SAI.OS DE
C’est clans l’ouvrage d’uii de nos écrivains les j)lus distingués, dans Yltiiiérairc de Paris à Jérusalem , que M. Rouget a pris l’idée de sou tableau des Derniers moinenls de saint Louis. L’ensemble de cette composition est d’un bel effet; l’ordonnance en est sage, la couleur vraie, les figui'cs bien senties, et pourtant je ne suis pas aussi fortement ému que je devrais l’ctre de la scène imposante que j’ai sous les yeux. — V^oulez-vous en savoir la raison? c’est que cette belle composition u’est pas conçue d’une manière assez dramatique; c’est que la mort du saint roi n’est que l’accessoire d’une action dont la douleur de son fi-ère Charles (C.dnjou est le véritable sujet; c’est que les têtes, d’une expression vraie, manquent un peu de noblesse; que rien n’indique précisément le beu de la scène, et que l’on croit voir des portraits où l’on cherche des caractères. Que l’auteur de ce tableau soit moins timide; qu’il travaille d’inspiration, et l’on peut lui prédire qu'il prendra sa place parmi les maîtres.
Nous n’avons eu qu’un avis sur la Clorinde de M. Mauzaisc : ce tableau annoncerait plus de talent que de verve, plus de goût que d’im.iginatiou , si l’auteur de ï’Jrabe et son Coursier n’avait pris soin de répondre d’avance à cette critique. Sa Clorinde plaît beaucoup et n’éineut que faiblement. 11 s’est proposé une action, et il en a peint une autre. Le livret condamne le tableau dont le sujet se trouve
tlEAUX-AIlTS.
indiqué dans ce passage du Tasse: « Une joie soudaine a ranimé Clorincte; elle sourit et semble dire: Le ciel s’ouvre et je m'en vais en paix. " Rien de tout cela dans la peinture qui nous est offerte. Clorinde n’est pas mourante ; elle est morte depuis quin/c jours au moins, et 'l'ancréde ne baptise qu'un cadavre; que le sourire est loin de ces lèvres flétries! et combien j’en veux à M. Mauzaisc d’avoir fermé ces yeux dont les derniers regards devaient dire en s’élevant de son amant vers le ciel : Il est ouvert, et je m’en vais en pair. Le sang coule d’une manière peu naturelle sur la tunique blauehc de Clorinde; elle parait avoir été désliabillée avec beaucoup de précaution, et les pièces de son armure sont placées près d’elle dans un ordre qui fait trop honneur au sang-froid de son amant.
Les accessoires, dans ce tableau, sont peints avec un soin extrême ; l’imitation ne peut aller plus loin ; tout ce qui est en fer est à toucher.
Ap rès la Clytemnestrc de M. Guérin, je ne vois pas au Salon décomposition plus simple et plus dramatique à-la-fois que celle du Lévite (rEphrdim de M. Couder; et quand on sait qu’un pareil tableau est l’ouvrage d’un jeune homme qui débute dans la carrière, on a besoin d’avoir auprès de soi un • artiste aussi (-clairé que celui qui m’accompagne, pour ne pas donner à l’éloge le caractère de l’exa-
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gération. Voici par quelles observations il tempéra les louanges que je donnais à ce tableau :
« L'attitude de la femme est vraie, expressive; sa tête est noble, et l’excès de la douleur n’eu altère pas la beauté; le corps est bien tombé, mais la position des bras est fausse; le manteau est jeté hardiment, les plis en sont larges et bien rendus; mais la tunique est moins heureusement drapée. On veut toujours dessiner le nu sous le vêtement qui le cache; pour paraître savant, on cesse d’être vrai: c’est une sorte de pédantisme qu’il faut éviter, quoiqu’un de nos premiers artistes en donne quelquefois l’exemple.
» L’effet général du tableau manque de justesse ; l’idée du matin n’est pas rendue; la lumière doit être diffuse sans dégradation sensible. Il est vrai que les peintres n’y regardent pas toujours de si près; on veut attirer l’œil sur la partie qu’on a soignée davantage, et l’on suppose qu’il faut l’éclairer plus que le reste. Je n’en conclus pas moins, ajoutat-il, que le Lévite d'Ephràim est un tableau remarquable, et que .son jeune auteur a surpassé de beaucoup les espérances qu’il avait données au concours de i8i5. 1 )
> 1 11 y a dans ce tableau d'Armide de M. Ansiaux (c’est toujours mon ami qui parle) une couleur brillante qui ne sent pas la palette ; l’espèce d’affé-
iiE.vrx-.\nTS.
terie qui se mêle à la grâce de reuclianleresse est justifiée par le sujet ; niais je voudrais bien savoir comment un opticien in’expliquerait les reflets bizarres du miroir que lient Armidc; je voudrais savoir aussi comment une pareille scène se passe dans un aussi triste paysage: point d’autres fleurs dans ces lieux encliunlés que deux ou trois misérables pâquerettes!! Le mérite de celte agréable composition est tout entier dans le groupe des deux figures principales. Cette Armide est cbarmante; il y a dans son sourire quelque cliose de diabolique que j’aime assez... n
11 ii’existe, dans les Annales des arts, qu’un seul exemple de trois générations d’hommes également célèbres dans la même profession , et c’est dans la famille dos Vernet qu’il se trouve: Horace, le plus jeune artiste de ce nom célèbre, déjà connu par une foule de productions pleines d’esprit, vient de prendre rang parmi les peintres d’histoire : sa Bataille de Tolosa est une composition hardie qui décèle dans son auteur une richesse d'imagination que l'on admire jusque dans ses écarts. Je veux bien convenir avec mon censeur obligé, que cet admirable cheval blanc tient trop de place dans le tableau; que le personnage principal {don Sanclie, roi de Navarre) pourrait être plus noble; que le coup qu’il va porter ne blessera personne; que les armures pourraient être mieux imitées, et que ces
reflets blaDcLâtres sur les cuirasses ne sont pas d’un bon effet; mais quelle figure plus expressive que celle de ce Ilodrùjue, arebevêque de Tolède! quelle pieuse audace dans le mouvement de ce porte-croix qui s’avance au milieu de la mêlée pour planter cette enseigne de la foi! Où l’auteur a-t-il vu ces guerriers maures dont ebaque figure est un portrait? comment a-t-il deviné ces expressions contrastées du fanatisme aveugle et du dévouement religieux, ces angoisses de la mort, ces efforts du désespoir et de la rage, tous ces secrets des batailles que le souvenir peut seul révéler au génie? Voilà les questions qu’on se fait en présence d’un tableau qu’on ne peut cependant comparer, pour la perfection, à un autre du même auteur et de moindre dimension dont j’aurai occasion de parler ailleurs.