SECONDE VISITE
^ L’Aurore annonce le jour, l’Amour sort du lit de Psyché ; d'une main , il soulève un rideau de pourpre, il étend l’autre pour saisir ses armes, et jetant un dernier regard sur sa douce compagne, qui rêve encore le bonheur qui lui échappe, il va prendre son eisor, et attendre impatiemment loin d’elle l’heure nocturne qui doit la lui rendre. Un mot suffit à l’éloge de ce délicieux tableau : on y retrouve tout le charme du sujet , tout l’idéal de la volupté. Jamais l’Amour n’a pris une forme plus séduisante que celle dont l'a revêtu M. Picot dans cette composition, à laquelle, je le dirai franchement, je ne connais rien de supérieur dans le même genre : quelle divine adolescence brille dans les traits de cette figure ! que de grâce cl de légèreté dans son mouvement ! rien de convenu, rien d’académique dans la manière dont elle est posée : c’est mieux que la nature, mais c’est elle!
Psyché dort; mais son sommeil animé trahit le mystère de l’existence nouvelle qu'elle a reçue : c’est la beauté , la jeunesse en sa fleur : son attitude pleine de mollesse et d’abandon annonce , jusque dans cette
contraction d’épaule , où de grands connoisseurs ont cm voir un défaut, que l'anteur en peignant ses personnages n’a point oublié son sujet. Psyché n’était pas seule sur ce lit où l’Amour pose encore un pied furtif ; un moment auparavant il reposait près d’elle ; je vois eneore la place qu’il occupait , et ce bras dont on blâme le contour est celui dont elle serrait son amant contre son sein ; libre de son doux fardeau, il en a conservé l’empreinte.
S’il fallait absolument trouver matière à la ciitique dans un tableau qui assigne à son atiteiu* un* rang si distin^pié, je blâmerais l’éclat trop vif de la lumière ; si l’Amour doit s’enfuir au point du jour pour n'étre pas reconnu de Psyché, il est heureux cette fois qu’elle ait dormi si tard , car il y a certainement deux ou trois heures que le jour est levé : en voyant Psyché , on excuse l’Amour ; pourquoi serait-on moins indulgent envers le peintre? tous deux peuvent dire : Elle est si belle !
Si les tendres erreurs de Psyché sont une des plus riantes inventions delà mythologie, il faut avouer que la mort de Saphira est une des plus tristes vérités de notre histoire religieuse (je dis vérité pareeque je crois sans exâmen tout ce que disent les saintes Écritures). J’aurais cependant bien voulu pouvoir douter qne saint Pierre ait tué d’un coup d'œil le charitable Ananic et sa femme Saphira, qui riTeurent-d’autre tort que de garder pour eux une
BEAUX-XUTS.
partie de la somme provenant des biens qu’ils avaient vendus pour en distribuer le prix aux pauvres; je sais qu’il ne faut pas tenter l'esprit du Seigneur, mais je sais aussi qu’humainement parlant l’exemple d'Ânanie et de Saphira est fait pour dégoûter de faire l'aumône.
■ Quoi qu’il en soit, M. Picot s’est emparé de ce passage du chapitre v'des Actes des apôtres, pour en faire un tableau où son talent a lutté sans beaucoup de succès contre un sujet ingrat et repoussant. »
Les traits du saint homme sont empreints de je ne sais quelle colère brutale qui n'est pas d’un bon apôtre; son regard a quelque chose de faux qui rappelle le moment où le coq chanta ef où le disciple trahit son maître. Le corps de Saphira étendu sans mouvement et sans vie aux pieds du saint m'a paru savamment dessiné, mais je n'ai pu m'expliquer l’indifférence de tous les témoins de ce cruel miracle. J’ai cni-pourtant remarquer un mouvement de pitié sur la figure de cette jolie fille qui se détburne probablement pour cacher ses larmes : qui me dira si cet apôtre à longue barhe , qui lève les yeux au ciel , prie pour les victimes ou pour le meurtrier? Quant à cette vieille femme qui tâte le pouls à Saphira , je juge à son air calme qu’elle n’est là que pour s’assurer que l’épouse 'd’Ananie est bien
morte , et pour en donner la nouvelle satiafaiaante à l'auteur de sa mort :
' Les dieux sont bons, les prêtres sont cruels.
■l'ai relu , à propos du bon Samaritain de M. Frosté, la touchante parabole de l'Évangile où lHomme-Dieu donne aux docteurs de son temps une leçon qu’il est bon de rappeler à ceux du nôtre.
