‹ Œuvres complètes d'Eustache Le Sueur et choix de JouvenetChapitre 2 sur 17 · VIE D’EUSTACHE LE SUEUR · texte numérisé non relu

VIE D’EUSTACHE LE SUEUR

peintres, et s’identifia tellement avec ses principes, qu’il semble avoir été instruit à son école.

On pourrait encore citer comme un trait de conformité la mort prématurée de ces deux hommes célèbres. Au surplus, il est vraisemblable que le Sueur ayant étudié avec un soin particulier le petit nombre de tableaux de Raphaël que la France possédait alors, et les estampes gravées d’après ce maître, il a su, en quelque sorte, s’approprier son style.

Joignant des mœurs douces à une extrême probité, le Sueur se distingua parmi ses égaux, et se concilia l’estime et l’amitié de tous ceux qui eurent avec lui quelques relations particulières. Il se maria en 16/42, à l’âge de vingt-quatre ans. Trois ans après, il entreprit les peintures du cloître des Chartreux, où il représenta, en vingt-deux tableaux, la vie de saint Bruno. C’est là qu’il fit connaître, encore mieux qu’il ne l’avait fait jusqu’alors, toute l’étendue de son génie; et l’on vit qu’à mesure qu’il travaillait, il prenait un nouvçl essor, et se fortifiait de plus en plus y c’est là qu’on retrouve tout à la fois ce sentiment exquis des convenances et celte suavité d’expression si nécessaire dans la représentation des sujets religieux. Néanmoins, le Sueur avait la modestie de ne considérer ces vingt-deux tableaux, exécutés en moins de trois ans, que comme de simples esquisses, et comme les premières pensées de ce qu’il aurait souhaité de faire avec plus de loisir. Lorsqu’il eut terminé ce travail, il fit plusieurs ouvrages pour M. de Nouveau , dans sa maison à la place Royale, et pour quelques autres particuliers.

C’est en 1649 CIU ’ü peignit pour l’église de Notre-Dame son fameux tableau de saint Paul prêchant à Ephèse. C’est le plus bel ouvrage de le Sueur, et peut-être de l’école française. On pourrait ajouter que, sous le rapport de l’ordonnance générale, du mouvement de la composition, du grandiose des caractères et du style des draperies, le tableau de saint Paul ne serait pas déplacé près de V École d' Athènes, chef-d’œuvre de Raphaël, et modèle de perfection dans les plus nobles parties de la peinture.

Le Sueur exécuta quelques tableaux dans une chapelle de Saint-Gervais, à Paris, et pour les Carmélites du grand couvent; un Christ mort, pour les Capucins de la rue Saint-IIonoré; dans l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, une Madeleine et le Martyre de saint Laurent.

Il peignit, en 1 65 1 , pour les religieuses de Marmouliers, près de Tours, deux tableaux de l’histoire de saint Martin, et un troisième, beaucoup plus grand , représentant le Christ faisant la cène avec ses apôtres. Ce dernier était placé dans le réfectoire : on le comparait au beau tableau de saint Paul. Les fureurs révolutionnaires ont détruit dans l’abbaye ce magnifique ouvrage.

Ce qu’il a fait de plus considérable sur la fin de sa vie est une suite de dix-neuf tableaux, connue sous le titre de Cabinet des Muses , Salon de l'Amour et Appartement des Bains , qu’il peignit pour le président de Thorigny, dans sa maison de 1 île Notre-Dame, nommée depuis l’hôtel Lambert. Un de ses derniers ouvrages est un grand tableau qu’il exécuta pour servir à une tenture de tapisserie que la paroisse de Saint-Gervais voulait faire faire pour représenter l’histoire de saint Gervais et de saint Protais. Il avait composé un second tableau du martyre de ces deux saints. La mort l’empêcha de le terminer. Il a été achevé

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