‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 17 sur 67 · PORTRAITS · texte numérisé non relu

PORTRAITS

M. PnuDiiON. — Je n’ai point parlédeson Assomption de la Vierge; elle est arrivée un peu tard, et peut-être la critique y trouverait-elle quelque chose ê reprendre, ne fùt-cc que cette grâce mondaine qui n'est pas tout-à-fait celle dont Gabriel fit compliment à la vierge Marie. Quant aux deux portraiLs exposés par M. Prudlion , sous les numéros y 2.3 et 1 ) 24 , ils offrent, à mon avis, tous les genres de mérite: pureté de dessin, coloris brillant, expression vive; ce n’est point de la peinturc, c’est de la chair , c’est de la vie.

^1. Géüaho. — Le portrait en pied de madame la duchesse d’Orléans et du jeune duc de Chartres , est une composition savante; à la suavité du pinceau, à l’élégance du style, on ne peut y raéconnaîtj'e la main d’un grand peintre; cependant M. Gérard a fait mieux, et le souvenir m’eu est resté.

M. Paulin Guéuin. — Ce peintre d’histoire a exposé dix-huit portraits; il est vrai que, pour ne pas trop déroger, il n’a peint que des princes, des ducs, des marquis, des comtes et tout au moins des barons. Il me semble que son pince,aii trop ferme , manque parfois de souplesse; que sa couleur assez franche est souvent pâle et blafarde. Ce peintre ne pousserait-il pas trop loin la fidélité de la

Digilized by GoogI

SALON DE l8ig. 187

ressemblance? Si son modèle fait le fier, porte la tête haute et rejjarde les gens du haut en bas, il nous le montre sur la toile aussi gourmé qu’il l’est dans son salon. Les traits d’un autre portent-ils une expression qui n’est pas celle de la tempérance , M. P. Guérin ne manque pas de mettre le public dans le secret de ses habitudes domestiques; M. Isabey et la jolie marquise de C. . . n’avaient rien à craindre de sa fidélité scrupuleuse ; mais la jeune dame lui reprochera de lui avoir entortillé, et presque lié les bras dans son scball.

Mademoiselle Boüteillier. — Rien de plus agréable , de mieux ajusté que ce portait d’une dame, vêtue d’une robe rose, et appuyée sur un tronc d'arbre : un peu moins d’affectation dans l'attitude, et cette figure serait parfaite.

Madame Ciieradame. — Ses deux portraits de généraux sont remarquables par la pose noble et simple, par l’expression calme qui sied si bien à la valeur. Ce sentiment des convenances, que n’ont point oublié les peintres de nos héros français, n’a point guidé le pinceau des peintres chargés de reproduire l'image des guerriers en habit vert. Ceuxci ont le sabre au poing , la colère dans les yeux , et semblent encore menacer les passants.

M. Robert Lefèvre. — .Tamais la palette de ce peintre n’a versé tant de trésors sur la toile! Voyez un peu ce portrait, n° 962. Assise dans un fauteuil

BEAUX-ARTS

doré ; les pieds sur un tabouret doré ; tenant un livre doré sur tranche et sur reliure; vêtue d’une robe dorée par-devant, dorée sur les manches , dorée en haut, dorée en has ; coiffée d’une toque brodée en or; chargée de rubis, d’émeraudes, de saphirs, de perles, que cette femme est riche!

M. Rixson. — Robe de velours noir bordée d’une simple fourrure, toque noire, avec une seule plume blanche, scball uni jeté négligemment, taille élégante, physionomie douce, spirituelle, expressive, main blanche et pied furtif, attitude naturelle et gracieuse ; que cette femme est belle !

M. Berthon. — 11 n’est pas plus prudent de fâcher un docteur qu’une belle; j’approche de l’âge où l’on attend plus souvent les visites de l’un que les visites de l’autre ; je me bornerai donc â dire que le docteur n° 82 , est on ne peut plus ressemblant; qu’il est assis nonchalamment dans un fauteuil doré, qu’il a les plus jolies croix du monde, un cordon noir plus large que celui du père Élysée, des manchettes et un jabot à dentelles superbes ; ee qui n’empêche pas que M. A. ne soit un homme spirituel, un convive aimable, et un médecin très habile.

Mademoiselle Maüdüit. — Il serait peut-être difficilededireàcettedemoiselleplus de bien qu’elle ne pense de son tableau d'Henriette de France : l’espère être plus heureux en lui parlant de son portrait de feue madame de Fumel; la foule ne

SALON DE 1819. iSq

s’est point arrêtée devant , mais il n’est pas un connaisseur qui n’ait été frappé de cette vérité d’imitation , de cet art de rendre non seulement les traits, mais la physionomie, mais le caractère, mais l’ame de son modèle : ce portrait est un véritable chefd’œuvre , et serait le premier de l’exposition de 1 8 1 9, si l’on n'y voyait pas celui de feu M. Pagnest. — Ici l'imitation disparaît, c’est la nature même : les traits, l’attitude du personnage, sa manière d’être habituelle, ses vêtements, sont des miracles que n’expliquent pas assez la patience du peintre et le temps qu’il a mis à terminer cet inconcevable portrait.

Page 1