‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 50 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ïndiflérencc pour les inventeurs. — Typographie. — Progrès de cet art. — Famille Didot.

Par une inconséquence dont j’ai parlé plus haut et dont je ne me charge pas de rendre compte , le pays des inventions est celui où l’on fait le moins de cas des inventeurs : je ne sais pas si l’on citerait en France trois exemples d’auteurs de découvertes qui aient obtenu dans leur pays la récompense de leurs travaux. On a poussé plus loin l’ingratitude en les désignant au ridicule par des dénominations outrageantes: « C'est un homme à projet, c'est un faiseur, » signifie , en d’autres mots , dans le langage de la société, c’est un pauvre diable qui se tue à semer un champ où d’autres feront la moisson. Encore s’il travaillait pour scs compatriotes! Mais leur sot dédain le poursuit jusque dans ses succès ,

Digil'.

KNUUSTIUK.

et presque toujours e'est de l’étranger (jue nous raehetons, vingt ou trente ans après, une découverte j)récieuse dont nous avons laissé mourir riuvcntciir à l’hôpital : c’est ainsi que l’éclairage par le gaz hydrogène , la première idée de la pompe à feu , la machine à poulies, l’enseignement mutuel, l’art de fabriquer le pajucr continu, la mécanique propre à fondre des caractères d’imprimerie, et tant d’autres inventions, a|>rès avoir été trouvées en France, nous sont revenues ou nous reviennent de l’Angleterre, qui nous fait chèrement payer la réimportation.

fiCs deux dernières découvertes dont je viens de parler appartiennent à un membre de cette famille üidol, si justement et si anciennement célèbre dans l’art de la typographie.

Le berceau de cet art, malgré les recherches et les dissertations des savants, est encore enveloppé de nuages; on n’a que des docunieuts incertains sur les premiers pas d’une découverte qui devait changer la face du inonde moral. Mais une chose dont on ne peut douter, c’est que l’imprimerie passa long-temps pour un sortilège, et que ses inventeurs furent persécutés comme sorciers. Dans un acte passé par Guttemberg, à Strasbourg, on lit ces paroles; Giitlernbenjus de Mogunlià, possidens mirabilia et prodiyialia naturœ arcana : (Guttemberg de Mayence, possédant de merveilleux et prodi-

IMJUSTIIIK.

{»ieiix secrcls.) [^cs effets de cctlc découverte opcriV rent, il est vrai, des prodiges, et jamais hommes ne méritèrent mieux que Guttemberg et ses successeurs, de passer pour des génies surnaturels.

Les noms de ce Guttembery, appelé aussi Geiiisfleiclt , lie Jean Faust, de Laurent Coster, d Ulrich Gcring , Scliajfer , Anierbacb ; des F tiennes , des Plantines, des Mannees, des Juntes, des Morels, des ft'echeh, des Jean Froben, des Didat, des Bodoni, ont acquis une immortalité, que la philosophie consacTjL', et qui a pour hase l'utilité des hommes.

Une simple gravure fut legerincderimprimcric. Les (Chinois la pratiquaient il y a trois mille ans, et la pralitpient encore aujourd'hui dans cet état d’imperfection.

Dès que les caractères furent rendus mobiles, gravés en relief, et jetés en fonte, rinventiou de l’imprimerie se trouva consommée, l.cs premiers caractères hébreux, grecs, et latins, furent fondus par François I"; les premiers caractères arabes et orientaux sortent de l'imprimerie du Vatican. De nouvelles déeoiivertes semblent avoir porte cet art au point de perfection où il pouvait atteindre.

Les éditions Didot, connues de riiuropc entière , fout partie de notre gloire nationale. .le ne parlerai ici que de ceux des produits de cette industrie qui ont onié rex|)osition que je continue à décrire.

MM. Pierre, Firmiu, et Henri Didot, ont constaté

INUC8TIUE.

à cette exposition ce qui n était cependant plus Toi»jet d’un doute, la supériorité de leurs impressions, et la beauté de leurs caractères, résultant de la perfection de leurs inacliiues polyamalypes. Les Œuvres de Boileau, celles de Bacine, et la Henriade, exposées par M. Pierre Didot , sont des chefs-d'œuvre au-dessus desquels il est douteux que l’art typographique puisse s’élever.

M. Didot Sainl-Léijer vient d’en agrandir le, domaine; sa machine à fabriquer le papier continu , et à fondre les caractères, sont dignes de la plus haute attention. Ij’une était déjà connue par ses résultats en Angleterre; le modèle de la seconde est exposé au Louvre.

Cet habile artiste a employé vingt années de sa vie, et toute sa fortune, au perfectionnement de ces deux machines ; au moyen de la première, des papiers de toutes dimensions et de toutes qualités, dont il a exposé les échantillons, sont fabriqués sans ouvriers; d’une longueur indéfiuie , à la vitesse de soixante à deux ceuts pieds carrés par minute ; et ils peuvent, à qualité supérieure, se vendre beaucoup meilleur marché que les autres. L’expérience étrangère a déjà prouvé tous ces avantages.

Ija machine à fondre les caractères, dont j’ai longtemps examiné le modèle , est supposée fabriquer , également sans ouvriers, des lettres dont l’œil est

i.MnrsTniK.

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