TROISIÈME VISITE
TAnLEAU.X DE GENRE.
liii vie du [dus f;rand prince qui ait régné .sur les .Suédois, de ce Gustave Vasa surnonimé le Libéraleiir, a fourni à cette exposition le sujet de deux tableaux.
Dans l’un , M. Dufaii représente Gustave haranguant, non la noblesse qui l’avait trahi, et ne demandait p.is mieux que de le livrer au féroce Gbristiern , mais des ouvriers mineurs dont il avait partagé les travaux , de pauvres paysans Dalécarliens; en un mot, cette foule d’hommes sur lesquels se fondent la puissance des états et la sûreté des trônes. A son attitude ferme, à l’expression de ses traits , j’ai reconnu le grand Gustave sous les habits grossiers qui le couvrent. 11 parle à ses compagnons et aux pay.sans de Mora, qu’il a rassemblés dans un cimetière; sa harangue est courte; il la termine en tirant l’épée ; on court aux armes , et ce moment a donné le signal à la victoire : elle n’abandonnera plus le héros suédois. Tel est le sujet de ce tableau ; il est bien pensé, bien con<;ii ; mais l’exécution m’eu
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a pnni bien faible. Pourquoi ces liornmes presque nus sous un ciel si rigoureux? Pour que l'on reconnût la rudesse native, et le caractère demi-sauvage des paysans de celte contrée, était-il indispensable de leur donner des traits difformes? L’bistoire dit-elle que Gustave Vasa fut aussi trapu, aussi ramassé? Dans ce cas, il ne fallait pas la croire: les liéros, et sur-tout les libérateurs, sont toujours beaux; c’est dans le caractère du modèle que le peintre doit étudier un portrait historique.
Telle a été la pensée deM. Mersent dans un autre tableau de GusUive Vasa, sur lequel se réunisscat tous les suffrages. Le monarque, bien qu'affaibli par l âge et lesiiiKrmités, conserve une taille majestueuse et des traits vénérables. Que ces yeux, prêts à se fermer, expriment de nobles et de touebantes pensées ! j’y lis toute l’histoire de ce long et mémorable règne; les souvenirs de la victoire qui a tout fondé, de Injustice qui a tout maintenu, des vertus royales auxquelles répondent tous les sentiments civiques.
Le roi semble descendre du trône vers le tombeau; il s’appuie sur son successeur, dont le recueillement et la pieuse tendresse annoncent un fils digue d’un tel père : la reconnoissance la plus vive, les regrets les plus touchants , se peignent sur toutes les figures. Au premier coup d’oeil j’aurais cru pouvoir faire un sujet de reproche à l’auteur, de l'àge avancé
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de tous les personnajjes dont il a composé l'assemblée des états; mais un moinciU de réflexion in’a réconcilié avec l’intention du peintre; tous les assistants sont d’âjjc à avoir joui de la (jloire et des bienfaits de ce réjjne de trente-sept ans, dont ils voyaient avec douleur s’éteindre les derniers jours; plusieurs espéraient n’en pas voir le terme, et se plaijpicut de la nature qui trahit leurs vœux en prolon(jcant leur vie.
.le n'ai jamais vu de tableau aussi vaste dans un cadre aussi étroit; et cependant nulle part le défaut d’espace ne se fait moins sentir; la multiplicité des personnüf;es n’introduit aucune confusion dans les j;roupcs , et runiforriiité d’un même sentiment, dont les cœurs sont remplis , produit une variété d’expressions et d’attitudes qui prouve un talent d’une admirable fécondité. La lumière tombe à flots sur le trône et sur le monarque, sans que son éclat nuise en rien à riiarmonie du tableau, dont la couleur est à-la-fois douce et brillante. Cet ouvrage ajoute beaucoup à la réputation déjà faite de M. Hersent, et lui fait prendre rang parmi les maîtres de notre école. .le n’insisterai pas sur quelques critiques de détail, et cest sans attacher trop d’importance à cette remarque, que je ferai observer à M. Hersent qu’un roi comme Gustave Vasa ne doit pas bénir son peuple à-peu-près du même geste dont un curé bénit ses paroissiens. S’il était vrai , comme plusieurs
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personnes me l’ont assuré, que ce tableau, commandé à l’auteur, ne lui ait été payé que quati'e mille francs, il faudrait en conclure que le peintre, assez riche pour se contenter du prix honorifique que le public met à ses ouvrages, travaille dans l’intérêt de ceux à qui il les vend.
