‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 41 sur 67 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Louvre — Aveu d'un Journaliste Anglais. — Progrès de l'industrie en ETance.

«Imaginez, disait un journaliste anglais, après «avoir visité le Louvre, pendant l’exposition des «produits de l'industrie française, en i8iy, imagi- « nez vingt-huit salles du plus magnifique palais de • l’Europe, remplies de tout ce que peut inventer «le besoin, de tout ce que peuvent perfectionner « le goût et le luxe, de tout ce que le génie peut « créer, de tout ce que le talent peut exécuter. C’est «un véritable triomphe pour la France, triomphe « plus glorieux que tous ceux qu’elle a jamais obte- «nus. Dans ce pays, les arts marchent à pas de «géant vers la perfection. Des manufactures, eu- « core dans l’enfance il y a cinq ans, sont déjà par- « venues au plus haut point de développement : « d’autres, à peine connues l’année précédente, ap « pellent aujourd’hui les regards et l’attentiou pu- « blique. Dans les arts d’agrément les Français ont « toujours occupé le premier rang parmi les nations « industrieuses. Les voilà pour le moins au second U dans les produits des choses usuelles. »

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INDUSTHJE.

L'opinion d’un Anglais sur ces matières mérite d’être citée; c’est une industrie rivale qui juge notre industrie; c’est elle qui prend la peine de justifier notre enthousiasme national par les éloges que lui arrache la vérité.

Pour la première fois depuis vingt ans, nous avons vu s’ouvrir ce magnifique concours de l’industrie française.

Je n’insisterai sur l’origine républicaine de cette grande institution , que pour prouver que cette époque fertile en malheurs et en crimes n’a point été perdue pour la gloire nationale ; ce qui la distinguera dans l’histoire, de cette autre époque désastreuse de 1 8 1 5 , où les calamités ne trouvèrent aucun dédommagement, où le crime fut sans aucune compensation.

De tous les moyens qu’un ministre peut employer pour SC faire pardonner les fautes , et même, au besoin les viees de son administration, il faut avouer que le plus noble est d’occuper l’opinion publique d’un objet d'intérêt général. Ce fut donc à-la-fois une idée heureuse et une conception habile de M. le ministre de l’intérieur Decase que cette exposition solennelle des produits de l’industrie française. De quoi s’agissait-il en effet? De consoler la nation des revers de sa fortune ; de lui prouver que , dans le repos des armes, elle peut régner encore par les lois, par l’industrie et par les arts. Pour apprécier les

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droits de la faction oligarchique qui 'prétend nous imposer son joug, il suffit de cette seule remarque, qu’elle dédaigne l’industrie, et qu’elle est étrangère aux arts.

Une telle exposition de nos richesses nouvelles devait déplaire à certains hommes incorrigibles. L’on vit un journal , déjà perdu d'honneur, saisir cette occasion pour prouver que le commerce est le fléau des arts, que les travaux industriels .sont à mépriser, et les classes ouvrières dignes d’une pitié dédaigneuse. II était naturel que les ennemis de la révolution détestas,sent cette industrie, qui a grandi avec elle, et qui a suivi les progrès de la société tout entière.

Sous quelque rapport en effet que l’on considère aujourd’hui l’état .social, on ne peut nier les progrès immenses dont il est redevable à la révolution. .Te sais que cette proposition , d’une évidence mathématique, est formellement contredite par les vieux enfants qui s’intitulent hommes monarchiques; ou s’amuse à leur répondre : il suffit, je crois, de les mettre en présence des faits, sinon pour les convaincre, du moins pour les confondre.

Après avoir comparé la France à elle-même, à deux époques éloignées seulement d’un demi-siècle , il est impossible à tout homme <pii n’a pas renoncé à son bon sens, ou qui n’a pas l'intention de se moquer de celui des autres, de ne point avouer qxt’im

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régime à-peu-près constitutionnel a remplacé l’arbitraire; que la nation est plus heureuse; que le peuple est moins pauvre; que l instruction est plus généralement répandue; que les impôts sont plus également répai'tis; que la terre est mieux cultivée; que les arts libérau.x ont avancé vers la perfection, et que les arts industriels sont au moment de l’atteindre. Je ne parle pas ici de la gloire des armes; les hommes auxquels je parle ne manqueraient pds à leur tour de prouver, par le fait, qu’un jour de revers a détruit trente ans de victoires. Laissons-lcur ce funeste avantage , et contentons-nous de les inviter à triompher sur ce point avec plus de modestie.

Chacune des assertions que je viens d’avancer peut se prouver par des résultats; je me borne en ce moment à ceux qui constatent avec tant d’éclat les progrès de l’industrie nationale.

S’il est vrai que l’on voit toujours marcher d’un pas égal les besoins, l’industrie, et les connaissances ; s’il est plus certain encore que le peuple le plus et le mieux occupé est en même temps le plus libre et le plus paisible; le premier devoir d’un gouvernement sage est de protéger, d’encourager, les hommes utilement industrieux.

Les produits de l’industrie française ont été exposés dans les vastes salles du Louvre, qui jamais ne reçurent d’hôtes plus honorables.

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C’est au premier étage , dans les deux corps-delogis de l'est et du sud , que s’est faite l’exposition.

Les deux magniRques escaliers , ouvrage de M. Fontaines, ont reçu le premier tribut de l’admiration publique. C’est assez en faire l’éloge , que de dire qu'ils sont dignes de cette partie dn monument qui a placé Perrault au premier rang des arcbitectes. Un des chefs-d’œuvre de la sculpture moderne, YAjax de M. Diipaty, décore la partie supérieure d'un de ces escaliers.

Parmi les travaux intérieurs exécutés depuis quatre ans , j’ai remarqué le pavé en mosaïque des portiques de la colonnade , les plafonds et les parquets de plusieurs salles , et la totalité des croisées eu glaces , dont on porte la valeur à plus de cent mille francs.

Oui, ce devait être un spectacle affligeant pour les ennemis de la gloire française, que ce palais national, ce Capitole de la France, ce Louvre, si élégant, .si orné, si grave, .si magnifique dans ses détails et .si simple dans sou ensemble, la merveille peut-être de l’architecture moderne, devenu le sanctuaire de l’industrie nationale, et le dépêt de cette foule de merveilles qu’un peuple étonnant a enfantées au milieu de ses troubles publics.

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