‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 57 sur 67 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Cristaux. — Progrès de l'industrie dans cette partie. — Manufactures Chagot père et fils, de Mont*Cenis. — Incnistations.

Les bcau.x produits de nos manufactures de verrerie, que je rencontre sur ma route, me forcent de consacrer de nouveau quelques pages aux verres , cristaux, et glaces, dont j'ai déjà eu occasion de parler plus haut.

Qu'on ne s'étonne pas de chercher en vain dans cette notice une disposition encyclopédique et régulière des matières ; je n'ai pas prétendu faire ici un rapport scientifique sur la dernière exposition ; loin de moi la pensée d’empiéter sur les droits et les attributions de messieurs de l’académie des sciences. Une promenade à travers les salles du Louvre, guidée par une attention patriotique et scrupuleuse; quelques points de vues historiques sur l’état et les progrès de l’industrie; une esquisse rapide et exacte de ces produits merveilleux de tous les arts de la France; tel est le but que je me suis proposé. Les évolutions militaires et les pas de l’arpenteur sont circonscrits dans un espace donné : la course du promeneur a son but aussi ; mais une

INDUSTRIE

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précision {jéoinétriquelui ôterait tout .son cbarnic, une rif;ueur pcdantesque lui conviendrait moins encore qu’une irrégularité vagabonde.

Ici , comme dans toute.s les branches industrielles, les pa.s que les arts modernes onÿ faits sont immenses. Qu’il y a loin des premiers essais, à l’aide desquels Stock obtint ses verres bleus, qui eurent, il y a quarante ans, une si grande vogue en France, aux verres transparents et purs qui sortent aujourd’hui de la manufacture de Sainl-Quiriu ( département de la Meurthe)!

11 y a plus loin encore des cristaux opaques que parvint à former M. Acbard, à-peu-près à la même époque, aux cristaux magnifiques exposés cette année dans les salles du Louvre.

La fondation et les perfectionnements de cette branche d'industrie, en France, sont dus aux établissements du Creuzot, dont M. Chagot est aujourd'hui propriétaire; la manufacture des cristaux n’en forme qu’une partie. Ces établissements se compo- .sent d’une grande fonderie, de grosses foqjes, d’affineries, de laminoirs, de l’exploitation d’une mine de fer, d’une mine de houille, et d’une cristallisation, la première qui ait été fondée en France , sous la protection de la reine Marie- Antoinette, qui lui avait donné le titre de manufacture de la reine, à Mont-Cenis, Saône-et-Ijoire.

La nature des objets qui s’exécutent dans la fon-

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(lorie n'a pas permis, à raison de leur poids et de leur volume, de les produire à l’exposition du Louvre, d’ailleurs le publie les a constamment sous les yeux ; il suffit d’iudiquer la superbe coupole de la Ilalle-aiix-Bles, le Cbàlcau-d’eau du boulcvart Dondi et la fontaine de l’Institut, pour qu’ou puisse ju{jcr de l’importance et de la perfection des travaux {;i{;aiitesques de la fonderie de (ireuzot.

La manufacture des cristaux qui fait partie de ce vaste etablissement, par la beauté et la pureté delà matière, par l'élégance des formes et le précieux de la taille, soutient très avantafjeusement la concurrence avec les cristaux anglais. On sait cependant que l’Angleterre abonde en substances |)roprcs à la cristallisation, et que cette brandie de la ebimic, l’un des plus importants agents de la science, a été cultivée avec un succès et une patience rare, ebez nos voisins. C’est donc une victoire nouvelle et précieuse que vient de remporter notre industrie : il faut l’attribuer en grande partie aux connaissances chimiques de M. II. Gbagot fils, entrepreneur de cette belle manufacture, où il a introduit la fabrication du minium, et les moyens d'épuration des matières constitutives du cristal.

Parmi les nombreux chefs-d’œuvre de cette fabri- (jue, qui ont été exposés, on a particulièrement remarqué deux .superbes candélabres de quatorze pieds de haut; trois bcanx vases d’ornement, et

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un plateau «le vingt-deux pouces de diamètre, d'une execution tellement difficile , que le même ouvrier n’a pu parvenir encore à en faire un second ; aussi la valeur de cette seule pièce est-elle de neuf cents fr., tandis qu'on peut se procurer pour moins du double de ce prix un service de dessert, composé de cent pièces diverses, taillées avec un art admirable, et qui joignent la solidité à l’éclat du diamant.

M. le clievalier de Saint- Amans, attaché à la manufacture de Mout-Cenis, a inventé le procédé ingénieux des incrustations, au moyen duquel ou saisit dans le cristal même des desseins coloriés de toute espèce , <jue leur enveloppe transparente met à jamais à l’abri des outrages de l’air et du temps.

