble beaucoup en tout pays) se tiennent toujours vis-à-vis, et non derrière le prince, afin de lui éviter la fatigue de tourner la

tête, et la boute de leur adresser la parole, qu^yid il a quelque ordre à leur douuer.

Je hasarderai, sur cette belle composition, une critique plus importante. IjCs lois de la perspective aérienne et linéaire y sont-elles fidèlement observées? Les fibres qui s’agitent sur le second plan ne me semblent dans aucune proportion avec le groupe principal , et l'on serait d’autant moins admis à donner la distance où elles se trouvent, pour raison de leur exiguité, que les édifices qui les entourent sont tracés sur une échelle infiniment plus grande. La peinture a ses licences comme tous les autres arts; mais celle-ci ne passe-t-clle pas les bornes qu’on y met?

On assure qu’4kly pacba a promis d’acheter ce tableau, à condition que l’auteur lui ferait, pour pendant, le massacre des maraelucks à Marseille.

Vis-à-vis le tableau de M. Horace Vernet se trouve placé, dans le même salon, celui de M. Géricault, dont le livret ne donne qu’une timide indication, sous le nom de Scène de naufrage: c’est le fatal radeau de la Méduse que l’auteur a voulu '* peindre, et c’est dans cette intention qu’il faut le juger.

Si M. Géricault s’était proposé de retracer un naufrage ordinaire, il mériterait en grande partie les reproches qu’on lui adresse: «Vous aviez le choix des 'épisodes et des accessoires,, pourrait-on

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lui dire; aloi's, pourquoi ces malheureux edtassés sur un si petit espace? pourquoi ajouter au spectacle affreux, mais naturel, de leur situation, les traces sanj'lantes du carnage? Ne pouviez-vous, au milieu de cet amas dliorreurs, reposer le cœur et les yeux sur quelque objet d’un intérêt plus tendre? » Mais le peintre ne pourrait-il pas répondre à ces hypercritiques : <> .l'avais à peindre utie action connue, récente, un malheur sans modèle, dont le seul récit, après quatre ans, vous fait encore frémir^ et dont quelques victimes ne semblent avoir été épargnées que pour rendre vraisemblable ce qui, sans elles, n’eût été que vrai. Dans l'image horrible que j'avais à présenter, de la douleur frénétique, à la vue des crimes de la nuit,, de la terreur du jour et de la destruction inévitable du lendemain , jè n’avais à peindre que le désespoir, et vous ne devez me demander compte que du suceès de mes efforts pour en varier l’expression?»

Considéré sous ce point de vue, ce tableau doit ajouter beaucoup à la réputation de son jeune auteur. On y admire quelque chose de cette fougue d’imagination, de ce beau désordre de l’art, de cette hardiesse de pinceau dont M. Gros a fourni d’admirables modèles : mais en louant M. Géricaiilt de s’être approché d’un grand maître dans quelques parties <le la composition*, on doit regretter qu’il en soit

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iTstc, comme coloriste, à une si prodi^yicuse distaoce.

A force de chercher à varier les traits hideux de la mort, le peintre lui en prête quelle ne peut avoir en pareille circonstance. Cette teinte verte et livide que je remarque sur ces deux corps , à l’une des extrémités du radeau, annonce qu’ils ont cessé de vivre depuis plusieurs jours ; comment donc leurs compagnons d’infortunes , entassés sur un sf petit espace, ont-ils attendu si long-temps pour les précipiter dans le vaste tombeau qui s’ouvre autour d’eux? j'

Quatre heures sonnent, je n’ai quelle temps de jeter un coup d’œil sur la Peste de Milan , par M. Oranger.

L’action principale, dont saint Charles-Borromée est le héros, est simple et touchante; il emporte dans ses hras un pauvre enfant dont le père et la mère viennent d’expirer; la piété, la charité, brillent dans tous les traits du saint homme : mais quelle teinte bleuâtre ! quelles faibles ébauches dans le reste du tableau !

Ne forçons pas notre talent ,

Nous ne ferions rien avec grâce.

L’idylle héroïque est le genre qui convient au pinceau gracieux de M. Oranger, et il en a donné de meilleures preuves que son Homère et Glauctis.

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