Le général Le Jeune jouit du privilège, non .seulement d’attirer, mais de fixer la foule autour de ses tableaux; depuis que le Salon est ouvert, il m’a été impossible, à quelque jour et à quelque heure que je me sois présenté, d’approcher de l'ylttaque d’un (jraiid convoi près Salinas; et je serais réduit, pour rendre compte à son rang de cette composition (l’un des principaux ornements de l’exposition actuelle), d’en parler d’après l’examen que j’en ai fait dans l’atelier, si je ne réfléchissais qu’elle doit être classée parmi les paysages, et que j’aurai conséquemment le temps d’y revenir.
C’est sur-tout en Italie que les beaux-arts sont frères, qu’ils s’appuient l'un sur l’autre, et se prêtent de mutuels secours; j’ai déjà dit qu’en élevant des temples à Dieu , les architectes italiens songent aux ouvrages des hommes : telle fut sans doute la pensée d’Antoine Casoni, quand il construisit à Rome, sur la place Barbcrini , l’église des capucins dont M. Grasset nous a représenté une vue intérieure: ce chœur, qui ne reçoit le jour que par une fenêtre placée au fond , est éclairé de manière à ce que le rayon lumi-
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nciix, après avoir liappé sur le pujiitrc , se divise {jauclie, et {jlisse à-la-fois des deux eètés sur les stalles et sur ceux qui les occupent. Je suis persuadé qu’eu perçant ainsi cette feuêtre , l’arcbitccte avait eu vue l'effet que le peintre a .saisi avec uiiBi't admirable, et je dirais méinc avec un bonheur d'imitation que j’ai entendu qualifier, assez {jaiemeut, d'affront à la nature. La touche de ce peintre est lai^e et ferme, .sans rien perdre de cette léjjèreté’, de cette finesse d'exécution qu’exifje le genre minutieux où il excelle. Tous les habits sont d’un brun opaque, leur forme est la même ; toutes ces télés sont rasées, presque toutes ces barbes sont grises; cependant quelle étonnante variété dans les draperies, daus les nuances , daus les reflets ! Que d’altitudes différentes dans ces hommes debout et rangés à la file! mais sur-tout (pielles diversités dans toutes ces figures qui sont là pour prier, et qui accomplissent ce devoir comme des soldats fout l’exercice sans songer au but, .sans .s’iii(|uiélcr du résultat ! Ce ca|>ucin assis dit son chapelet, et je vois qu'il se dépêche pour ne pas rester le dernier au chœur. Cet autre, prosterné, prie avec une ferveur de novice; mais je remarque lieux de scs confrères ijui se retournent et le regarilcnt avec une espèce d’étouuement; si leur visage était plus éclairé, j’apercevrais même un sourire ironique que l'ombre ne me dérobe pas tnut-à-fait. A ipioi pense ce grand capucin dont le front est sil-
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loniu- des passions du monde?. le parierais qu’il médite sur les moyens de devenir général de son ordre, confesseur d'un roi, ou, qui sait, grand inquisiteur, peut-être...? Pourquoi pas? Ses traits annoncent une séelieresse de cœur, une dureté dame, une cruauté froide, qui conviennent merveilleusement à la place qu’il ambitionne : je le recommande à messieurs de Carlsbad, pour la sainte Ilermaudad politique qu’ils organisent.
Il n’y a, dans ce tableau , que quatre personnages occupés; deux jeunes enfants de chœur, le tburiférairc, et le prêtre à chasuble ; ce sont les acteurs : les autres assistent à un spectacle où ils n’ont pas l’air de s’amuser du tout.
Un de nos princes a, dit-on, acheté ce tableau i4,noo francs, et c’est pour la dou/iénie fois que M. Grasset le refait et le revend ; c’est une bonne fortune de peintre que ces capucins-là !
Quelque genre de peinture que l’on examine à cette exposition, le nom de Vernet est toujours là pour disputer la première palme; parmi les vingtdeux tableaux de chevalet que M. Horace "Vernet a exposés, et qui se distinguent presque tous par l’élégance et la facilité du pinceau, par une composition ingénieuse ou spirituelle, mais sur-tout par un scutiment patriotique qui a fait surnommer ce jeune maître LE peinthe NATIONai.; parmi ces tableaux, dis-je, ta Revue élu eleu.vièinc réejiinent (tes grenueliers
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« cheval de la garde fixe plus lonjj-tcinps les refrards des connaisseurs; tous les genres de méi'ite se trouvent réunis dans cette cbarniante conipositioii : du mouvement sans confusion, de la correction sans sécheresse; une distribution de lumière qui met tous les objets à leur distance; dans l'ensemble, une hardiesse de pinceau que l’on reconnaît Jusque dans le fini des détails; il n’y a pas jusqu à l’air un peu gourmé du colonel qui n’ajoute à la vérité de ce tableau.
