CHAPITRE XX
PurccUiiics de* Sèvres. — Porcelaines de fabriques diverses. — Immenses pro(;K*s de l'indiislric en ce ^cnre. — • Peinture sur porcelaine, émaux, et eamées.
Mes désirs sont vastes et ma fortune est modeste; je me ü-oiive ainsi placé, comme beaucoup d’autres, entre la tentation de me procurer de belles choses, et la difficulté de les acquérir: jjrace soit donc rendue à ceux des fabricants qui font cessci’ tout d’un coup notre incertitude, en indiquant le prix des objets qu’ils exposent. M. Frémonl a pris ce parti, et doit s’en trouver bien.
Le temps où l’on ne connaissait guère eu France d’autres porcelaines tpie celles du Japou et de la Chine, n’est pas à un demi-siècle de nous. Que de peines ne sc donnèrent point Turgot, Lauragais, Héaumur, pour découvrir les mystères de cette industrie, et la nationaliser en France ! 11 faut lire un auteur contemporain pour observer dans son singulier langage le degré d'intérêt et de curiosité qu’excitait alors le succès incertain des nouvelles manufactures: « La terre du Limoiisin, dit-il (plus « naïvement qu’il n’appartciiait à un bonime qui vi-
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« vait dti temps de Voltaire), la terre du liimousin •• ne parut pas plus tôt quelle subjugua tous les es- “ prits, etc., etc. «
Aujourd'hui, à quelle distance nos produits eu ce genre ne laissent-ils pas ceux des fabriques d’Asie qui nous ont servi de modèles; ceux même de cette manufacture royale de Sèvres, dont l'établissement n’exigea pas moins que la puissance et la richesse du gouvernement?
La manufacture de Sèvres, à qui reste la gloire d’avoir fondé cette branche d’industrie, a éprouvé le sort de toutes les entreprises que ne dirigent point le zèle et l’activité de l’intérêt particulier : la routine s’établit et les progrès s’arrêtent. L’exposition de cette année en est la preuve. .Te ne parle pas des vases de dimension colossale: j’apprécie peu le mérite des masses fragiles , et je veux que des formes gigantesques soient du moins le garant de leur durée. J’ai vainement cherché les autres produits de la manufacture de Sèvres, je n’ai vu que ceux des fabriques de MM. Ami, Dihl, Dacjolj, Schœler, Dartiic, et Cadel-Devaux , etc.
Notre école de peintui-e, qui laisse déjà si loin d’elle les maîtres du siècle de Louis XIV, exerce la plus heureuse influence sur tous les arts où le dessin préside, et cette influence se fait particulièrement sentir dans les progrès de nos fabi’iqucs de porcelaine, auxquelles sont attachés des peintres dont
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(|ucl(jucs uns, tels que M. Dnsviijiics et niadaiiie Jocquotut, ont acquis dans ce genre une très juste célébrité.
Le inênic écrivain cité plus haut disait encore : « On assure qu'il est possible d’exécuter sur jiorceu laine de grands tableaux. » Quels progrès immenses, depuis la possibilité exprimée dubitativement, jusqu’aux belles productions que nous avons sous les yeux !
11 y a de l’étonuenient dans l’admiratioii qu’on éprouve, à la vue du point de perfection où ce (;enre de produit est arrivé : on se demande comment des particuliers ont pu retrouver les frais de leurs recherches dans les ventes ordinaires d’un commerce qui expose à des pertes et a des accidents, dont le moindre emporte les bénéfices d’une semaine de travail.
CllAPITRK XXI
!)c l’esprit (le système. — Fabriques tic tlculclles. — Jllomlcs et tuiles. — Madame la marquise trAr{*ence.
' Le malheur des classifications rigoureuses est de ii’offrir un ensemble régulier, en apparence, que j>ar des rapprochements forcés, et aux dépens des
iMJus'ruiu.
parties qui composent le tout. Dans Ic.s systèmes <le botanique les plus ingénieux, vous trouvez des classifications disparates, et de choquantes anomalies ^ il semble que la nature, pour se venger de la contrainte que la science lui impose, veuille toujours lui échapper par quelque endroit.
Gomment, par exemple, eussé-je ela.ssé le chapitre des dentelles, dans un traité régulier et complet ? Aurais-je dû le ranger dans l’article du chanvre et (lu lin ? INlais plusieurs espèces de dentelles se fabriquent avec la soie? Devais-je séparer la blonde de la dentelle, qui n’en diffère que par la matière employée, et rejeter à une grande distance l’une de l’autre deux branches du même tronc? Gomment eusse -je satisfait à-la-fois le .simple bon •sens et l’esprit de système?
fia fabrication des dentelles remonte au seizième siècle; pendant long-temps certaines provinces en possédèrent le privilège particidier et exclusif. l*ar-tout cependant où il y a une grande masse de ]>opulation à employer, cette industrie peut être appliquée avec succès; elle l’a été dans ces dernières années; et l’industrie, la politique et la morale ont eu également à se louer de cet essai.
