‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 60 sur 67 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Coup dueil sur riiistoirc de i'Iiurlo^crio. — Diverses iiiüchincs pour mesurer le temps.

Une histoire complète de riiorlogerie ferait plus d’honneur à l’esprit humain que l'histoire de toutes les académies du monde.

C’est une merveilleuse création, sans doute, qu’une horloge ; cette machine qui renferme en elle-même le principe de son mouvement et de sa vie, mesure le temps, saisit, pour ainsi dire, et suit, dans sa marche rapide, cet être idéal qui ne nous est connu que par la succession des impressions qu’il laisse; cette machine, dont les usages iniiombrahles ressemblent aux ei'fets d’un talisman magique; qui détermine le degré de vitesse de la course d’un cheval, du vol d’un oiseau, le nombre des tours de roue, des coups de rames, de piston, de marteau, de lime; la marche d'un vaisseau, les évolutions d’une armée; à laquelle les plus grandes découvertes en astronomie ont été dues : indispensable dans la marine, utile dans la guerre, dans la musique, dans la physique, dans la chimie, dans toutes les sciences et dans tous les arts, qui veulent

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une mesure exacte Jii temps, et une précision rigonreusc. C’est un véritable prodige que cette invention purement mécanique, devenue chez les modernes la réjjulatrice de la vie civile.

Tantôt une grossière horloge, du haut du clocher de village qui la porte, adresse la parole à une population nombreuse; c’est elle (jui, à des espaces égaux, avertit les citoveus de leurs travaux et de leurs devoirs. Elle veille toujours: au milieu de la nuit, elle indique l’instant précis où le breuvage salutaire doit être présenté au malade; elle convoque les hommes et les invite à discuter les grands intérêts sociaux, ou à se rassembler dans le lieu saint; elle sonne l’heure de la prière , de la naissance et de la mort; sa voix solennelle, et toujours ég,ale, semble dire aux citoyens que la vie e.st courte, que le passé n’est plus, que l’avenir s’avanc.', que la |)atrie et la vertu réclament leurs instants.

Tantôt un petit prodige, caché dans les vêtements de riiomme, toujours agité, exposé à une infinité d'accidents, composé d'une multitude de pièces, bat eu vingt-quatre heures quatre cent mille coups égaux ', et règle les affaires et les plaisirs de l'habitant de la ville. Au premier aspect d’une montre, les Chinois la regardèrent comme un être surnaturel et vivant; ils placèivnt des gardes au-

* Voyez TtuiU' de l ltoi loterie f par la?paute.

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INDÜSTRIE.

|)i'cs d'elle, comme s’ils eussent craint qu elle ne leur échappât ' . C’est à l’horlogerie sur-tout que l’on doit appliquer ce mot de Fontenclle: « Bien des choses >1 sont sous nos yeux, sans que nous les voyions; il » leur manque des spectateurs. Rien ne serait plus >c merveilleux pour qui saurait en être étonné. »

Les ombres projetées par les arbres des forêts et par le faite des édifices furent les premiers gnomons dont se servirent les hommes, pour détei^ miner la mesure du temps par la marche du soleil. On connaît l'horloge d’Achaz, et le cach-an solaire de Papirius Cursor. A Rome, quand les rayons de l’astre frappaient une plaque de cuivre placée entre la tribune aux harangues et le ÿrœeo-stasis, un héraut montait à la tribune, et proclamait que le milieu de la journée était venu. L’obélisque d’Auguste, que l’on voit encore dans la Ville éternelle, n’était qu’un gnomon élevé par Sésostris, quinze cent soixante^lix ans avant Jésus-Christ.

Le gnomon de Cassini , à Bologne , celui de Florence, celui de Tonnerre, etc., sont les plus exactes et les plus récentes de ces horloges monumentales.

Parlerons-nous des diverses et nombreuses méthodes' employées par les anciens peuples pour mesurer le temps? Tantôt plusieurs vases, percés

■ Voyez Lettres édijiantes; le P. Tri{îaul(.

INDUSTRIE

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régulièrement, et places les uns au-dessus des autres, se transmettaient le liquide, et iudiqiiaient la fuite des heures par sa chute égale et contiiiuelle. Tantôt le sable remplissait le même but. Des roues, des globes, des machines furent mises eu usage tour-à-tour, pour marquer avec quelque précision la division du temps; précision bien difficile à atteindre par ces méthodes. Ce ne fut qu’après les plus inutiles et les plus nombreux essais, que les mathématiciens de Rome et d’Alexandrie parvinrent à donner un peu d’exactitude à ces horloges imparfaites.

Le premier germe de I horlogerie mécanique fut jeté dans le quatoraicme siècle ; on imagina d’abord de remplacer les clepsydres à renversfiment par les clepsydres à roue. Ensuite on partit de là pour exécuter un rouage intérieur auquel on ajouta bientôt le balancier; et, par la progression lente de plusieurs améliorations successives, l’horlogerie mécanique se trouva inventée. Walingford, Gerbcrt, Regioinontanus, se disputent l’honneur de la découverte. On peut croire que chacun d’eux a droit à quelque part de gloire. Mais doit-oii attribuer à un seul de ces hommes une conception si forte, si belle, si compliquée, si féconde?

Bientôt la sonnerie, la pendule, la répétition , le ressort spiral, les horloges nautiques et planétaires , ajoutèrent leurs merveilles aux premières merveilles

de cette invention. Les Leroy, les Berthoud, les Janvier, les Breguet, parurent; des découvertes de toute espèce perfectionnèrent une si admirable industrie. Plus exacts dans leurs travaux que le soleil ijième dans sa course, les horlogers firent mentir le vers de Virgile :

Salem quis dkere fatsum Àndcat?

et purent, avec un juste orgueil , prendre pour leur devise une pendule à secondes, avec ces mots; Solis mendaces arguit horas ' .

Que de prodiges dans le développement de cette industrie! Quels raprocheinents ingénieux! Quelle suite de combinaisons de génie!

Trouver la mesure du temps dans l’ombre du soleil ; suppléer ensuite à l’absence de l’astre par les clepsydres mouvantes ; suppléer à l’imperfection des clepsydres par iin mécanisme simple, admirable; après avoir donné au temps un corps et une marche visibles , lui donner ime voix par la sonnerie ; rendre, par l’application d'un pendule, la mesure du temps tellement exacte, quelle ne varie point d’une seconde en vingt-quatre heures; enfin renfermer une sonnerie parfaite dans une montre d'une di-

' ils convainqu4nt d erreur te soleil lui~méme. CV»t en effet la devise des horlogers de Paris.

INDUSTRIE

iiieiisiuii iiifiainient petite; appliquer les liorloj]cs à l’ad (le la iiavigatiou, à la musique, à lastratiigie, etc.: qui ne serait saisi d'uiie vive admiration devant ce beau développement des facultés buniaincs, devant cette foule de prodiges opérés par la lente et graduelle application de Imtelligence et de l'adresse aux besoins et au.x plaisirs de l'homme?

Ce beau sujet m'a peut-être entraîné trop loin; je me bâte de revenir à l'exposition de 1819, et aux produits de l'horlogerie française actuelle.

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