On a incni.sté de cette manière des trophées et des portraiLs; tous ne sont pas également bien choisis: quand il s’agit d’éterniser des souvenirs, il faut songer à la postérité.

INDUSTIUE.

ciiAmiii: xviiL

Commerce et f'iihrication tics places. — Produits <le la prande luauiifactiirc <lc Paris. — Verre filé. — • Verres à vitres, à cloclies, cylindriques.

Voici un exemple singulier et frappant de l’in- Huencc du despotisme sur l’industrie: Louis XIII était mort, la France n’offrait qu'un sol fertile, des institutions incertaines, une nation sans caractère, une cour galante et servile : les ouvriers français découragés se répandirent en Furope; Venise, qui avait commencé à fabriquer des glaces, offrit à plusieurs de ces fugitifs les moyens d’employer leur industrie, et leur confia scs manufactures. Uieutôt la fabrication des glaces devint une des principales sources de richesses, et comme un patrimoine de la république : elle en fournit à toute l’Europe; elle vit les trésors de Saint-Marc se grossir chaque jour par l’industrie de quelques Français. L’orgueilleux Colbert s’indigna enfin; et paradres.se, par séduction, par argent, rappela les ouvriers Français en France. Depuis ce temps, les glaces françaises ont acquis une supériorité marquée; plusieurs manufactures s’établirent; le commerce y

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trouva mio niineopuleutc; les pcrfeetionneincnls sc succédèrent; et vers iG5o,TLcvard inventa les tjlacea coulées, les seules auxquelles on puisse donner de jjraiidcs dimensions.

11 faut savoir f(ré à M. Lefèvre d’avoir étauic ses (jlaccs avec l’élain indigène des mines de Pirial et de Vaurey. 11 a recouveit cet étamage d'un eausti- (jue qui eu augmente la solidité, et par conséquent la durée, sans ajouter beaucoup aux frais d’étamage.

La grande manufacture de glaces de Paris, dirigée [)ar M. Dcnmiroy a fourni cinq glaces de dimensions extraordinaires ; les deux principales, dont l’une a cent six pouces sur soixante-douze, et l’autre cent dix-neuf sur soixante-dix, sont, je crois, lesdeux plus grandes glaces que l’on ait encore fabrit[uées.

C’est Réaumur qui a observé le premier, que le verre peut se dévider comme un écbeveau de fil. l ai ouvrier tient le morceau de verre au-dessus de la Hammc d’une lampe; un autre applique contre le morceau en fusion le bout d’un crochet de même matière, le tire à lui, engage ce crochet sur la eireonférenee d’une roue verticale qu’il tourne rapidement, et rédnit en fils aussi minces qu’un fil de ver à soie, ovales, flexibles à un degré étonnant, cette matière transparente , légère et fragile. On ne peut attendre qu’un très mince degré d’utilité de ce procédé ingénieux, de ce petit miracle de l’industrie:

* l’ftit-fiU fl’iiiic Sfrur <lc Harinc.

INDUSTRIE

ceux qui s’y adonnent, no doivent pas espoicr que le débit d’objets si frivoles les dédommage des soins qu’il s se sont donnés, du temps et du talent qu’ils y ont perdus.

Ce fut long-temps une opération diffieile, que la fusion de ces verres eylindriques, sous lesquels on met à couvert les pendules et les ornements précieux de nos cheminées. Cette partie de l’art du verrier semble portée aujourd’hui au plus haut degré de perfection. Du moins conçoit-on difficilement qu’on puisse aller au-delà des deux cylindres de la verrerie Moutei-ma (Ardennes); l’im de trentecinq pouces de hauteur .sur .seize de diamètre, l’autre de forme ovale de vingt-deux pouces et demi de haut sur vingt-deux pouces trois quarts dans le diamètre de sa longueur, et huit pouces de diamètre dans sa largeur. Ce verre en est épais, brillant, sans tache, et sans couleur.

T,a plupart des produits de nos verreries ont été exposés dans la salle où se trouvaient les j)orcelaiues, ce qui rappelle cette comparaison poétique:

. . . Comme elle n Tedat du verre,

Elle eu a la lV«i(plité.

.Sans re.spcct pour la différence de leur cnqdoi , je rendrai compte, dans un même chapitre, des porcelaines qui décorent la table du riche, et de riuiinble faïence qui couvre la table du pauvre.

INDVSTniK.

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CHAPITRi: XIX.

Coup ilVil historique sur les vases <les anriens. — Vases yrccs. — l'aicnces françaises.

