‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 61 sur 67 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Silife de l’horlogerie. — MM. Lepaute, Brcguct, Wagner, etc. Chronomètre franviiis.

c’est au Hollandais Iluygens que lEurope est redevable des horloge» à pendule: aujourd’hui l’horlogerie française est la première de l’Kurope, et par conséquent du monde; entre les mains des Bregtiel, des Lepaute, des Berlhoud, des Janvier, desBobin, elle s’est élevée à la hauteur des sciences exactes , dont elle est devenue l’indispensable auxiliaire.

Cette supériorité de l’horlogerie française ue date que du dix-huitième siècle. Nos ai'tistes découragés

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par l’arbitraire, l'industrie étouffée par l’édit de Nantes, les soins constants de l’Angleterre pour .s’emparer de nos bons ouvriers, nous laissèrent depuis i 6 oo dans une infériorité remarquable en ce genre, sur-tout si on la compare à l’état florissant de notre horlogerie au quinzième siècle. Ce ne fut que sous l’influence de Julien Leroy, de lyoo à 174**1 ‘l***-’ cette précieuse branche des arts mécaniques redevint tonte française.

Dès-lors nous l’empqftâmes sur nos voisins pour les montres servant à l’usage civil, et pour les horloges qui servent à l’astronomie. Plus tard, vers 1 770, nous avons obtenu la même supériorité pour le confectionnement des horloges marines, dont les principes constitutifs, les moyens d’exécution et d’épreuves furent publiés en 1 773 par Ferdinand Berthoud , en vertu d’un ordre du roi. Tous les travaux de Harrison en Angleterre , où il obtint le prix proposé par le parlement, ne sont rien, si on les compare à l’ouvrage de ce grand mécanicien.

En 1780, le neveu de Ferdinand Berthoud, Louis Berthoud , inventa les montres marines portatives, qui n’ont pas été perfectionnées depuis ce temps, à moins que l’on ne veuille regarder comme un perfectionnement fa beauté des formes et le luxe de main d’œuvre.

Je ne m’occuperai pas d’abord des belles horloges des Lepaute et des l^eroy. Plus modestes.

INrR’STRIK.

mais d'uii usage non moins utile, les horloges en bois dont MM. Jupey frères, de Riancourt, ont exposé des modèles, les grosses horloges de clocher, à l’instar de celles de M. fFagner , sont les premières dont je ferai mention. On peut leur appliquer le mot spirituel de l’abbé Desmarets, sur une femme que la nature n’avait pas favorisée : Preliosior ab inlUs : « Son plus grand prix lui vient du dedans. » Ces machines ingénieuses sont plus répandues dans les campagnes des pays étrangers qu’elles ne le sont en France , où la plupart des clochers de village manquent encore d’horloge. Si nos bons villageois employaient à cet u.sage l’argent qu’ils dépensent en chapelets et en scapulaires, ils apprendraient à mieux connaître le prix du temps, et sauraient que l’emploi le plus agréable à Dieu qu’on en puisse faire est celui que l’on passe au travail.

M. Wagner a prouvé que l’on pouvait, sans beaucoup augmenter la dépense , donner une plus grande perfection à ces pendules. Sa grande horloge publique marche huit jours de suite, au moyen d’un poids de trois livres, et sonne l’heure, la demie, et les quarts, .sur trois cloches; elle indique même le temps vrai et le temps muyen espèce de luxe pour les gens de campagne, mais qui peut néanmoins devenir utile en excitant en eux le désir de connaître en quoi l’un diffère de l’autre, chose bonne à apprendre et facile à expliquer.

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INDUSTRIK.

M. Wagner a exposé des engrenages pour les machines à filature, qui prouvent avec quel art merveilleux il est parvenu à tailler le cuivre, et à faire céder les métaux les plus durs à la puissance des outils qu’il emploie.

Félicitons MM. Bordier, Duchemin et Vaillant de n’étre pas nés vers l’an de grâce 1 3oo ou 1 35o : ils auraient certainement été pris pour des sorciers, et si la Sorbonne s’était contentée de leur faire crever les yeux (comme il arriva aux auteurs de plusieurs horloges mécaniques, dont parlent Schott et I^eo Allatius), au lieu de les faire rôtir, ainsi qu'il arriva à certains autres, ils auraient dû s’estimer fort heureux. 11 est vrai que les merveilles du quatorzième siècle avaient quelque chose de plus surnaturel peut-être que celles de notre exposition. Ici , c’était la vierge Marie qui faisait la procession avec les mages et les apôtres; là, c’était le Père Éternel qui donnait sa bénédiction aux paysans ; ailleurs, des monarques, des amours, des dieux , des anges se prosternant devant le roi. La plus curieuse, sans doute , de ces anciennes horloges, était celle de Saint-Albans, exécutée par le bénédictin Walingford , au commencement du quatorzième siècle , et qui fut pour lui le sujet d’un excellent calembour , le seul peut-être qui ait jamais réuni au très petit mérite du jeu de mots celui de la profondeur et de la justesse. Il donna pour épigraphe

IMDI'STHIE.

à son horloge, et pour titre à l’ouvrage qu’il composa pour l'expliquer, le mot Albion, qui était en même temps une allusion patriotique et une explication de son mécanisme ; All-by-one , tout par wi seul moteur

M. Paveret, de Jussey (Ilaute-Saône) , a inventé une machine cylindrique, propre à faire les engrenages, les échappements, et à tourner les pivots : j'en ai entendu faire les plus grands éloges par les hommes de l’art ; Je me borne à les répéter.