U II est écrit dans la loi, leur dit-il, Tu aimeras U le Seigneur de toute ton ame, de toutes tes forces, U et ton prochain comme toi-même. « — Quel est mon prochain? lui demande un docteur; .Jésus répondit: U Un homme descendait de Jérusalem vers a Jéricho, et tomba entre les mains des brigands; « ils le dépouillèrent , et après l’avoir maltraité , s’en «allèrent, le laissant à-demi mort: or il advint U qu’un prêtre, passant par le même chemin , le vit « et passa outre ; semblablement un lévite, arrivé au « même endroit , le vit et continua sa route; un Sa- «maritain qui survint fut ému de compassion; il H versa de l'huile et du vin sur les plaies du blessé, «les banda, le mit sur son cheval, le transporta « dans une hôtellerie , donna deux deniers à l’hôte « pour qu’il en prît soin, et lui dit : Tont ce que tu «dépenseras pour cet homme jusqu’à sa guérison , «jç te le rembourserai à mon retour. Quel est le
BEAU K-A RTS.
» prochain de l’homme tombé entre les mains des «brigands? est-ce le prêtre, le lévite, ou le Samari- «tain? — C’est, répond le docteur, celui qui ÿ usé « de miséricorde envers le malheureux. «
Ce sujet, heureusement choisi, m'a paru bien eomposé: le blessé et le charitable .Samaritain ne font pas moins d’honneur au talent du peintre qu’à sa sensibilité; ces deux Bgures sont remarquables par l’expression : la perspective et la couleur laissent malheureusement beaucoup à desirer, et les deux chevaux ne sont pas de l’école, de Yemet; mais pour moi , qui suis de l’avis de Hogarth , et qui crois que la peinture n’est pas faite pour parler seulement aux yeux, j’avoue que je suis moins frappé de quelques défauts de l’art, que l’on peut repren,dre dans ce tableau, que d’un trait ingénieux qui prouve que l'auteur n’est.pas une machine à peindre: le prêtre qui a passé outre, lisait les Tables de la loi; nos prêtres aussi disent leur bréviaire, et nous connaissons leur charité!
Voici enfin un sujet national ; il est vrai qu’il appartient à une époque déjà bien reculée; mais ce héros est français, et le peintre est frère d’un jeune écrivain qu’un arrêt, au moins bien sévère, tient éloigné de sa patrie : ces deux circonstances doivent ajouter à l’intérêt qu’inspire le Dévouement des bourgeois de Calais, par M. Sebeffer. .le dois néanmoins convenir que je ne verrai jamais sans quel-
que répugnance six Français, en chemise et la corde au cou, marchant au supplice par ordre d’un roi d’Angleterre.
Quoi qu’il en soit, Eustacbe de Saint-Pierre et son héroïque famille sont déjà hors des portes de Calais; les soldats du féroce et poltron Édouard ' les ont séparés de leurs femmes et de leurs enfants. Eustache a sauvé ses concitoyens, il marche à la mort d’un pas ferme , mais il y entraîne son propre fils, et cette pensée répand sur ses traits un voile de deuil que tout son courage ne peut écarter. Son fils, dans l'âge de l’enthousiasme, ne voit que la gloire et l’immortalité qui l’attendent p les femmes et les sœurs de ces héros s’abandonnent au sentiment de leur douleur; l’épouse d’Eustache succombe à la sienne et s’évanouit. Ce tableau, ou respire l’amour de la patrie, est également bien de pensée , d’expression et de dessin ; mais il est fâcheux qu’il laisse tant à desirer sous le rapport du coloris. •
Les habitants de Metz ont voulu un Christ au tombeau, M. Lair leur en a fait un qui n’en sortira pas : ce peintre paraît avoir un goût très prononcé pour les Madeicnes; au lieu d’une, il en a
* It s’était tenu caché pendant 1a bataille de Crécy ,^qu’il avait (ja^ée par la trahison de quelques seigneurs Français, et par reffet du canon dont on 6t usage pour la première fois dans ctfCte fatale journée.
BEAUX-ARTS
mis deux dans son tableau : la grâce n'a point encore fait son effet ; ces deux pécheresses sont aussi blanches, aussi g fasses, aussi fraîches, qii’avantleur conversion.
Dans une exposition consacrée en grande partie à toutes les espèces de martyres , celui d'Eudorc et de Cymodocée devait trouver sa place. La prose pittoresque de M. de Chateaubriand a conservé sa couleur chatoyante sur la palette de M.... La tête de Cymodocée est belle et bien sentie; elle exprime une ferme résignation : son abandon est trop naturel; on voit la femme, rien n’annonce la sainte. Quant au tigre, c’est pour la couleur, la vigueur, je dirais presque, pour l'expression, le béros du tableau; on croit entendre le lion de Voltaire, di- .sant au Marseillais :
De mes quarante dents vois la file effroyable ,
Ces ongles dont un seul pourrait le déchirer.