De nombrcu.x échantillons de dentelles fabriquées dans les maisons de correction et de charité, ainsi que d autres ouvrages sortis des mêmes établissements, prouvent suffisamment que dans plu-
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sicia’s départements c'est à nii esprit de haine pour toutes les institutions fondées depuis 1792, beaucoup plus qu’à la difficulté de les soutenir, qu’il faut attribuer la suppression de la plupart des dépôts de mendicité ; il était tout naturel d’attendre du zèle dévot de certains préfets de 1 8 1 5 le rétablissement de l’honorable corporation des gueux, ne fiu-ce que pour y trouver l’occasion de ces aumônes honteuses, dans le secret desquelles on n’initie pas même ceux qui passent pour en être l'objet. C’est la lèpre des pays catholiques que cette foule de fainéants en guenilles qui fondent leur existence sur le rachat des âmes du purgatoire, et qui surprennent à la pitié les secours que l’on doit à l’honnête misère. Espérons que le succès de la souscription ouverte chez M. Lafitte, député delà Seine, décidera le gouvernement à rétablir, dans tous les départements où ils ont été supprimés, ces ateliers de travail pour les pauvres valides, dont M. de Pontécoulant , aujourd’hui pair de France , a donné le premier exemple en 1801 , dans le ci-dcvant département de la Dylc, qu’il admiuistrait alors.
.Te dois citer avec éloge les dentelles des hospices A' Arras, d'Avranclies, de Poniorson, de la fabrique de charité de Vannes, des maisons de détention de Rouen, de Gaillon; ces ouvrages sont loin d’être parfaits, mais les prix en sont modiques. Destinées
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à orner li; simple bavolct des paysannes , tontes peuvent atteindre à ce luxe innocent.
Les dentelles sont des ouvrages de femme , et je voudrais que cette branche d’industrie leur fût exclusivement réservée. Celles qui portaient à l’exposition le nom de madame la marquise d’Arqencc, font beaucoup d’houneur au talent de cette dame ; mais, en la félicitant de vivre à une époque où l’on peut sans déroger exercer une profession utile , je la plains d’être née dans un temps où l'éducation des marquises était, à quelques égards, plus migligée que ne l’est aujourd’hui celle d’une simple ouvrière. .le me contente, pour le prouver, de transcrire fidèlement l’avis que cette dame a cru devoir donner au public :
« Mad. la marquise dArgcnce, par brevet d’in- « tion seul propriétaire et unique inventeur de la fila- » turc du lin par la mécanique , DÉPOS AUJOuns Duv, K à la salle d’exposition , au Louvre, un échantillon « des PUODUI de son prosedé; le 23 août 1819. » Ces produits (orthographe à part) sont des fils de tulle, de dentelle, et des tissus faits avec ces mêmes fils, d'une assez belle qualité, pour justifier les soins que prend cette dame d’annoncer au public quelle demeure sur le boulevart des Invalides, n° 29.
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CHAPITRI-; XXII.
dVril historique sur la soie. — IClofles de soie. — Velours île de soie, etc., ete.
l.e iiioude, quoi qu’on en dise, doit (juelquc chose aux moines; ce sont eux qui, charf^és pai’ •liislinien de découvrir le secret, perdu depuis long-temps, de la fabrication de la soie ' , répandirent dans l’ancien hémisphère l’usage de cette substance si précieuse et si brillante.
Avant le cinquième siècle, tout ce qui regardait la soie était mystérieux; les académiciens avaient bâti plus d’un système explicatif de la naissance et de la beauté de ce fil délié, souple, fort, éclatant. Suivant les uns, c’était le fruit des entrailles d'une petite araignée; suivant d’autres, c’était une condensation des vapeurs de l’atmosphère. Le luxe, la rareté, la superstition concoururent à donner un prix singulier et une valeur énorme à la soie; longtemps une livre de soie se paya une livre d’or ; les plus prodigues et les plus insensés des affranchis se firent faire des vêtements de soie; et le petit nom-
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br<‘ de Honiain.s qui fjardaiont encore le souvenir des vertus austères de la république dédaignèrent une étoffe devenue le signe et l'apanage du luxe et de la débauche.
Héliogabalc ne portait que de la soie. Trajan et MarC'Aurélc refusèrent toujours les chlamydes de soie que leur offraientles peiqdes vaincus. Aurélien, à qui l'impératrice sa femme demandait instamment une robe de cette matière, lui répondit : «Jupiter « me préserve de donner tant d'or pour si peu de «fil! »
Un petit ver de peu d’apparence et d'une vie courte renferme dans son sein une source de richesses inappréciables. Des manufactures de soie ont jeté l'opulence en Italie , en Sicile , en Espagne , dans la Calabre, dans laGréce, et dans les provinces méridionales de la France. La soie a fourni à la peinture de riches nuances et des effets inconnus jusqu'alors.
C'est en Chine que se trouvent les vers qui produisent la soie la plus fine. I.ies soies du Piémont, de Bologne, de Bergame, de Valence’cn Espagne, en approchent assez ; les soies françaises , moins légères , l'emportent sur ces dernières pour le nerf et pour l'éclat.
En passant de l’examen de la matière première à celui des tissus, on a pu remarquer les étoffes de
Mélanges , t. h. a 7
INDUSTRIE
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M. Cliouard, de Lyon, ornées de tableaux brochés, dans l’étoffe même, par un procédé nouveau.
Les plus riches étoffes en soie pour meubles, qui aient été exposées , sortent de la fabrique de MM. Gérard frères, de I>yon. On doit rep.retter que l’art du dessin continue à rester étranger à la fabrication de CCS tentures , on tout paraît encore sacrifié à la seule ostentation d’un luxe de mauvais goût : ce sont toujours de lourdes arabesques, des figures bizarres d’une maussade uniformité ; en un mot, de modernes antiquailles. Pourquoi nos manufacturiers de Lyon sont-ils les derniers à sortir de l’ornière':’ .le leur conseille, pour leur intérêt, et au risque de passer pour libéraux, de prendre le chemin des arts i c’est celui de la fortune.