DANSE ET DÉCORATIONS
La perfection de l’opéra résulte moins de la perfection de toutes les parties qui le composent, que de leur harmonie. 11 en est de ce genre de spectacle comme d’un orchestre où des instruments admirables peuvent se faire entendre, sans contribuer en rien à rendre le concert meilleur. Dans ces derniers temps, la dan.se a fait des progrès immenses; mais, trop isolée de l’opéra, elle a voulu briller seule, et n'a fait que nuire au lieu de servir.
liCS poses les plus belles et les plus gracieuses, les pas les plus étonnants sont inutiles, s’ils ne concourent pas à l’action du poème. Le véritable chorégraphe distribue ses masses, fait agir le peuple, imite sur la scène les mouvements tumultueux d’une révolte , le délire d’une bacchanale, le tumulte voluptueux d’une fête , la marche d’une armée. Certes pour imiter avec vérité , pour représenter d’une manière pittoresque et frappante , ces évolutions , ces mouvements, il faut beaucoup de talent, d’étude, et niètne de génie; et quand on a cette tâcbe à remplir, il n’est pas besoin d’avoir recours à ces danses postiches, espèces de scènes à tiroir; à ces
ESSAI SU» LÜI'ÉIIA EKANÇAIS. 279 pas qui peuvent se placei' [>ar-tout, et qui ne servent qu’à faire paraitre un danseur d’office , dont la présence inattendue détruit runité de l’ouvrajîe.
Je ne parle pas du système absolument faux de ce qu’on appelle ballets d’action, des pièces, où l'on ne fait que danser, divisées en trois actes et remplissant une durée de trois heures, fatigueraient l’attention la plus persévérante, lai ballet d’action ne devrait avoir (jti’un acte, d’est la mesure de l’attention qu’un public raisonnable jieut prêter à un genre de divertissement où les yeux seuls sont intéressés.
Les ballets, placés dans un opéra, ne sauraient être trop étroitement unis a l'ouvrage. Faire asseoir le prince, afin que la danseuse à la mode exécute devant lui quelques pirouettes, est une des mauvaises plaisanteries les plus communes, auxquelles ait été exposé le public de l'opéra. Schiller, en plaçant une fête dans son drame de Fiesqiie, et faisant de cette fête le centre de la conjuration , a indiqué la place d'un ballet d’opéra, et la manière dont il doit le rattacher aux corps de l’ouvrage. Ou doit citer les .séductions des nymphes d’Arniide, la bacchanale des Dana'ides, la conspiration des Bayadères, comme des exemples de ballets vraisemblables et qui augmentent l’intérêt de l’opéra. Les danses dans OFdipc , dans Orphée , dans Alceste , où il s’agit de funérailles et de douleurs immortelles.
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sont extii'incment ci<’placées ; le clioréj'raplie doit s’occuper de cette sorte d’action , mais iini(jucinciil pour en disposer les plans, et en grouper les détails.
Le cliorcgra|)lie est un véritable peintre qui trouve scs figures toutes faites, et qui n’a qu’à les poser. Toutes les res.sourccs de la peinture lui sont offertes; il n’y a rien qu’il ne puisse tenter. N’accusez (pie la stérilité de son génie, si vous ne trouvez ni inveulioii, ni grâce, ni é'clat dans les tableaux mouvants qu’il vous offre. S’il a nourri son esprit par l'étude, comme M. Milou, il vous donnera une idée exacte (b's mœurs du pays où ,sc passe lasct'me; .s’il a, comme Dauberval , de la gaieté et de la verve, il ajoutera des traits muets et piquants à la gaieté du dialogue; s’il est plein de grâce et d’imagination, comme M. C iardcl, il excellera dans les ballets mytbologiques, et dans ceux (jui entrent comme partie essentielle dans la composition des drames lyriques.
Le cboréîgraphe décide du costume. Dans cette jiartie, comme dans les décorations, on ne peut apporter une vérité trop exacte, une l\délité trop sévère. Que l’opéra soit un tableau ou plutôt un miroir des mœurs de tous les peuples. Si vos Persans portent riiabit des Romains, vous détruisez d’un seul coup toute l'illusion que vous alliez produire. Les gestes mêmes et le dessin des pas, ont un caractère national que le eboré-graphe doit étudier et .suivre.
Celle vérité trop négligée de notre temps, a fait admettre dans tous les ouvrages une danse de meme genre ; c’est une faute grave et à laquelle on ne peut remédier trop tôt.
Que le décorateur s’attache à la inêiiie variété de costume. Qu’il reproduise les sites et les souvenirs tels qu’ils existent, tels qu’ils ont existé , en se contentant de les embellir du prestige de son art. 11 ne peut trop vivement frapper la vue et l’intelligence; il ne peut trop s’empreindre pour ainsi dire de la couleur locale.
Messieurs Degotti , Cicéri , et üaguerre , ont porté à toute sa hauteur l’art de peindre les décorations; mais en tout ce qui regarde la mécanique théâtrale, non seulement l'art u a fait aucun progrès, mais à (juelques égards il a rétrogadé , du moins à en juger par les deseriptions qui nous restent des prodiges qui s’exécutaient àl’Opéra.sous le rcgnedeI..ouisXlV .
Ces lambeaux suspendus et balancés par le vent, donnent-ils une idée du ciel qu’ils sont censés représenter. Pour arriver à une sorte d’illusion ne pourrait-on pas diviser leciel en parties parallélcset jointes ensemble, dont chaque portion serait susceptible de rentrer dans son tiroir, pour faire place à la descente des gloires et aux mouvements des vols, que l’on peut avoir besoin d’exécuter.
l ’n défaut du même genre a été observé depuis long-temps dans la manière d’éclairer la scène. C’est
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d’en-bas que s’élève le jour, et c’est derrière les acteurs ou au-dessus de leur tête que le soleil se montre. Si l’ombre des édibces se projette et semble annoncer la présence de l'astre au fond du théâtre, la rampe contrarie cette disposition , éclaire les acteurs en dessous, les défigure, grossit les traits, ouvre les narines, prête aux yeux une expression désagréable. L’invention du gaz pourrait fournir une solution à ce problème. Peut-être en disposant une rampe ou un tuyau horizontal au-dessus de la toile du fond, et d’autres dans des directions différentes , parviendrait-on à éclairer les objets comme ils le sont dans la nature.
.le quitte avec regret un sujet que j’aime et que j’aurais voulu traiter avec plus de développement; mais l’âge arrive , le temps me presse et m’avertit que je dois laisser à de plus jeunes mains le soin d’acliever et de décorer ce palais magique des voluptés, dont le génie des arts n’a encore posé que les fondements.
Dans plusieurs de mes opéras j’ai introduit quelques innovations, que le succès a couronnées; je serais heureux de penser que ces tentatives en inspirassent de plus hardies , et que j’eusse favorisé de nouvelles découvertes , dans un monde qui a aussi ses terres australes.
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