Ce gosier écumant, prêt à le dévorer.
Celle gueule, ces yeux, dont jaillissent des flammes: Te manger est ma loi.
Quand messieurs les romanciers et messieurs les peintres cesseront-ils d’ensanglanter le papier et la toile , au nom de ce qu'il y a de plus sacré et de plus doux au cœur de l'homme, la religion et l’amour? Le supplice de l’innocence révolte la pensée, et cette image sans cesse offerte aux yeux tend à enhardir le crime et à décourager la vertu. Votre
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imnQinatioD , comme celle de I‘ascal, ne vous montre-t-elle que des abymes de douleur et de souffrances, plongez-vous dans les enfers, et inontrez-nous de grands criminels punis de leurs forfaits.
Je frémis à l’aspect du groupe des üanaïdes, de M. Mauzaissc -, mais du moins la vue de leurs tourments me rappelle le crime affreux ipi’elles expient.
On n’a point épargné à l’auteur de ce tableau les critiques les plus amères ; elles n’influent point sur mon jugement ; étranger à la pratique et mém« aux profondes théories de l’art, je rends compte de l'impression que j'éprouve, et je ne crains pas de louer, d’admirer même ce que des hommes plus instruits réprouvent d’après des régies qui ne sont quelquefois que des préjugés d’école; c’est ainsi que je m’obstine à voir, dans la figure principale de ce groupe des Dauaïde.s,uu clief-tl’œuvre d’expression, d’autant plus admirable que l'imagiiiatioii seule du peintre a pu .s’eu créer le modèle. Quelle douleur que celle de cette femme! Quaud scs maux finirontils? Jamais. La résignation du désespoir est dans scs yeux ; point de passé pour elle , tout est présent , tout est avenir, et cet avenir est une éternité de soiiffrauee ! L’auteur s'est servi d'un moyen ingénieux pour peindi’e cette idée abstraite; le supplice de cette femme parricide a commencé depuis longtemps; chacun de ses traits porte l’empreinte de sa
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durée, et cependant son corps a conservé les formes de la jeunesse : celles (jue le Icinps et la doideur altèrent si vite chez les femmes n’ont rien perdu de leur beauté. Les deux autres figures dont ee groupe se compose ne sont là que pour justifier eu |>artie la critique un peu brutale qu’on en a faite, en les comparant à des blanchisseuses fatiguées par un travail long et pénible.
De l’enfer des Grecs, je passe dans les limbes des chrétiens, pour assistera In (k-srcnlc de Jénis-CInist , (pie nous a pré-sentée M. Delorme.
.le ne suis pas tlu'-ologicn , et j’avouerai con.sc- ({uemment (|uc la punition du péché originel est une des vérités de notre religion à laquelle ma rai- •son a le plus de peine à se soumettre: si la foi pure et simple ne venait à mon secours, je serais fort embarrassé de concilier les eliâtiments infligi-s aux fils innocents, en réparation de la faute de leur premier père, avec l’idée d’un Dieu souverainement juste et souverainement bon; mais Pascal a fort bien dit qu’il n’y avait pas de risque à croire, et (pi’il y en avait beaucoup à douter. .le m’en tiens donc au parti le plus sùr.
.le remarque d’abord la singulière disposition du tableau de M. Delorme. I>c paradis est eu haut du tableau, et quelques jeunes filles qui le découvrent font éclater une joie de [lensionnaircs, qui ne ressemble pas à l’idée que je me fais de la joie des élus.
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l,es limbes sont an milieu , et l’enfer est an fond. Le peintre a placé, dans ce lien de désolation, un pauvre ermite ipie (ji-isbourdon ne serait pas moins étonné de trouver là qu’il ne le fut d’y rencontrer saint Dominique. .le ne sais quel est cet autre persounafje, renversé, bizarrement raccourci, faisant d’effroyables {jrimaces, et dont la teinte, les cheveux , et les draperies rappellent trop bien le diable vert de l'Opéra. 11 y a dans la partie .supérieure de ce tableau une Icmme tpii ne ressemble jias mal à l’épouse de Ménélas.
< tii Ile s'atlrmlail (jiiére \ voir Iléirm' <-ii cette al't'airc.
