CHAPITRE XXIII
Meubles. — Bois indigènes. — Ameublement des temps héroïques. — Bronzes.
La première qualité d’un meuhlc c’est, sans contredit, d’être commode, et propre avant tout à l’usage auquel il est destiné : c'est pour m’asseoir que j’achète un fauteuil ^ si je ne trouve d’appui ni pour
INDUSTIUE.
mon dos ni pour mes bras, si je ne puis me pencher d’aucun côté sans trouver un contour qui me repousse ou un angle qui me blesse, vous aurez beau me vanter sa forme taillée en lyre, sespiedsdebiche, et ses bras en cou de cygne, tout ami del’attiqueque je suis, je pourrais bien donner la préférence à la bergère des anciens jours. La perfection, dans tous les arts, est de réunir la grâce à l’utilité; c’est à ce but que visent depuis quelques années nos fabricants de meubles, et ils sont tout près de l’atteindre.
J’ai déjà dit un mot des meubles en bois indigène de M. ff'erner, tapissier décorateur, rue de Grenelle-Saint-Germain. Cet artiste (ce nom appartient à tous ceux qui créent ou perfectionnent une branche d’industrie) a mis en réputation les bois français , et particulièrement le frêne. 11 a démontré, en l’employant à la fabrication de toute espèce de meubles, que ce bois a plus d’égalité que l’acajou ; que .son poli se conserve mieux ; qu’il est .susceptible d’une plus grande variété d'accidents, et qu’il prend facilement la teinte inaltérable des étoffes dont on le revêt.
A ces beaux meubles, qui réunissent la grâce moderne et les formes nobles de l’époque des Phidias et des Scopas; à ces surfaces nuancées et polies; à ces richesses de la sculpture et do l'architecture, destinées à orner le boudoir des femmes et le cabi net des savants; à ces produits brillants delà civili-
INDL’STIUF,.
sation la plus haute, opposons l'ameublement des premiers siècles ; rapprochons ainsi les deux extrémités de la chaîne de l’industrie, et jetons un coup d’œil sur l’intérieur d’une tiiaison grecque, avant la naissance de ces arts dont nous venons d’admirer les derniers fruits.
Une chambre vaste et carrée reçoit le jour d’une fenêtre ohlonguc sans vitres; des peaux de chevreuil sont suspendues à l’entour. On y voit des sièges sans bras, en forme de trône, ornés d’un marchepied ', couverts de pelleteries chez les grands, drapés d'étoffes de pourpre chez les rois’, .souvent enrichis d’or mat, d’ivoire, et d’ambre incrusté>s ’. Le lit est une couchette sanglée, sans pavillons, sans rideaux, contenant démolies peaux de bêtes et des coussins remplis de la plume des oiseaux4. Au milieu de la chambre un vaste trépied d’une forme simple reçoit l’encens que les femmes y jettent* ; et quelques cuvettes en terre blanche, premiers essais de l’art, élégants dans leur simplicité, sont distribuées autour de la salle^. Ainsi vivaient Hector, Homère, Hé.siodc, et les premiers Grecs.
> Frith., Antiq. flom., I. III, c. 11 .
^ Homère, Iliad . , 1. IX, X, XXIV.
3 Id. , Odya. , 1. IV.
4 Feith. , 1, III, c. VIII,
' iliad. 1 IX.
<■ ib 1. XXIII
Fia tradition et les cabinets des curieux nous apprennent de quels ornements riches et futiles, contournés et ridicules, uos vénérables aïeux décoraient leurs appartements. Le mauvais {jofit est frère des mauvaises moeurs; les institutions serviles enfantent la corruption dans les arts; les belles formes et les ornements d’un style grandiose se sont montrés chez nous, dès que la révélation de quelques hautes vérités politiques nous a instruits de notre dignité d’hommes ; de beaux vases et des figures élégantes ont orné nos cheminées et nos salons : des bronzes antiques ont remplacé les magots ignobles et les bergers de boudoir.
Dans le noble concours ouvert en France aux arts industriels, le bronze est l'un des produits de notre industrie qui ont jeté le plus d’éclat.
.Te ne perdrai pas cette occasion de rendre un nouvel hommage à la mémoire d'un homme, non moins recommandable par les qualités de son cœur et de son esprit, que par les services importants qu’il a rendus à l’une des principales branches de l’industrie nationale; je veux parler de M. Ravrio, qui a trouvé un si digne .successeur dans la personne de M. Lenoir, son élève et son ami.
Doué d’un goût exquis, dessinateur habile, et nourri des études del’antique, M. Ravrio, secondant les efforts de M. Galle à qui cet art est redevable de plusieurs perfectionnements, a puissamment con-
INDUSTIUK.
tribué à amener les bronzes à ce degré de supériorité qui rend aujourd'hui toutes les nations civilisées du inonde tributaires de la France pour cette branehe d’industrie commerciale. Ce ne fut pas assez pour cet excellent homme d’avoir tout sacrifié au perfectionnement de son art; il voulut garantir ceux qui l’exercent des dangers auxquels il les expose. Tel est le but philanthropique du prix qu’a fondé M. Ravrio , et dont les heureux résultats obtenus pour les doreurs s’étendront bientôt, grâce à la persévérance du savant Darcct, à beaucoup d’autres professions également pernicieuses à la santé de l’ouvrier , par l’imperfection des procédés qu’on y emploie
11 est assez bizarre d’observer que ces cheminéespoêles, adoptées de nouveau par notre économie domestique, étaient précisément les cheminées les plus usitées chez les Romains , qui s’en servaient pour chauffer leurs étuves et des appartements tout entiers