La montre astronomique de M. Berguiller indique les heures du temps vrai et du temps moyen ; celle qu’il est au même instant , à toutes les longitudes, dans onze capitales de l’Europe, trois d’Asie, quatre d’Afrique, et quatre d’Amérique; les mois, les quantièmes , les déclinaisons du .soleil, les phases de la lune, les heures de son lever, de son coucher, de son passage au méridien ; l’heure et la force des marées; la longueur des jours et des nuits; les signes du zodiaque ; enfin les degrés de chaleur et de froid d’après la division de Réaumur. Le même ressort met en mouvement tous ces rouages. Cette montre bat la demi-seconde par échappement, à force constante , avec une précision telle qu’elle ne peut varier. C’est, je crois, la première montre de ce genre qui ait été construite.

* royei le C.iliiio(;uc de la RiLliutlirque Bodleiennr

INOUSTUIE.

Une pendule de M. Pecqueitr, chef des ateliers du Conservatoire des arts et métiers, marque sur deux cadrans jusqu’aux secondes du temps sidéral et du temps moyen qu’elle indique.

Une pendule à équation et à remontoir nouveau, (jui agit à chaque seconde, de M. lîoy; deux montres marines de MM. Bertlwud frères, et plusieurs pièces d’horlogerie de M. Lcpautc fils, suffiraient à la réputation de ces artistes habiles, désormais sans rivaux en Europe.

Nommer BregticI, c’est annoncer des perfectionnements obtenus par le concours du g^ic qui intente, de la science qui calcule, de l'observation qui compose, et de l’art qui exécute. Déjà l’on s’était aperçu que plusieurs horloges à pendules, placées sur le même support, s’influençaient réciproquement; et cet effet était vaguement attribué au mouvement de l’air, déplacé par les lentilles. M. Breguct a reconnu, par des expériences, que le déplacement de l’air n’avait pas d’effet appréciable, et que l'influence du pendule d'une horloge sur le pendule d’une antre horloge ayant un support commun , provenait du seul ébranlement qu’ils y produisent : cette découverte le conduisit à faire servir l’influence réciproque de deux horloges à la régularité de leur marche. Sur ce principe il a construit une horloge astronomique à deux peiididcs régu-

MKL.\>r.r8, T. II. a8

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lateurs , suspendus à un même bras -de cuivre fondu.

Chaque pendule est mise en mouvement par un rouage différent, et marque l’heure, la minute, et la seconde , sur un cadran séparé. Par ce moyen , les légères anomalies de l’un des pendules se trouvent incessamment corrigées par les oscillations de l’autre , et il en résulte le plus haut degré d’exactitude que l’on ait encore obtenu dans l’art de mesurer le temps. Cette régularité est telle qu’une montre à mouvement double , dans une même boite, a pendant trois mois entre les mains de MM. Bouvard et Arago , membres du bureau de# longitudes, sans que les deux aiguilles de seconde aient différé d'un seul battement.

M. Breguet a exposé une montre marine marchant huit jours, dans laquelle la chaîne, le ressort auxiliaire, le double encliquetage, en un mot, tout le mécanisme de la fusée est remplacé par deux barillets dentés , et agissant en sens inverse. Ce moyen , qui prévient une foule de causes d’arrêts et d’inégalités, rend la force motrice tout-à-fait élastique.

On doit à cet habile horloger l’invention d’un thermomètre métallique composé de trois lames, en platine, en or, en ai'gent, dont chacune n’a qu’un quarante-huitième de ligne d’épaisseur. L’extrême sensibilité de ce thermomètre lui donne sur tous les autres une incontestable supériorité.

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Je me suis arrêté, comme tous les curieux, devant le chronomètre français, dont M. Pescher est l'inventeur. Cet instrument singulier, au premier aspect, présente uue aiguille en cristal, retenue au centre d’un cadran vertical en glace, à la circonférence duquel les heures sont marquées; cette aiguille ne reçoit son mouvement d’aucune force motrice extérieure , et semble renfermer en ellc-mcme le principe de sa marche; elle a cette singulière propriété, que, si on la dirige vei-s un autre point que celui qu’elle doit indiquer, elle y retourne d’elleinême, comme l’aiguille d’unè boussole, sans qu’aucun principe d’aimant ou d’électricité produise cet effet, ^ue l’auteur rapporte aux lois de la mécanique. Une autre circonstance de ce chronomètre, c’est que les divisions du cadran ne sont pas égales , mais proportionnelles et plus resserrées à mesure qu’elles se rapprochent de la situation horizontale; ce qui n’empêche pas que l’aiguille ne les parcoure en temps égaux. Ce chronomètre français est une énigme, dont quelques personnes ont trouvé le mot.

li’aiguille porte une boîte dans laquelle est renfermé un mouvement de montre, qui fait mouvoir une masse qui reste constamment perpendiculaire. Le poids en se déplaçant déplace l’aiguille , et , ne pouvant pas décrire un cercle concentrique au

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cadran , cause l'inégalité des heures. Cotte explication est simple ; et il est évident que la machine de M. Pcscher est mue par l'appUcation du principe au moyen duquel on fait marcher une horloge le long d'un plan incliné, c'est-à-dire par un continuel changement d'équilibre*.

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