Les hommes ont tellement pris l’habitude de la /
domination dans les arts, que rarement on y accorde aux femmes le rang qu’elles méritent, et qu'on est à-peu-près sûr de blesser tous les amours-propres masculins en le réclamant pour elles : le peuple artiste n’est pas plus galant que le peuple auteur; l'un et l’autre ont exclu les femmes de leurs acadé*mies; il me semble pourtant que madame de Staël avait autant de droit à un des quarante fauteuils qu’aucun de ceux qui les occupent, et que, si l’on mettait au concours trois places vacantes à l’académie de |>eintiire, mademoiselle Lescot, madame Servières et mademoiselle Godefroy, parmi leurs concurrents, ne trouveraient qu'un bien petit nombre de rivaux.
l’crsonne ne compose avec plus de faciliti;, de goût et d’esprit, que mademoiselle Lescot, sa palette est brillante, trop brillante peut-être. Ses grou-
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()cs (le personnafjcs sont des especes de boiiqiiets où le rose et le bleu dominent trop souvent. Cette année, son tableau capital est celui où elle représente François 1 " accordant à Diane de Poitiers la (jracc de M. de Saint- f 'allier, son père, eondanmé à mort.
La situation est iudb’piée avec grâce, mais peutêtre n’cst-ellc pas sentie avec assez de force: oti ne sait ce qui se passe dans l’aine de Diane, et je serais tenté de croire quelle est en ce moment plus-occnjiéc de l'impression qu’elle produit sur le cœur du monarque, que du sort de sou père : ses traits n’expriment ni crainte ni inquiétude, le roi la relève; la grâce est donc accordée: mais il u’a pas encore lu le papier (jn’on lui présente, et je ne trouve dans les ycu.x de la belle pétitionnaire ni joie ni reconnaissance; le prince n’a donc pas prononcé. Qu’importe? l’un est galant, l'autre e.st jolie; l’affaire de M. de Saint-V allier s’arrangera aux dépens de riionncur de sa fille, c’est tout ce que j’y vois: les dames qui accompagnent le prince paraissent être de mon avis : aucune d’elles ne porte à la suppliante ni intérêt ni pitié : celle du milieu, par un pirssenliment jaloux , jette sur elle un regard de rivale, et la reine de Navarre .semble aussi prévoir que le roi sera bientôt aux genoux de celle qui est en ce moment aux siens.
.l’ai cru remarquer que, dans cet ouvrage, la
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touche de mademoiselle Lescot n’avait pas toute la pureté, toute la franchise qui la distingtie; en fondant, je dirais presque en beurrant ses couleurs, son pinceau s’est amolli. Le rayon de lumière qui traverse l’appartement a je ne sais quelle densité qui lui donne le corps et la forme d’une de ces aigrettes qu’on appelle esprit; et, pour achever de faire la part de la critique, il y a dans la pose, dans le clignotement de François 1", une sorte d’affectation de galanterie qui rappelle un peu le prince mirliflore. Comme ce n’est pas un polirait de François I" que mademoiselle Lescot a voulu faire, si ce grand roi avait de pareilles jambes, il fallait lui en faire d’autres. Je n’oserais pas assurer que dans ce tableau ni même dans celui du Meunier, son Fils, et CAne, mademoiselle Lescot se fût surpassée ellemême; mais du moius a-t-elle conservé parmi nos peintres de genre , la place honorable que ses premiers ouvrages lui ont assignée.