Les premiers vases dont se servirent les hommes furent sans doute des fruits desséchés et creusés , assez larges et assez denses pour contenir et transporter les liquides. La courge, la citrouille, étaient les vases ordinaires de ces Égyptiens si puissants et si vantés. Aujourd’hui quelques indigènes de l’Amérique font encore servir leurs calebasses au même usage, truand l’homme eut massacré l’animal sauvage, et, plus sauvage que lui, dévoré ses entrailles et saisi sa dépouille, il se servit des cornes de la victime pour boire ou conserver les Üqueurs. Homère et Xénophon nous montrent leurs personnages se passant de main en main, autour de la table du repas, la corne de bœuf, en guise de coupe; c’était dans une corne que l'huile sainte était gardée au fond du tabernacle des IIébreu.\ ' . Les anciens rois de Danemarck vidaient, avant le combat, une grande corne remplie d’hydromel’. A Home, sous l’empire

* Vayez Ksflras. — * Voyez Harllioiir).

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liNOUSTlUE. f\0-J

cl’im luxe riche dcsüilapidiitions de trois siècles, et des dépouilles du monde connu , la mesure commune des liquides était une corne de taureau, de bœuf ou de belier

Cependant Platon ’ prétend que l’art de la poterie fut une des premières inventions de l’esprit humain, «pareeque, dit-il, l’emploi des métaux n’est « point nécessaire à cette industrie facile. " En effet, chez la plupart des nations barbares on a trtuivé des vases très solides, faits de terre gi'asse durcie au soleil OH cuite au feu. A la Eouisiaue, les femmes seules fabriquent ces porcelaines (];rossières, mais indestructibles. Chorabus l’Athénien eut des autels pour avoir inventé la poterie. Les rois de .luda donnèrent un logement dans leur palais et accès dans leur cour, à une famille de potiers habiles; et les beaux vases toscans, dont nos cabinets possèdent quelques fragments mutilés, le disputèrent, sous Auguste, aux vases d’or et d'argent. La table deTrinmlcion, chez Pétrone, offre de petits huiliers d’argile étrusque, à côté des immenses amphores de Corinthe, étincelantes de smaragdites.

L’érudition des mots, celle qui s’occupe sérieusement de la position d’une virgule dans une phrase oiseuse, ou qui poursuit à travers les ténèbres de

* Voyez Cantetius, de ohioniis.

* firpuhliffuf y liv. l.

IMJtîSTllIK.

laclcniièrc aulif[uité,unesylli»be perdue, est inoiii» intéressante sans doute que ces souvenirs des coutumes anciennes, que cette érudition des mœurs et des choses, qui reporte notre pensée sur les révolutions des coutumes, et fait revivre pour nous, tous ces usages différents q\ie l’industrie humaine a successivement inventés et remplacés; néanmoins je crois convenable de m’arrêter ici, et de résister au désir de donner à mes lecteurs la description des trois cents et tpielques formes de vases employés par les Grecs, au rapport d’Atbénée'.

Tout métier chez les Grecs s’était élevé à la dignité d'un art; cela devait être, là où la beauté des formes, en quelque genre que ce fût, était le premier mérite, où le goût semblait être un besoin de toutes les classes : ce n’était pas assez qu’une chose fût utile et commode, il fallait encore qu’elle fût agréable pour passer en usage. La preuve de cette vérité se retrouve jusque dans les moindres débris que le temps nous a conservés; jusque dans le vase de terre où l’esclave faisait cuire ses aliments. Chez les Grecs, le goût était un instinct; parmi nous, c’est une acquisition : les arts libéraux tendent sans cesse à la réunir à ce domaine public.

Nos efforts ont été long-temps moins .sensiljles, dans le genre d’industrie dont je m’occupe eu ce

' Deifniosojtlt. y liv. H.

INDUSTRIE

iiioineiit, (]uc clans beaucoup d'autres, et ce u’esi ((lie depuis peu d’anncics que l’influence des arts du des.sin se fait sentir dans l’industrie du potier.

La deriiicre exposition a manifesté, dans ce (jenre, des (irofjrès étonnants.

La fabrique de MM. Fabry et (Jlsclmeider, de Sar((uemines, a brillamment soutenu la grande et ancienne réputation dont elle jouit : parmi les nombreux articles eu faïence, eu terre rouge, cailloutage et porphyre, dont elle a offert les modèles, j’ai donné une attention (particulière à de belles jattes en argile naturelle au-dehors, et brillantes au-dedans du plus beau vernis; à des vases d’ornement de différentes dimensions, et modelés de très bon goût.

Ainsi les produits des fameuses terres de Wedgewood, ces petites poteries fauves et noires, d’un grain si fln et d’un aspect si aimable , ces (Pots à lait si délicats, si gracieux, ces théières si élégantes, cette faïence bronzée, brillante et légère, dont l’Angleterre se vantait avec raison, sont égalés par nos manufactures, et nous avons atteint ou devancé nos rivaux dans cette branche d'industrie, que Raynal appelle la propreté du luxe, et qui vaut mieux que son opulence.

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