‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 18 sur 67 · TABLEAUX NOUVEAUX · texte numérisé non relu

TABLEAUX NOUVEAUX

miniatures, dessins.

Si le Salon continue à s’enrichir des tableaux qu’on en retire et de ceux qu’on y apporte, jamais il n’aura été plus beau que le jour de sa clôture ; on y vante par-dessus tout deux morceaux qu’on n’y voit pas encore, et qui n’en brillent que davantage;

adeb prœfulgebant ; l’un est encore le secret de

l’auteur, l’autre est déjà révélé aux amis du peintre, qui, s’il faut les en croire, a renouvelé le miracle de Pygmaliou: nous verrons; ne cherchons pas quels motifs ont retardé l’exposition des deux chefsd'œuvre présumés, de peur de découvrir un petit

HKAL’X-AIITS.

mystère d’amour-propre qui n’ajouterait rien à la considération que l’on doit à de grands talents. Ce sont les ouvrages qu’il s’agit de juger.

Ku attendant ceux de MM. Cérard et Girodet, occupons-nous de quelques productions nouvellement exposées.

Encore un Horace Vernet! encore un tableau cliannant ! rien n’égale I beureuse fécondité de ce peintre improvisateur: la foule se pressait devant le jeune Trompette , tué sur le champ de bataille , et près duquel s’arrêtent son cheval et son chien, lorsqu’une nouvelle scène militaire du même auteur est venue partager l’admiration. Des voltigeurs français, retranchés derrière un épaulement, sont attaqués dans leur position, r.es assaillants sont-ils nombreux? Un serre-file cherche à s’en assurer en regardant par-dessus la tête des voltigeurs au moment où ils fout feu. L’attention de l’officier est fortement attirée à la droite du tableau, vers le point où l’ennemi débouche. C’est un prodige de vérité que cette figure qui porte en sautoir une capote roulée; la pose, l’ajustement, l’expression, tout est parfait: il ne faut pas seuleineut avoir vu des soldats, il faut avoir été soldat soi-même avant qu’on fil fa paix, pour les peindre avec cette inconcevable fidélité: il y a des choses que le génie ne devine pas.

Une scène naïve, trop naïve peut-être, se passe

SALON DK 1819. l 4 l

sur le premier plan, où deux tambours accroupis pauseut le chien barbet du trompette mort, que nous avons vu dans l’autre tableau auquel celui-ci sert de pendant. L’animal est blessé sur le haut de la tête: à la vue de ce groupe, j’ai entendu dire à beaucoup de spectateurs: «Ab! le pauvre chien!» je n’ai entendu dire .-i personne: «Ab! le pauvre trompette! » La sensibilité a ses secrets, le cœur humain ne gagnerait rien à les découvrir.

La générosité d’Alexandre envers Apelle me parait plus grande que celle dont il usa envers la femme et la mère de Darius ; il est plus aisé de pardonner à la famille d’uii prince que l’on a tué et dont on a envahi les états, que de céder une maîtresse charmante au rival qu’elle préfère. M. Langlois, |>our ajouter au mérite de l’action royale, a représenté Alexandre dans la première jeunesse, et il a fait Campaspe assez jolie pour qu’on lui tint compte du sacrifice. La figure d’Apclle est à-peuprès celle que l'imagination prête à un artiste grec; mais Campaspe, mais Alexandre, ne sont-ils pas un peu français? on l’assure, et je n’ai pas le courage d’en faire un reproche au peintre; où trouver ailleurs de meilleurs modèles de grâce et d’héroïsme? Le pinceau de M. Langlois est moelleux et suave, son coloris doux et brillant; cela est bien, mais ce n’est pas mieux ; il manque là quelque chose : c’est peut-être l’inspiration.

lîEAUX-AUTS.