— “ Sophie, disait à mademoiselle Arnould le comte de Lauragais, depuis duc de Brancas, vous souvient-il de notre petite maison de l’allée des Veuves?...- Oh! oui, répondit-elle, c’était le bon temps; j’étais si malheureuse! » La nation française n’eu pourrait-elle pas dire autant à tous ceux qui lui rappellent avec tant de complaisance les douceurs ineffables du bon vieux temps? Madame Servières nous en montre un échctptillon dans son ta-
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bicau de Blanche de Castille, mère de saint Louis. Les charitables prêtres du chapitre de Chastenay avaient fait jeter dans les cachots une foule de vilains qui, faute de récolte, n’avaient pu leur payer le droit de ehampart; privés d’air et d’aliments, les malheureux allaient périr, sans doute, en bénissant le régime féodal, lorsque la mère de Louis IX, régente du royaume, au risque de rexcommnnication , prit sur elle de faire ouvrir la prison ecclésiastique. « On vit alors, dit la notice, une multitude d’hommes, de femmes, d’enfants, avec des visages mourants, pâles, défigurés. » Je n’ai pas vu ces visages-là: l’enfant qu’une femme élève vers la reine Blanche, a toute la fraîcheur de la santé, et la mère n’est pas plus pâle, n’a pas moins d’embonpoiut qu’il ne convient à une bonne nourrice. I/C visage du vieillard qui montre ses fers, exprime noblement une indignation légitime; mais il n’annoncc ni besoins ni privations: les traits de la reine ne .sont pas suffisamment émus par la pitié, et le eahne qu’ils respirent ne me semble pas compatible avec l’action qu’elle vient de faire et le sentiment qui l’y a déterminée; mais si ce tableau de madame Servières laisse quelque chose à désirer sous le rapport de l’expression, les autres parties ont droit à de justes éloges; la composition est sage, le dessin correct, la douleur vraie, les caractères de tête d'un choix très heureux, et l’effet général on ne «aurait
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plus satisfaisant. U est aisé de reconnaître, dans ce tableau, et dans le suivant, la fille de M. \jC Tliiers, et 1 eniule de mademoiselle Lescot.
Marguerite d’Ecosse et Alain Chartier, est une composition simple, heureuse, où l’on retrouve le coloris, la grâce et la sagesse qui se font sentir dans le tableau de Blanche de Castille. Alain Chartier, pocte célèbre du quatorzième siècle, était (disent l’histoire et la notice) un des hommes les plus laids de .son temps: il s’est embelli sous le pinceau de madame Servières, il n’y a pas de mal à cela; mais Marguerite est sans témoin dans le tableau, et pour peu qu’on fût disposé ù mal penser des princesses , on pourrait trouver le baiser dont la dauphine effleure le front du poète, moins innocent que le baiser sur la bouche qu’elle lui donna, dit l’bi.stoire, en présence des dames de sa cour: on se demande pourquoi l’aimable auteur a changé cette circonstance. Je ne sais qu’une e.xcu.se à ses scrupules; c’est le choix qu’elle a fait du modèle de Marguerite : comment supposer que le .sommeil du poète eùtré- •sisté au bai.ser historique d’une si jolie bouche?
Composer à la manière des grands maîtres, ce n’e.st point copier; imiter, ce n’est point calquer; M. Bouillon le prouve dans sa Résurrection du fils de la veuve de Ndirn : au premier coup-d’œil j’ai cru voir un tableau de Nicolas Poussin ; meme type dans les caractères de tètes; meme sagesse à-la-fois, et
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même poésie dans l’exécuiion: des mouvements vifs et pourtant mesurés; de la chaleur sans désordre, de l’énergie sans convulsion. Le jeune homme ressuscité soulève son linceul; il regarde le Sauveur, il ne le voit pas encore ; tout est vague dans son existence incertaine, entre la vie et la mort. Quelle correction dans le dessin ! Quel charme dans la couleur, toute voilée qu’elle est par une vapeur ver- •■dàtre, qu'on retrouve aussi dans les ouvrages du Poussin ! Si le fond de ce tableau était plus clair, si les- draperies de la femme à genoux étaient mieux jetées, et la coiffure moins épaisse, je ne vois pas ce que cette belle conq)ositiun laisserait à désirer.
M. Revoil, votre Jeanne, mère de Henri IV, ne me paraît pas as.scz jeune pour être enceinte, ni assez jolie pour avoir été la mùjnonne des rois. .le lui pardonne de faire la dédaigneuse à l’aspect du chapelet que le roi lui prc.seute ; le bijou n’est pas merveilleux ; mais je ne vous pardonne pas d’avoir choisi de si pauvres modèles pour représenter le père et la mère du IHable-à-Qaatre.
Est-ce pareequ’il y a si loin de ce tableau à celui de Jeanne d' Arc prisonnière à Rouen, du même auteur, que l’un est relégué au bout de la grande galerie, et l’autre auprès du Massacre des inameluclis ? Sans doute le hasard seul est l’autem- de cette espièglerie.
