‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 3Chapitre 290 sur 382 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

CAD AVAL

Presque autant que de femmes qui pensent ce qu’elles disent. Quoi qu'il en soit, vous coinniencez à désespérer que l'amour ait Jamais prise sur le cœur de l'insensible Diane....

CÉLESTINE

Je ne dis pas cela.... à dix-septans il n’y a pas encore de temps perdu : quoi qu'il en soit, l'insensibilité de la princesse n’importe en rien aux événements de la journée.

CAD AVAL

D'ailleursj’ai bien assez de trois grandes affaires sur les bras.

CÉLESTISE. ‘ ■ . .

Comment trois affaires?

C ADAVAL.

Sans doute, un mariage à rompre, une maîtresse à déclarer, un ministère à changer.

CÉLESTINE

Vous étiez convenu de.ne jamais mener qu'une intri- • gue à-la-fois.

c ADAVAL.

Ab! je suis dans les régies de l'art; mes trois intrigues n’en font qu'une, car il est clair que, si la maîtresse est déclarée, le ministère actuel est à bas et le mariage rompu : ainsi point de reine, une favorite et des ministres de notre choix qui prendront sur l’esprit du prince tout l’empire qu’elle exercera sur son cœur : or, quand la jeunesse monte sur le trône les passions entrent au conseil , n’est-il pas vrai?

CÉLESTINE

A merveille; voilà le but et les moyens, mais vous ne me parlez pas des obstacles.

LES INTKIGUES DE COUll.

CADAVAL

Nous n’avions à redouter que le duc de Visdo, envoyé près du roi par le duc de Bragance pour traiter du mariage de sa sœur avec Don Juan ; mais vous voyez que l’illustre ambassadeur se tient pour battu et parle de quitter Lisbonne.

CÉLESTINE

Comptez- vous pour rien la marquise d’Oropéza, l’ancienne gouvernante, si fière d’avoir commencé l’éducation de la princesse.

CADAVAL

Et d’avoir achevé celle du prince : son règne est fini : je ne vois plus en elle qu’une coquette émérite, qui prend sa robe à l'église et ses mœurs à la toilette, et qui s’est fait prude en désespoir de cause.

CÉLESTIN E

La noble duègne ne renoncera pas facilement aux douces habitudes qu’elle s’était faites : toutes les grâces passaient par ses mains et elle ne laissait à ses femmes que les petits profits des pensions des savants et des gens de lettres.

♦ CADAVAL

Que pourrait-on craindre d’une femme qui est réduite à recevoir les soins d’un chevalier Codillard, d’un bouffon de cour, fanfaron, fourbe, flatteur, qui s’est fait une existence du scandale de ses vices et de scs ridicules?

c’est un ligue bien forte que celle de la jalousie et de l’impudence.

CADAVAL

J’en conviens, et l’arrivée du père de Florida dans un pareil moment en est peut-être déjà la preuve.

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