‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 42 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Instruments aratoires. — Appareils de distillation. — Hateaii insubmersible. — ~ Pompes à feu.

Sans doute on ne s’étonnera pas que je m’arrête d’abord dans la première salle du rez-de-chaussée où se trouvent exposés des instruments aratoires, des ustensiles en fer, en plomb, en bois, dont le seul mérite est dans leur utilité, et qui n’ont de prix qu'aux yeux des amis de l’économie rurale et domestique.

Pour la plupart de ceux qui entrent avec moi, cette salle n’est qu’un passage j la foule se porte par le grand escalier aux salles supérieures, où brillent l’or et l’acier, où étincellent les cristaux, où flottent ces légers tissus qui l’emportent en beauté en finesse sur ceux de la Chine, de l’Inde, et de la Perse.

Mes regards se fixent d’abord sur le premier, le plus noble et le plus simple des instruments, sur la moitesli; charrue. Long-temps ignorée des cultivateurs, elle a rendu plus de services aux hommes que les travaux orgueilleux de vingt législateurs et de viugt rois. On a vu les habitants du Pérou passer de longues journées à donner à leurs terres un mau-

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vais labour, que la charrue aurait exécuté beaucoup mieux en beaucoup moins de temps; et dans ce siècle même, il y a encore au Sénégal, en Egypte, au Chili, des contrées entières, où l’on se sert de truelles, de cornes de bœufs, et d’épées de fer, pour remuer laborieusement une terre qui demein'c ingrate. Le bienfait de l’invendon de la charrue fut senti des Égyptiens, des Phéniciens, des Grecs, des Chinois, qui divinisèrent et adorèrent ceux de qui ils croyaient la tenir, Osiris, Dagon , Triptolème, et le successeur deFo-hi, Chin-Lough, qui adonné son nom à la Chine.

Elle n’est arrivée que lentement au point de perfection où nous la voyons aujourd’hui: d’abord un simple morceau de bois très long, et recouj'bé de manière à ce qu’une partie enfonçant dans la terre, l’autre servit à atteler les bœufs; ensuite une charrue à manche et sans roue ; plus tard un instrument de deux pièces, dont runc servait de soc et l'autre de timon, précédèrent la charrue telle que nous la connaissons aujourd'hui.

.le vois ici douze modèles de charrues, depuis l’arairc des llomains jusqu’à la charrue à double soc. 11 ne m’appartient pas de prononcer sur ces divers modèles, présentés par MM. Guillaume et Molard, sous-dircctcui's du conservatoire des arts et métiers ; dans ce genre d’industrie , la pratique et rexpérieuce sont les seuls juges irrécusables.

INDUSXBIE.

Les charrues de grandeur naturelle, construites sur les dessins de M. 3/b/fjnf/ jeune, sous-directeur du conservatoire des arts et métiers, et sous la direction de son neveu, sont à-la-fois simples et solides. Les pièces exposées au frottement sont en fer fondu ; d’où résulte le double avantage d’une plus longue durée de rinstriiment, et d’un usage moins pénible pour les animaux de trait. J’ai.remaixjué plus particulièrement celle des charrues du même auteur, qui se trouve munie de deux petites roues de fonte, destinées à régler la profondeur de l’en- Irure du soc : cette disposition m’a paru nouvelle et d’un bon effet.

M. Guillaume, déjà honorablement connu par les charrues qui portent son nom , en a présenté plusieurs auxquelles la société centrale d’agriculture avait accordé son approbation.

La charrue de l’invention de M. Paul Hanin est munie de deux socs superposés, dont le supérieur a pour objet d’enlever et de déposer au fond du sillon le gazon que le soc inférieur recouvre.

liC semoirà graines rondes, exposé par M..Sctpion Mounjue, est en usage daus plusieurs contrées de la France; mais il en a perfectionné la construction en le rendant propre à répandre à-la-fois la graine et la poudre d’engrais.

Le hacbe-paille de M. Hoyou a sur ceux d’Allemagne l’avantage de faire avancer la paille par le

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mouvement même de la lame qui sert à la couper.

M. Molard, dont le nom s’associe à la plupart des inventions ou des améliorations dont l’économie domestique et l’agriculture se sont enrichies depuis quelques années, a mis à l’exposition deux haches tubercules exécutées sur ses dessins, et qui n’exigent qu’un seul mouvement de rotation. Celui de M. Burette, d’un appareil plus simple, m’a paru eependant d'un usage moins facile.

MM. Crochard et Maupassant de Rincy, ont inventé deux machines singulières et très utiles, l’iiue pour fabriquer les bouchons de liège, l’autre pour faire des tonneaux à la mécanique. Ces deux inventious ont un avantage commun, c’est de donner des dimensions uniformes à leurs produits, et d’être, par-là même, fort utiles, soit au débit, soit au jaugeage des liquides.