Blessée au siège de Compiègne, la Pucelle ( pour-
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quoi cette pruderie moderne qui craint de conserver à Jeanne d’Arc ce glorieux surnom?), la Pucelle, dis-je, tomba au pouvoir du duc de Bourgogne, qui la vendit aux Anglais avides de repaître leurs yeux du supplice de l’iiéroiue française; un tribunal de prêtres leur procura cette borrible joie.
M. Revoil nous nioutre rillustre guerrière dans la prison, où elle attend son arrêt. Le misérable qui l'a livrée, l’odieux Jean de Luxembourg, est venu’ avec les comtes de Warwick et Scanffort et d’autres Anglais, pour insulter à leur victime. L’babile peintre a su donner à la figure de l’héroïne l’expression du dédain et de la fierté que lui inspirent son noble courage et la perfidie de scs ennemis. 11 parait avoir fait une étude particulière du caractère de tête et des .sentiments nationaux des hommes qu’il représente : le rire de tigre de l’homme au justaucorps rouge, l’action de cet autre, vêtu d’une casaque verte, et qui tire l’épée contre une femme enchaînée, sont d’une vérité frappante. Ce lit misérable, ces geôliers, ces satellites qui environnent celle qui sauva la France, ces nobles qui l’insultent, ces lâches qui l’abandonnent; tout, dans ce tableau de M. Revoil, rappelle le fanatisme, les mœurs féroces, les crimes et les perfidies de cet borrible bon vieux temps. Le cachot de Jeanne est bien éclairé; mais d’où vient la lumière? Il me semble que l’air et l’espace manquent dans ce lieu, assez vaste pourtant si
j'en juge par le nombre des spectateurs, et la distance où ils sont les uns des autres.
Dans tous les arts, l'imitation n’est qu’un moyen ; l’homme et ses passions , voilà le but : je regarde ces fabriques , ces routes , ces intérieurs , ces rivières , ces batelets; mes yeux sont occupés, mon imagination ne l’est pas; je n’éprouve rien, je ne pense à rien : mais à la vue de ce caveau , de cette tombe sur laquelle un homme est appuyé, mon cœur palpite, mes pensées s’éveillent en foule: c’est un fils qui pleure au tombeau de sa mèi^. cette mère était une reine, son fils un puissant monarque : je vois en présence la vie et la mort, les grandeurs et les misères humaines; l’objet le plus élevé de l’ambition, un sceptre ; sou terme inévitable , une pierre , un lit dur et glacé, où le roi comme le pâti'c dorment en attendant la eonsornmation des siècles: le peintre m’a fortement saisi de son sujet, et je n’ai songé à l’artiste qu’après avoir long-temps éprouvé la puissance de son art. D’autres savent, peut-être aussi bien que M. Bouton, rendre ces clartés vives que produisent les rayons de la lumière pressés dans d’étroits corridors, renvoyés par des parois blanchies , et glissant à travers les ombres ; mais j’en connais bien peu qui trouvent, qui choisissent et qui disposent aussi heureusement le lieu de la scène ; je n’en connais qu'un (Horace Vernet) qui sache donner à des figures de la plus petite dimension des at-
titudes, des traits propres à exprimer les plus fortes passions liiimaiiies.
Ce {]rand mérite de sentiment se trouve au plus haut degré dans le tableau du prince Charles Edouard en Ecosse. Approchez, hommes de i8i5, venez contempler les terreurs d’un proscrit ; vos nobles regards peuvent descendre jusqu’à lui, c’est le fils d’un roi légitime dont la tête est mise à prix par les fils de l’usurpateur devenus légitimes à leur tour. Le dernier rejeton d’une race superbe fuit au désert, s’abrite .s(^ des mines, dernier palais des proscrits. L’insecte qui vole, la feuille qui tombe le fait tressaillir: il écoute: n’a-t-il pas entendu les pas du Cimbre? Non, rassure-toi, j)rince infortuné; ce bruit qui t’effraie est celui d’un pied timide, d’un léger vêtement que le vent agite;' c’est une femme, c’est ta libératrice qui s’avance. Ce tableau de M. liouton est un de ceux où il a déployé avec plus de bonheur tout le secret de sou talent ; les objets, vus de plus loin que dans le tableau de .saint Louis, offrent plus de vague dans les tons, moins de force dans le trait, moins de rectitude dans les lignes, et c’est de cette sorte d’indécision qu’il tire son plus grand charme.
