‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 34 sur 67 · DE M. 110 U A CE VEU A ET · texte numérisé non relu

DE M. 110 U A CE VEU A ET

Tuiift les («oilu à-b'fuis m>iii cutrrs dans son ame.

Voi.TAinE.

Je ne connaissais pas encore M. IJorace Vernet, cl j’avais le désir de me lier avec nn artiste dont le pinceau brillant et les pins simples croquis attiraient dt'ja raltenlion de tout ce qui, parmi nous, aime encore les arts et la patrie. Un de ses amis, peintre estimé, me donna pour lui, il y a quelques années, une lettre de recommandation. Je ne perdis pas un moment pour en faire usafje, et, à mon {»rand étonnement, je pénétrai .sans peine jusqu’à l’endroit où travaillait ce jeune peintre.

Ea solitude, la tranquillité, le mystère même, m’avaient toujours semblé néces.saires aux méditations du talent. Je m’étais fait d’Horace Vernet l’idée d’un homme ab.sorbé dans l’étude de son art, recueilli en lui-même, ploufjé dans tm profond oubli du monde extérieur, et accumulant dans la .solitude les richesses qu’il prodiguait dans scs tableaux.

SALON d’HOHACE VKUNET. >.2I

•le montais d’un pas timide, je craignais de toucher le pavé, et de troubler l’homme supérieur dans ses rêveries ou dans ses créations. .l’avais vu taut de gens s'enfermer pour tailler des plumes, ou pour préparer leur palette, afficher, par des airs profonds et une retraite mystérieuse, leurs prétentious au génie, que je m’étais accoutumé, comme le vulgaire, à attacher l’idée de supériorité au besoin du silence et du recueillement.

Cependant, à mesure que j’avam^ais, j’entendais un bruit confus; il augmentait à chaque pas ; et, en approchant du sanctuaire, c’était un tapage plus bizarre et plus incohérent que le célèbre concert de .Fean-.lacqucs. .l’entr’ouvre la porte.... Quel spectacle!... .le re.ste immobile d’étonnement.

l^ne foule de jeunes gens occupaient dans les attitudes les plus diverses tous les coins de la salle, et jtaraissaient, comme dans les classes où les écoliers sont mis en retenue, livrés à tout le désordre des amusements les plus bizarres.

Deux des assistants faisaient des armes, l’im la pipe à la bouche, l’autre vêtu d’un grand sarreau de toile bleu. Celui-ci donnait du cor, et ses joues, énormément gonflées, m’eussent averti de la quantité d’air qui s’en échappait, si mes oreilles, déchirées par d’effroyables sons, n’avaient rendu tout autre avertissement inutile ; celui-là soupirait une

roiiiaiico; «:rt aiitix- hnitnit la jjénorale ; il yen avait (l’assis, (le levés, d’accronpis dans toutes les situations et dans toutes les poses.

Un jeune liomine lisait à haute voix un journal au milieu de ce chaos, un autre peij'nait, un antre dessinait. Parmi les acteurs de cette .scène tumultueuse, SC trouvaient des militaires de tout {jrade, des artistes, des virtuo.scs, une chèvre, un chien, un chat, un singe, et un .superbe cheval.

linagiu(;z, si vous pouvez, quelle sorte d’harmouic devait ré.sulter de cette confusion; joignez les roulements de la caisse aux éclats du cor, au cliquetis des fleurets, au trépignement du cheval, aux gambades du singe, aux iniaulcnicnts du cbal, et atix aboicmeuts du chien; donnez à tout cela pour accompagnement les ris et les murmures des groupes, les discussions militaires, et le chant delà romance : peut-être vous ferez-vous une idée de l’effet de cette inconcevable symphonie, .l’entrai.

Ij’un des combattants posa son fleuret, secoua .sa pipe, ets’avaiu;a vers moi. C'était M. Horace Vernet.

C’est ainsi, m’a-t-il dit depuis, que se passent dans .son atelier les heures de sa vie les plus laborieuses.

f-C TABLEAU.

C’est la scène que je viens de décrire Horace

Vernel s’escrime avec M. Ledicu, son élève. Le

Digilized by Goc^lc

SALON d’iIOUACL VERNKT. 2i3

brave colonel firo fumeiiii cifjare axecM. Lanylois, l’iiii des plus habiles élèves à'IIorace. Le jeune bouillie, qui a le coude appuyé sur une table, et ipii donne du cor , est Euyène Lnmi, autre élève A' Unrace Veruel, et dessinateur plein de n.aiveté et de finesse. Ce boxeur, c’est M. Mnnlforl; cet autre, c'est M. Jemeruille. .Fe reconnais M. Couturier Sainl- Clair, officier d’état-major, M. Lariboissière , et le {jénéral Boyer; celui qui est a.ssis et qui tient un buste, c’est le docteur Hérault, professeur d’anatomie. M. /Inicdée de Beauplan chante une des romances gracieuses, dont il a composé les paroles et la musique. Ces deux aides-de-camp sont M. le baron Atthalin et M. de Montcandlle. M. de Forbin, directeur du Musée, tranquillement assi^* sourit aux jeux et au vacarme de l’atelier.

On conçoit difficilement que l’auteur de ce tableau soit parvenu à rendre le tumulte et la confusion, la joie si vive et si bruyante qui anime cette scène bizarre. Des selles, des pistolets, des chapeaux de toutes formes, des armes de tout genre, des raquettes de paume, des harnais, des palettes, sont suspendus en trophée à la muraille. Dans un coin de la salle, j’aperçois le buste de .loseph Vernet, et plus loin le tableau de Paul Emile, sur lequel M. Carie Vernet, si célèbre pour les chevaux et les batailles, fut reçu à l’académie de peinture en i

Tant de portraits d’une ressemblance parfaite et

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firieincnt traités, une ctonnautc vivacité de couleurs et une pureté de dessin presque inconcevable, une lumière qui éclaire tout, sans contrarier aucun effet, un air qui circule parmi tant de personnages; enfin la grâce, la vie, le mouvement et le charme, • voilà ce qui fait de ce tableau de chevalet, une des

plus jolies et des plus précieuses compositions qui aient été exécutées.

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