Le Christ est une assez bonne copie du Christ île la TransJijiiratioii , aussi a-t-ïl l’air de monter an lieu de descendre; c’est tl’aillcurs la seule re.ssem- Uance qu’il y ait entre rteuvre de IVI. Delorme et celtii de Raphaël.
C’était un philosophe que saint Fiacre, fils d’Eu- (;éue IV, roi d'Écosse ; u’étaui encore qu’liéritier présomptif du trénic , il se sauve en France et .se fait ermite. A la mort du roi .sou père, les grands de son petit royaume viennent lui présenter l’épée, le sceptre, et la couronne; tout cela parait bien lourd au monarque anachorète; il aime mieux cultiver des Heurs que de gouverner des liommes; il coiijjédie les envoyés d’Ecosse, et retourne travailler à
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son jardin ; on ne peut qu'applaudir à sa résolution. Je serais tenté de croire que deux circonstances, auxquelles on ne fait peut-être pas assez d’attention , l'ont déterminé au parti qu’il prend : d’abord , s’il faut en juger par les seigneurs de sa cour, ses sujets sont bien les plus vilaines gens du monde, et il n’y a vraiment pas de plaisir à régner sur un peuple si laid. En second lieu, je vois sur la porte un antre ermite en observation, qui a peut-être parié avecson royal confrère que sa pbilosopliic ne résisterait pas à cette épreuve, et saint Fiacre n’ose pas reculer devant un pareil témoin.
On en vaut mieux qunn<l on est reganlê.
Au demeurant, ce tableau de M. de Jiiiniie, destiiid à l’église de Saint-Snipice, ne manque ni de simplicité dans la composition , ni d’une sorte de grandeur dans le style ; mais il est froid et .sage comme l’action qu’il représente.
M. Dubufe a indiqué son tableau de Jésus-Chris! apaisant une tempête, par cette question en forme d’épigraphe : u Quel est celui à qui les vents et la mer « obéissent? » Ce à quoi l’on peut répondre: Ce n’est pas à vous, monsieur Dubufe; car vos eaux .sont trop lourdes, trop vertes, trop uniformes, et votre ciel manque d'air; ce qui n’enqtéche pas que l’on ne remarque dans votre tableau deux groupes bieu entendus; run dans la demi-teinte, l'autre éclairé par
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un jour qui a de l'éclat et de la vérité : votre figure du Christ est évidemment imitée du Guide; mais, malgré cette imitation , ou plutôt à cause de cette imitation , elle est fort belle et fort bien ajustée. Ce tableau reproduit un contre-sens matériel que j'ai déjà remarqué dans d’autres ouvrages , et dont on trouve deux ou trois fois par semaine l’exemple à l’Opéra : la barque se dirige sur un poiut directement opposé à celui vers lequel le vent doit la pousser ; j’ajouterai que si le mât n'a pas son point d’appui hors du bateau, il a dft traverser le corps des hommes qui sont auprès.
Il y a trop de monde dans ce tableau de forme ogive, où M. Guillemot nous montre Jénis ressuscitant /e Jils (le la veuve de Aaiin. Les spectateurs sont trop serrés dans le cadre , tout vaste qu'il est. C’est un moyen j)oiir le peintre de s’épaqjner beaucoup de jambes et beaucoup de bras qui sc perdent dans la foule; mais cette confusion ne déplait pas moins aux yeux qu’à l’esprit : il faut pouvoir se promener dans un tableau ; on étouffe dans celui-là. I/école moderne est d’une grande sévérité de costume, et je ne serai pas le seul à remarquer que la couverture à bordure rouge, dont le fils de la veuve est enveloppé, parait avoir été prise à l’exposition des produits de notre industrie nationale : c’est un défaut aujourd’hui ; on n’y aurait pas fait attention à l’époque où Renolds, dans sa Sainte-Famille, coif-
BICAUX-AUTS.
fait son petit Jésus avec un béjpiin de point d'Aleiiçoii. I ,e plus amusant des anaclironisiues de ce genre est celui d’un tableau de Jlcsurrcction que tous les amateurs connaissent, et dans lequel Jésus-Clirist, sortant du tombeau en liabit français, monte au ciel l’épée au côté.
Ac Christ sur les genoux de la Vierge, par M. Paulin-Guérin. liC peintre s'est efforcé de ramener dans ce tableau les effets de lumière que l’on avait admirés dans son Càin; mais ici le ciel n’est pas en feu , et ce n’est pas seulement du reflet des éclairs (pic cette .scène de deuil est éclairée. Le visage de la Vierge n’est pas seulement pâle et flétri ; la teinte en est cadavéreuse. IjC saint Jean-Baptiste a beau se tenir en arrière, il montre sa té'te, et je le reconnais; je l’ai vu quelque part, et ce n’était pas dans nu tableau de M. Paulin-fJuérin.