Couronnement du Tasseau moment de sa mort, dans le couvent de Saint -Onuphre , par M. Ducis, morceau .sagement composé, exécution un peu froide, couleur brillante. Ij'auteur y soutient la réputation
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que lui ont faite ses premiers ouvrages; mais il l'augmente dans son petit tableau de Vandick. C’est un sujet de peinture bien heureusement choisi que celui du célèbre élève de Rubens, âgé de seize ans , et peignant un tableau de saint Martin à la prière d'une jeune fille qu'il aime et qu’il consulte sur son ébauche. Ce joli ouvrage, remarquable par la grâce et la naïveté, mérite d’être cité au nombre de ceux du même genre qui font le plus d’honneur à cette exposition.
J’ai fait comme les autres, j’ai laissé le mérite modeste se morfondre dans la sallc^d’Apollon; et si l’on n’avait pas transféré dans la grande galerie le petit saint Jean de M. La Croix , il est très probable que je n’aurais pas fait mention d’un ouvrage qui annonce beaucoup de talent: M. I.a Croix est élève de M. David; on le reconnaît à la pureté de son dessin, à la grâce de son pinceau, peut-être un peu timide, mais où le grand goût et la manière du maître se font pourtant sentir. Une tête de saint Jean-Baptiste du même auteur me semble promettre un peintre d'histoire.
École de Lyon, — Aux beaux jours de la peinture en Italie, cette contrée, divisée en petits états, comptait autant d’écoles que de capitales ; les écoles romaine, florentine, vénitienne, lombarde, celles de Fcrrarc et de Bologne fleurissaient en même temps : les capitales sont des foyers de chaleur né-
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ccssaircs pour faire éclore les fleurs et mûrir les fruits (les arts : voici cependant une exception , une espèce de phénomène dans un état monarchique ; il existe en France une seconde école qui se compose de plusieurs peintres de Nîmes , d’Aix , de Marseille, de Grenoble, de Lyon, et à laquelle on peut déjà donner le nom de cette dernière ville, en l’honneur de M. Richard qui tient le premier rang parmi ses fondateurs.
L'ennilage de Vnucouleurs est fait pour soutenir la réputation de ce peintre, que doit accroître son tableau de Tanneguy du Clidlel. Cette composition, plus vaste qu’aucune autre du même auteur, lui a donné l’occasion de déployer un talent d’un ordre plus élevé; son beau coloris n’y a rien perdu de cet éclat, de cette vivacité qui fixèrent l’attention sur ses premiers ouvrages : dans l’exécution de ce tableau je ne trouve à blâmer que ce drap qui forme, contre toute vraisemblance, une espèce d’auréole autour de la tète du jeune prince: un chien, emblème de la fidélité est auprès de Tanneguy ; mais ce chien est un lévrier: le peintre a-t-il voulu faire une épigramme sur la fidélité des courtisans?
Les jeunes mères paient un doux tribut d’attendrissement au talent de M. Génod, de Lyon, devant son tableau du Petit malade; mais celui de la Bonne mère (intérieur de cuisine) lui donne encore plus de droit de prendre rang , ainsi que M. Bonnefond ,
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parmi les fondateurs de l’école lyonnaise , qui d’ailleurs se rapproche beaucoup de l’école flamande.
— La manière de M. Boilly lui appartient; c’est peut-être un mérite; il prend ses modèles dans une nature un peu bourgeoise ; mais , du reste , il y a de la naïveté, de la vérité dans ses compositions; et l’on peut eu juger par son Entrée du théâtre deCÀmbigu-Cowique , un jour de représentation gratis; ces gens-là se pressent , se poussent , s’écrasent et on les laisse faire. M. Boilly n’a omis aucune des circonstances qui ajoutent à ces plaisirs populaires tout le piquant du danger. Un gendarme dont le cheval étouffe une pauvre femme; un autre gendarme à pied, prêt à frapper un citoyen de la baïonnette; des curieux qui regardent froidement cette mêlée ; ils sont venus là pour entendre les cris des enfants et des femmes, les jurements des hommes, pour compter les blessés et les étouffés , s’il y en a ; ils pourront dire: “J’y étais, je l’ai vu» : espèce de triomphe dont les Parisiens ne jouissent pas toujours avec assez de modestie.
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