‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 52 sur 67 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Du vorrc, dira les anciens cl les moilcrncs. — Instruniciits il'opliijuc et (le marine. — Miroim. — Carreaux-mosaïques. — Diainaots faux.

Il n’y a peut-être pas de produit de l’industrie humaine plus étonnant (juc le verre : transparent, il laisse apereevoir les objets extérieurs, et nous offre un abri sans nous priver de la lumière; poli , susceptible de recevoir mille formes diverses j il peut réfléchir, peindre, multiplier, dénaturer même tout ce qui se présente devant lui. On le taille , on le coupe, ou le perce, on le souffle, on le polit, on le dépolit, on le tourbe, on l’étame, on le grave , on le peint; il sert à tous les usages de la vie, il se prête à toutes les métamorphoses. Façonné en tubes, en ballons, en cuvettes, en globules, en fils déliés, en larmes, en masses, en surfaces plates, convexes, concaves, paraboliques, il conserve les liqLieurs sans leur communiquer sa substance, donne passage à la chaleur et à la lumière, réccle la plus douce et la plus pénétrante harmonie, reste impénétrable à tous les fluides , résiste aux acides es plus violents, nous aide à lire dans les deux.

IJinCSTItlE.

imite les plus préeiciix diamants , et met en fusion les métaux présentés à l’action de son foyer. •

On me pardonnera peut-être ce long panégyrique du verre; j’ai pour moi uu exemple célèbre et sacré. L’histoire rapporte que saint Pierre, se trouvant dans le temple dcTilc d’Aradus, où le vulgaire admirait de magniHqucs statues de Phidias, les regarda d’un œil indifférent , et donna toute son attention à de grosses colonnes de verre, qui soutenaient le fronton de l’édifice.

Le verre, chez les anciens , était un objet de luxe et d’agrément : chargé de peintures variées, il ornait les théâtres; noirci et poli , il servait à relever la blancheur du marbre de Paros, dans lequel on l’incrustait '; façonné en vases, il commença, sous Néron, à être d’un usage plus commun, bien qu’il fut encore réservé aux riches et aux prodigues. I^es Romains jouaient avec des balles de verre et avec des échecs de verres ’. Les sphères des astronomes opulents ^ , et les urnes lacrymales des riches , étaient de verre. Les modernes ont fait servir le verre à d’autres usages; chez eux il a remédié à la faiblesse de la vue, abaissé les deux et les astres, secondé rastroiiomic , l’optique, la peinture, et la navigation.

* f’oycz l’Iiue le naUii’atistc.

’ /'ojtfc (Jruter. 5 Kojcï Claudicn.

IMJUà I KIK.

Parlons d ’abbrd des instruments d’optique et de inaiinc que j’ai remarqués à l’exposition dernière. C’est sur-tout aux artistes qui clicrchcut ou qui sont parvenus à nous soustraire au joug d’une industrie étrangère, que s’adressent mes éloges; à ce titre, MM. lîehours et Jecker out droit d’y réclamer leur part : jusqu’à ces derniers temps, les Anglais sont restés en possession do fournir à la France , et au reste de l’Furope, tous les instruments d’optique et de marine dans la construction desquels entrait l’espèce de verre que l’ou nomme Jlint-fjlass. Dans la persuasion où l’on était que sa composition était le résultat d’un secret partieulier , ou a perdu beaucoup de temps et de soins pour le découvrir; on sait aujourd'hui , par d’heureuses expériences , que le fliiü-glassncst qu’un accident de fourneau , si j’ose m’exprimer ainsi: c’est-à-dire qu’il se rencontre par hasard dans la matière vitrifiée, et que l’art du verrier consiste seulement à le reconnaître quand il s’y trouve. Affranchi de ce premier tribut par les verreries nationales, et particulièrement par celles de M. Darlig , de Véncches (Ardennes) et du Mont- Céuis , M. Le Rebours n’a pas craint d’entrer en lice avec les plus habiles opticiens anglais; et dès ce moment il peut se vanter de marcher leur égal. Kntre antres instruments qu’il a exposés au Louvre, on remarque une liincUe achromatique de dix-hnit pieds de long, dont l’objectif a sept pouces quatre

INDUSTRIE

liffues de diamètre; un miroir ardent, propre à fondre les métaux, de cinq pieds de diamètre; deux télescopes de trois pieds de lonjpieur, et une chambre noire d’un effet très remarquable, .le ne dis rien d’une fort jolie petite machine destinée à faire l’office des sangsues; c’est un service rendu à la pudeur, dont le beau sexe se montrera sans doute très reconnaissant.

Les instruments de marine et de mathématiques de M. Jecker, m’ont para portés à un très haut degré de perfection.

Les carreaux mosaïques revivent après une disparition de vingt siècles. Le dernier et le plus beau morceau de cegenre que l’ancien monde ait admiré, est celui dont Marcus Sc.iurus, gendre de Sylla, orna le second étage du théâtre, qu’il bâtit pendant son édilité*. Trois cent soixante colonnes le soutenaient, et une vaste mosaïque de verre régnait â l’entour.

L’Allemagne, 'Venise , et l’Angleterre furent longtemps en possession du commerce et de la fabrication des diamants faux; M. Duliaul-Fieland, vient de naturaliser chez nous cette branche d’industrie; le faux Jiégcnl, qu’il a exposé parmi beaucoup d’autres pierres, a peut-être plus de pureté, plus d’éclat que le véritable; l’un vaut dix millions, et l'autre quatre louis.

‘ ypyez Pline.

IMIUSTIUK.

Page 1