Plusieurs personnes n’ont vu qu'une figure cl étude dans le Jérémie de M. Schnetz , pleurant sur les ruines de Jérusalem ; en effet on peut croire que cette pose a été choisie par le peintre pour faire briller ses connaissances anatomiques; mais cette figure d’étude prend un grand caractère historique quand on l’examine, sous le rapport de l’expression, de la douleur profonde qui anime la tête du lamentable prophète, absorbé dans scs méditations. La couleur de M. Schnetz a de la vigueur, et sa teinte un peu cuivrée annonce un peintre appelé à traiter avec succès les scènes orientales.

1m nouvelle de la victoire de Marathon ! c’est dc'ja se montrer peintre d’histoire que de choisir un pareil sujet.

« La ville d’Athènes, abandonnée à la garde des « vieillards, des femmes, et des enfants, n’attendait « que le fer et la flamme de l’ennemi , lorsqu’un de ■' scs guerriers arrive haletant des champs de Mara- « thon , annonce la victoire et tombe mort aux Il pieds des magistrats, n Voilà ce que M. Couder fait dire à la notice; maintenant voici ce que dit son tableau.

Un guerrier blessé élève en l’air une palme .sanglante, et tombe sur son bouclier, comme un homme atteint d'un trait mortel et que la gloire couronne. Une femme (à Sparte, j'aurais dit son épouse) étend

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ses bras, non pour recevoir le héros dans sa chute, mais pour remercier le ciel et répondre à ce cri : Nous sommes vainqueurs ; car en ce moment tous les seutimcnts sont pour la patrie ; le deuil des familles se renfermera dans les foyers domestiques. Des femmes, des enfants accourent; des vieillards, courbés sous le poids des ans , se bâtent avec plus de lenteur : mais j’aperçois parmi ces groupes de jeunes gens déjà en état de combattre , des hommes encore dans la force de l’âge ; ils ne sont ni magistrats ni prêtres; que font-ils là? Leur place était à Marathon , et je les tiens pour déshonorés aussi longtemps que je ne connaitrai pas le motif qui les a retenus dans les murs d’Athènes.

Tous les personnages me paraissent bien calmes, bien froids pour une si vive émotion, .lamais sujet plus noble , plus touchant ne s’est offert à l’imagination d’un peintre; M. Couder ne paraît l’avoir bien senti qu’en peignant le guerrier, qui n’a voulu mourir qu’après avoir annoncé la victoire.

■Ap rès les rois, disait un de nos collègues dans la dernière livraison de la Minerve, ce qu’il y a de plus ingrat, ce sont les peuples. » L’exil des cendres de Phocion est un des traits les plus affligeants de cette haine aveugle et féroce à laquelle les hommes les plus vertueux , les plus utiles , n’ont pas toujours échappé , même dans les républiques.

i!i;.vi;x-AUT.s.

I/action pieuse de cette femme de Mé{;are qui emporta dans le pan de sa robe les ossements de l’Iioeion, et leur donna la sépulture près de l’autel de ses dieux domestiques, fut célébré par Plutarque et vient d’être représentée par M. Meynicr. Les instruments qui ont servi à creuser le dernier asile du (;rand homme, le rameau de cyprès, l’eau lustrale, sont auprès de la tombe; la famille est en prière; toutes les circonstances expliquent le sujet et concourent à le rendre plus touchant ; la fijjnrc de la jeune fille à (jenoux est belle, de cette beauté virjjinale dont le type ne se trouve guère que dans les statues grecques : il y a de l’indignation dans la douleur de son jeune frère; mais, à ces deux personnages près, tous les membres de cette famille ont des formes colossales, et semblent appartenir à la race des géants. Cette exagération , dont je ne m’expli<|uc pas le motif, ne m’empêche pas de reconnaitre, dans le tableau de M. Meynier, l’ouvrage d’un de nos plus habiles peintres.

.Fe ne sais comment , eu parlant des ninnnes, j’ai pu oublier celles de M. L. Garnerey : il est vrai qu’il est assez difficile de les découvrir derrière la porte de l’antichambre du Salon où on les a cachées.

11 est certain , cependant , qu’un double intérêt s’attache à la personne et au talent de ce peintre, qui n’a eu d’autres maitres que la nature et le mal-

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