‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 36 sur 67 · BEAUX-ABTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ABTS

Du merveilleux.

L'austère vérité doit être bannie d’un théâtre où tout est prestige, où tout a pour but de fasciner le cœur, les yeux, les oreilles; le merveilleux en est la raison ; mais comme elle , il tend à affoiblir l'intérêt qui repose uniquement sur le jeu des passions humaines. Quelle tirainte puis-je avoir pour les jours d'Jcliille, si vous me le représentez invulnérable? quelle espérance me reste-t-il de voir couronner les amours d'^lys et de Sangaride, si vous donnez à cette nymphe une déesse pour rivale? Je frémis à l’aspect d'Orosmaue levant le poignard sur le sein de Zaïre; mais j’entends sans 1^ moindre émotion la plainte de l’immortelle Vénus blessée par Diomède. Dans l’opéra, comme dans le poëine épique, les dieux, les fées, les génies, peuvent intervenir dans les affaires des hommes, s’associer à leurs plaisirs , à leurs vengeances; leur puissance peut être un des ressorts de l’action; mais elle ne doit pas en être l’objet. Cette régie importante du poëmc lyrique est 1^ seule que Quinault ait méconnue, et c’est à ce défaut qu’il faut attribuer le peu d'intérêt qui règne dans la plupart de ses opéras, restés modèles sous tous les autres rapports. Armide et Roland, auxquels ce reproche n’est pas applicable, sont aussi ses meilleurs ouvrages.

ESSAI SUR l'opéra FRANÇAIS.

Après avoir indiqué l’emploi du merveilleu.\ comme moyen, et non comme principe d’action du drame lyrique, j’ajouterai que tout .sujet historique, assez merveilleux par luimê-mc , et, si j’ose m’exprimer ainsi , d’une vérité assez fabuleuse, pour pouvoir se passer de toute intervention surnaturelle, est celui qu’il faut choisir de préférence, comme plus propre à exciter l’intérêt, dont l’admiration peut distraire, mais qu’elle ne saurait remplacer. Ainsi le Combat des Géants produira moins d’effet sur la scène que la Conquête du Mexique ou le passage des Thermopyles ; la douleur maternelle d'IJécube y sera plus vivement sentie que celle de Cciès, ou de Niobé; et Didon abandonnée fera partâ(jer ses douleurs à ceux qui resteront insensibles au désespoir de Calypso.

L’histoire n’offre malheureusement qu’un très petit nombre de sujets, où la vérité se montre avec cet appareil de grandeur, avec ces proportions surnaturelles qui subjuguent à-la-fois tous les sens, et l’emportent sur tous les prodiges de l’imagination.

Je ne connais sur la scène lyrique que trois ouvrages couronnés par un grand succès, qui se soutiennent par la seule force de l’intérêt et de la vérité; ce sont des exceptions; l’erreur est d’avoir voulu en déduire des régies et en former un genre. Je veux parler de la tragédie lyrique.

nEAUX-ARTS.

De la tragédie lyrique.

GV'sl aux Italiens que l’on doit cette malheureuse idée de dépayser Melpoméne, et de la transporter d’un théâtre , où tout se passe , comme dans la nature et dans l’histoire, sur une scène, où tout, jusqu’au langage, doit être enchantement, prestiges, et merveilles. Deux hommes de génie. Métastase et Àpostolo Zeno, à défaut de théâtre et d’acteurs tragiques dont ritalic a toujours été privée, résolurent de réunir deux genres très distincts, et de substituer l’art du chant où leurs compatriotes excellent, à , celui de la déclamation qu’ils ignorent; ils composèrent des tragédies lyriques, et l’Italie, avec de bons poèmes et d’excellente musique, peut se vanter d’avoir le plus insipide , le plus ennuyeux des spectacles. Comment concevoir en effet quelque chose de plus choquant, de plus absurde, que d’entendre discuter en duo, en trio, en cavatines, ces grands intérêts nationaux, ces intrigues de cabinets, CCS sombres complots de la politique et de l’ambition , sur lesquels se fonde la véritable tragédie? Les prodigieux talents des Métastase, des Mozart, et des Ciraarosa réunis, parviendront -ils à surmonter la fatigue et le dégoût qu’éprouve tout être raisonnable, à entendre Horace, Mithridate,

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