On doit à M. Caitlon, mécanicien, l’ingénieuse machine propre à dresser et à faire les languettes, les rainures et les mordures sur les métaux, avec une grande facilité et une extrême précision. Cette invention précieuse a mérité à son auteur les éloges du comité des arts mécaniques de la soeiété d’encouragement.

Le même M. .Burette, dont j'ai parlé plus haut, a présenté au concours deux machines d’un assez grand intérêt: l’ime, dont l’expérience a coufîrnié les heureux résultats, est destinée à réduire en fa-

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rine les pommes de terre; l’autre, (jui sert à exprimer le jus des fruits, est faite (si j’ai été bien informé) à l’imitation de celle que M. Molard aîné, ruii des fondateurs du Conservatoire des arts et métiers, et membre de l’Institut de France, a pnl)liée avec gravure dans le Bulletin de la Société d'encouragement. M. Burette a substitué à la toile métallique sans feu , dont se compose la presse à cylindre de M. Molard, un manchon en tôle criblé de petits trous, et destiné à produire le même effet que la toile: je ne sais jusqu'à quel point ce procédé nouveau peut être considéré comme un perfectionnement.

M. Montgoljier a enrichi cette exposition d’une presse hydranlitpie de Pascal, disposée de la manière la plus simple, pour exprimer riiuile des graines; d’un bélier hydraulique applicable aux irrigations, et d'une machine à broyer les graines grasses entre deux cylindres, d’api'ès le procédé indicpié en 1 808 , au Bulletin de la Société d’encouragement, page 174» pat M- Molard ainé. Je crois cependant y avoir remarqué cette différence que les cylindres de la machine de M. Montgolfier sont animés de la même vitesse, taudis que ceux employés par M. Molard, avec des vitesses différentes produisent en même temps l’effet du laminoir et de la meule.

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Le inouliu à cribler le blé, de M. Moiissel, se fait remarquer par un assortiment de cribles de rechange que l’auteur y joint, et qui le rend propre à séparer les différentes graines.

M. le baron Caignard de la Tour a tiré un parti fort ingénieux de la vis d’Archiméde, pour conduire Ttiir sous l’eau : l’auteur a trouvé le moyen d’adapter à cette espèce de soufflet une machine acoustique qui produit des sons quand elle est mise en mouvement par l’air et l’eau réunis.

La machine à vapeur est portée à un degré de perfection qui laisse bien peu de chose à desirer. L’exposition nous en a offert un modèle construit à l’école royale des arts et métiers de Châlons; cette machine est combinée suivant le système de Wolf,

Saisissons encore une occasion de rendre bommage aux progrès de la civili.sation. Les moulins à vent et les moulins à eau appartiennent à l'Europe moderne: ce furent long-temps des bras humains qui tournèrent la meule. liC dernier et le plus malheureux des hommes était, suivant Mo'isc, « le premier né de la servante qui tourne la meule au moulin. » Chez les Grecs et chez les Romains, le besoin de moudre le blé pour le réduire en farine , consumait la vie de plusieurs millions d’esclaves. Rome, que le stupide Caligula avait privée de che-

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vaux et d’esclaves, pensa périr par la famine'. Le moulin était le snpplicelcplns affreux après l’exil’; et ce ne fut que vers la fin du quatrième siècle, que les moulins à eau et à vent, dont l’origine est incertaine, épargnèrent à l’humanité un supplice affreux, facilitèrent la mouture des grains, et assurèrent l’approvisionnement des pins grands empires.

.le m'arrête devant le tonneau pompe , dont M. Launay est l'inventeur, pour remarquer que les Français sont peut-être le peuple auquel la science liydraulique est le plus redevable. Les effets de la vapeur, si bien mise en oeuvre par l’industrie britannique, avaient été depuis long-temps calculés et appréciés par l’Académie des sciences de Paris. Ceux qui ont le mieux écrit sur la théorie de l’hydraulique (excepté le fameux et bizarre Schott) étaient des Français; Mariette , deGaux, Uélidor, de Chasles, etc., etc., etc. Les pompes à feu ont été inventées à Paris et perfectionnées à Londres et en Amérique. Notre destin, dans toutes les parties de la mécanique et de la science, est de créer et d'abandonner ensuite nos propres créations, coimne cet oiseau qui dépose ses œufs dans le sable et abandonne a d’autres le soin de les féconder.

' Voye^ Suétone

^ VMits «le Constantin. — Poésies d'Atisonc.

Olgitizod by

INDUSTRIK.

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