Les Vierjjes sont à la mode dans cette exposition, .l’en ai compté quinze , et je ne les ai pas vues toutes. La Vierge au tombeau dcM. Piijol m’a paru la plus belle: sa tête est d’un beau caractère; il y a de la sou[)lc.sse , de la grâce même dans ce coips inanimé. La douleur de cette sainte femme qui le contemple est à-la-fois touchante et résignée; ce sont de pieuses larmes qui coulent de ses yeux. Quant à l’Iiomme ipii soutient les jambes de la Vierge, je suis sûr que cest un apôtre, car je l'ai vu dans le tableau de la 'J'ransfigiiralioii de Bapliai’I.
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l<a manière de M. Abel Pujol est lar(je, son pinceau facile, et sou dessin correct; mais s il veut laisser <[uelc|ue chose à la postérité, tjuil ne icfasse pas les tableaux des grands maîtres : le meilleur centon, en peinture comme en poésie, ne fera jamais la réputation d’un auteur.
11 y a plus d’originalité dans Wlssoiiiplion de M. Blondel; le groupe des hommes, dans la partie inférieure du tableau , est remarquable par la variété des poses et la beauté de quehpics têtes ; mais bien que ressuscitée , sa Vierge est encore morte , et les auges qu’elle va rejoindre au ciel ne sont guère plus animés ; je sais bien que la vie céleste doit a\ oii quelque chose de plus pur, de moins agité que celle dont uousjouissüus ici-bas , mais encore faut-il qu un peu de mouvement y atteste l’existence.
S’il est vrai que le saint /tinbroise de M. Vaftlard .soit uu ouvrage de commande, comme presque tous les tableaux d’église de cette exposition , le peintre a le mérite d avoir choisi très hcuieusemcnt le trait de la vie du saint archevêque de Milan qu’il avait à représenter. Il ne tenait quà lui de nous le montrer persécutant les hérétiques pour lesquels sa haine allait jusqu’au fanatisme; M. Vafflardamieux aimé peindre le saiut prélat au moment où il au été la fureur du ycuple qui voulait massacrer un jeune j>rétre arien sur les marches de [autel : il ne faut pas perdre l’occasion .si rare de prouver que 1 humanité
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n’cst pas incompatible avec l'exagération du zèle religieux. Il y a de belles parties dans ce tableau , dont la couleur est en général harmonieuse et brillante. La figure du jeune prêtre blessé m’a paru remarquable par la vérité de l’attitude et la correction du dessin ; l’expression de la tête est encore plus licurcuse.
Grâce au ciel j’en ai fini des grands tableaux de dévotion; malbeureuscmcut parmi les autres, qui sont d’ailleurs en très petit nombre, bien peu sont dignes d’une attention particulière: je me reprocherais cependant d’oublier Ot'rfipe rencontrant Laïus dans la sentier fund^te. L’auteur, M. Lagrénée, est entré dans la carrière avec un nom connu dans la peinture , et qu’il soutient honorablement : distingué jusqu’ici par ses miniatures, ses aquarelles, et surtout par ses camées (genre où il ne connaît point de rivaux), il a fait preuve dans son Œdipe d’uu talent d’un ordre plus élevé. Cette composition, où ou reconnaît un élève de la grande école de David, a de la noblesse et de ce grandiose que le sujet commande.
Œdipe engagé dans un sentier étroit dispute à Laïus les vains honneurs du pas,
Kt sa main furieuse
Arrête des coursiers la fougue impétueuse.
Le monarque desccndti de son char veut punir
l'audacieux, et provoque le bras parricide déjà levé sur lui. Cbacune de ees deux figures a bien le caractère du héros qu’elle représente; Œdipe, ye«ne et superbe, a tout rcmporteinent de son âge; La'ius, avec un dédain non moins orgueilleux, semble plus maître de son courage. .Te n’aime ni l’attitude, ni la colère grimaçante de l’esclave monté sur le cbar, et l’on ne conçoit pas comment Œdipe échappera au coup qu’il s’apprête à lui porter par-derrière. Les chevanx ne sont pas ramassés comme ils devraient l’être par la violence du double mouvement qui arrête leur fougue impétueuse. Peut-être en général ce tableau manque-t-il de chaleur et de force, mais la couleur rn’en paraît belle, le dessin pur, et la composition soigneusement étudiée ; ces qualités peu communes rachètent bien des défauts.
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