C’EST TROP FORT
Air: Ça u se peut pas.
L)e deux amants en tête-à-tête Hier j'ai surpris l’entretien.
Et de cette aventure honnête Je veux être l'historien.
Contons la chose avec franchise;
Qu’on nous entende sans effort;
Mais craignons pourtant qu'on ne dise :
Ah ! c’est trop fort ! ( bis. )
Dans le fond d’un boudoir, qu’éclaire Le plus aimable demi-jour,
Ursule voit entrer Valère;
Son cœur bat d’espoir et d’amour.
— Enfin à mes vœux tout conspire,
Et l'Amour me conduit au port;
Depuis deux grands mois je soupire ;
Ah ! c’est trop fort !
Tout en disant ces mots Valère S’avance et tombe à ses genoux.
Ursule prend un ton sévère,
Que dément un regard plus doux.
— Ce début me semble un peu leste;
rouits légères. g
r3o POÉSIES LÉGÈRES.
Entre nous tout n’est pas d’accord:
Mais sur-tout, monsieur, point de geste!
Ah! c’est trop fort!
C’est donc en vain que je me fâche?
— Ah! n’accusez que vos appas.
— Non, vous poursuivez sans relâche Un but que vous n’atteindrez pas.
Contre une sagesse invincible Qu’attendez-vous d’un vain transport?
Vous le voyez, c’est impossible :
Ah ! c’est trop fort !
— Je prétends faire ce miracle; Espérez tout de mon ardeur:
Je m’irrite contre l’obstacle
Que franchit toujours un grand cœur.
Désir naît et pudeur s’oublie;
Ursule, en accusant le sort,
Disait d'une voix affaiblie :
Ah! c’est trop fort!
Mais que le bonheur est fragile !
On a bien tort de s’y fier;
Le vainqueur dans un champ fertile Ne moissonne qu’un seul laurier;
Et de cette aventure unique La belle, confuse d’abord,
Murmurait d’un ton ironique :
Ah ! c'est trop fort !
POÉSIES LÉGÈRES. i3i
Admirez ma délicatesse!
Disait Yalère en s'en allant;
Je sais réprimer ma tendresse.
— Ne cultivez pas ce talent;
Au point où vous m’avez réduite ,
Lorsque l'on a le premier tort, il faut en avoir deux de suite.
— Ah ! c’est trop fort !