‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 50 sur 136 · HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE · texte numérisé non relu

HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE

vaudeville.

Air : Dans cette retraite à quinze am. (Des Visit.)

Sur le monde en jetant les yeux,

Sans doute il est permis d’en rire;

J'aime assez les propos joyeux Qu’assaisonne un grain de satire.

Quelques tableaux, point de portraits,

Je déteste la médisance:

Sans amertume, sans apprêts J’esquisse au hasard quelques traits;

Honni soit qui mal y pense. ( bi>. )

Sous les regards de ses parents,

Laure, élevée avec décence,

Ne reçoit pas de jeunes gens.

Excepté son maître de danse.

Cependant son cœur est atteint D’un mal qui croît dans le silence;

L’éclat de ses yeux, de son teint Depuis deux ou trois mois s’éteint;

Honni soit qui mal y pense.

Dans un Caton de vingt-cinq ans La sagesse est chose bien fade;

J’aime mieux les défauts brillants Du séduisant Alcibiade.

La Grèce entière qu'il charma Eut pour lui la même indulgence ; Le divin Socrate l’aima,

U l'instruisit, il le forma;

Honni soit qui mal y pense.

On se plaint de ces écrivains Qui, dans leur rage famélique, Versent sur des talents divins Les flots d’une amère critique.

Les insectes au meilleur fruit Donnent toujours la préférence.

Gloire à l’instinct qui les conduit, Gloire à la main qui les détruit; Honni soit qui mal y pense.

Le gros Verseuil est tout surpris Qu'à son retour d’un long voyage Sa femme lui présente un fils.

Très gravement il l’envisage. .

Laissez-moi compter par mes doigts, Dit-il, la chose est d'importance.

Je suis parti depuis vingt mois.

Le cher enfant n’en a que trois; Honni soit qui mal y pense.

Vêtu d’un justaucorps mesquin ,

Paul vient à pied de son village;

Je vis arriver mon faquin.

En sautoir portant son bagage.

Il a des terres, des châteaux;

D'où lui vient donc tant d'opulence Il a fourni les hôpitaux ,

Il a prêté ses capitaux ;

Honni soit qui mal y pense.

Vantez-nous ce globe maudit, S’écrie Alceste qui l’abhorre; L’hiver, le froid nous engourdit.

L’été, le soleil nous dévore;

Pour la vertu sont les revers.

Le vice prospère, on l’encense.

Mais dans ce maudit univers.

On fait l’amour, on fait des vers.

Honni soit qui mal y pense.

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